Du 28 novembre au 1er décembre 2013, L’importance d’être sérieux, qui avait triomphé en janvier dernier revient au TOP. Nous avions à l’époque rencontré Jean-Marie Besset, qui propose cette nouvelle traduction de la pièce d’Oscar Wilde.

Jean-Marie Besset directeur du Théâtre des 13 vents à Montpellier   cr Marc Ginot

Jean-Marie Besset directeur du Théâtre des 13 vents à Montpellier cr Marc Ginot

Les premières représentations de « L’importance d’être sérieux” à Montpellier semblent  annoncer un vrai succès. Cette oeuvre comporte quelques formules célèbres.  Par exemple,“Perdre un parent  peut être considéré comme de la malchance, perdre les deux s’assimile à de la négligence.” Ou bien à propos des chasses au renard “fox hunters”,  très prisées par l’aristocratie britannique. “C’est l’imbuvable pourchassant l’immangeable. » On devrait donc bien s’amuser. Jean-Marie Besset qui en signe l’adaptation a bien voulu nous en dire plus, avant les prochaines réprésentations programmées au TOP du 30 janvier au 5 février.

 L’e-bb- « Il faut bien être sérieux dans un domaine ou deux, si l’on veut s’amuser un peu dans la vie » affirme Algémon, un des personnages principaux de la pièce. Etait-ce aussi votre intention, en adaptant cette comédie d’Oscar Wilde : Amuser, en faisant passer une ou deux idées plus sérieuses ?

Jean-Marie Besset – On a longtemps considéré, à tort, Oscar Wilde comme un auteur léger sous prétexte qu’il est très brillant et émaille ses pièces de nombreux traits d’esprit. Mais, il n’est pas réductible à la futilité, c’est aussi un moraliste ; une sorte de Sacha Guitry avec le regard de La Rochefoucauld. « L’importance d’être sérieux  » est une pièce drôle qui ne fait pas l’impasse sur les ambigüités de son époque. Sous un ton enjoué, O. Wilde exprime ainsi sa haine de l’époque Victorienne et son hypocrisie. Elle devait lui être fatale, puisqu’il allait être jugé et condamné pour ses mœurs, jugées perverses à l’époque, peu de temps après le succès de sa pièce, jouée en 1895. L’esprit qu’il manifesta encore, durant son procès, devait se retourner contre lui et il fut condamné à deux ans de travaux forcés. Détruit par son incarcération, il se réfugia  ensuite en France, où il mourut, isolé et sans ressources, en 1900.

L’e-bbEn quoi cette dénonciation de l’ère Victorienne mérite-t-elle d’être rappelée dans la France d’aujourd’hui ?

J-M. B. Oscar Wilde avait précisément choisi la France pour s’y réfugier, car notre pays était alors plus tolérant que l’Angleterre à l’égard de l’homosexualité. Or aujourd’hui, certaines formes de contestation du mariage pour tous en France, revêtent des expressions de haine, dans une ambiance très lourde. Cet auteur et les thèmes qu’il aborde sont donc toujours d’actualité !

L’e-bb  –Plusieurs traductions de « L’importance d’être constant » existent, dont une signée de J. Anouilh. Pourquoi avez-vous-fait cette nouvelle traduction ?

L'importance d'être sérieux, mis en scène par Gilbert Desveaux

L’importance d’être sérieux, mis en scène par Gilbert Desveaux

J-M.B .- Je n’étais pas satisfait des précédentes traductions qui ne rendaient pas suffisamment compte de l’humour de la pièce, du comique de ses situations, mais aussi d’une certaine gravité du propos. Ayant vécu en Angleterre et aux Etats Unis et après avoir déjà traduit une cinquantaine de pièces d’origine anglo-saxonne, je me suis lancé un défi personnel en traduisant la pièce la plus connue  d’O. Wilde. Elle n’’a pourtant été jouée, pour la première fois en France, qu’en 1943 et depuis, très peu dans les théâtres publics, à part une mise en scène de Jérôme Savary en 1996.

L’e-bbVotre adaptation, avec une mise en scène de Gilbert Desveaux, est actuellement créée au théâtre des 13 Vents, que vous dirigez à Montpellier. Comment est-elle reçue ?

J-M.B.-Nous avons 500 spectateurs chaque soir et 5.000 personnes auront vu la pièce à Montpellier, avant qu’elle passe au TOP de Boulogne-Billancourt. Une reprise est également prévue au théâtre Montparnasse. Je suis particulièrement sensible à l’accueil positif de jeunes, lycéens ou étudiants, peu préparés à cette forme d’expression. Ils entrent très rapidement dans la pièce, y sont attentifs et s’y amusent. C’est donc un succès, en grande partie dû à la belle mise en scène de Gilbert Desveaux et le jeu d’acteurs extraordinaires. Tous méritent d’être cités, mais j’évoquerai seulement Claude Aufaure, un homme qui joue à la fois Lady Bracknell, gorgone incarnant toutes les turpitudes dénoncées par Wilde, et le Révérend Chasuble, qui suscite un maximum de rires. Ce rire me semble particulièrement nécessaire dans ces temps de crise très dure. Mais je suis aussi heureux de pouvoir ainsi redonner un peu vie à Oscar Wilde, 113 années après qu’il soit mort, dans l’oubli.

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Gilbert Veyret

Gilbert Veyret

Il pensait ne rester que peu de temps à Boulogne-Billancourt. Cela fait plus de 40 ans que ça dure. 5 de ses petits enfants y vivent. Il commence donc vraiment à se sentir Boulonnais et à en connaître les contours ! Mais il aime aussi en sortir (Bordeaux, en arrière plan)