Communauté de la petite couronne, GPSO compte 153 000 logements pour 300 000 habitants. Mais derrière ce chiffre plutôt positif se cachent les difficultés communes aux villes de la région : inadéquation du logement et de l’emploi, manque de logements intermédiaires, foncier qui s’envole… La Ville comme la communauté sont acteurs de la politique du logement. De conseil en conseil, il est apparu qu’il existait une divergence d’appréciation entre les différents groupes politiques. C’est pourquoi nous avons souhaité rencontrer des représentants de ces instances, afin de comprendre leur point de vue et leur action.

Nous avons connu quelques déconvenues. Ainsi, après s’être proposé de répondre à nos questions le 4 avril dernier, Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne-Billancourt, n’a plus donné suite malgré nos relances. Parallèlement, François Kosciusko-Morizet, maire de Sèvres et vice-président de GPSO chargé du Logement, a fait la démonstration d’une rigoureuse organisation polytechnicienne : après que ses services ont enregistré jusqu’à l’heure du dépôt de notre demande d’entretien, le 3 mai dernier, ils nous ont informé à notre première relance n’en avoir gardé… aucune trace. Puis aucune trace de notre appel ! Gageons qu’il s’agit de contretemps et que ces élus accèderont prochainement à notre requête.

Pour l’heure, place à Martine Even, conseillère municipale PS et spécialiste des questions de logement pour le groupe @lternance.

Martine Even

Martine Even

e-bb : Des cinq conseillers municipaux d’@lternance, pourquoi êtes-vous celle qui prend en général la parole sur les questions de logement ?
Martine Even : Il n’y a pas que moi, notamment lorsque le conseil reprend des délibérations présentées à GPSO. Jean-Michel Tisseyre, qui siège également au conseil communautaire, intervient alors aussi, de même que Judith Shan peut intervenir s’il s’agit de subventions provenant de la Région.
Mais je travaille dans le domaine du locatif social, je connais donc les normes locatives et le fonctionnement des attributions. C’est pourquoi le groupe m’a confié ces questions.

e-bb : Pouvez-vous nous en dire plus ?
Martine Even : Je peux rappeler quelques données simples. La Ville, comme le département et la région, paie pour obtenir des droits de réservation dans des programmes de logements sociaux. Il en existe de deux sortes :

  • Le droit de suite, qui permet à la Ville de réserver un logement pour une certaine durée, en général 25 ans ;
  • Le droit unique, qui n’autorise la Ville à effectuer qu’une seule attribution.

Ces participations sont une contrepartie fixée en fonction du marché et du coût du foncier. Si les communes ne font pas d’effort, en matière du prix du foncier, les promoteurs reportent naturellement ce coût dans la vente des biens. C’est aujourd’hui LE problème en Ile de France.

e-bb : Quel commentaire général portez-vous sur le nouveau Programme local de l’urbanisme (PLH) ?
Martine Even : Le document est très bien fait, je trouve qu’il présente des chiffres parlants. Par exemple, on y lit que la proportion de logements sociaux a augmenté à Boulogne-Billancourt, mais que l’on est juste à 13,5 % (la loi SRU en prévoit 25 %).
Sur le relogement DALO, après avis de la commission, on y apprend que seuls 45 % des ménages boulonnais sont relogés par la ville, contre 80 % à Vanves. A charge pour la préfecture de traiter les dossiers restants, avec des relogements à travers tout le département.
Je pourrais aussi commenter la densification. A Boulogne, on densifie de plus en plus, ce qui permet de faire des économies d’échelle. Mais si on continue, les équipements et infrastructures seront très insuffisants, si l’on n’en construit pas d’autres. C’est l’espace au sol qui va manquer. Or ce n’est pas – encore – dans notre culture de prévoir des écoles ou un équipement sportif au 15ème étage. De plus, cette densification occasionne une perte de confort en termes d’espace libre, d’espace vert et de circulation, y compris à pied. J’entends dire aujourd’hui « On aime bien Boulogne mais il y a trop de monde. » Ceci me fait dire que la répartition au sein de GPSO n’est pas forcément harmonieuse : on a des villes très denses, comme Issy et Boulogne, et d’autres très pavillonnaires, avec beaucoup d’espace, comme Meudon. Une meilleure répartition semble être en discussion au sein de GPSO, mais certains ne veulent pas densifier leur ville. Ainsi, Meudon fait valoir qu’elle n’aurait pas les transports nécessaires, et défend avec vigueur sa forêt et ses petits ensembles.
Dernière remarque sur le PLH : le nombre de PLAI est très insuffisant.

e-bb : Justement, à chaque intervention sur le logement social, vous soulignez ce déficit de PLAI (Prêt locatif aidé d’intégration, ndlr, qui permettent de louer au prix le plus bas – 6€ le m²), pourquoi ?
Martine Even : Je comprends que par rapport à l’actuelle population de GPSO, le logement de type PLUS (à 7€ le m², ndlr) prime, car cela correspond aux ressources d’un cadre moyen. Mais ces 10 % de PLAI correspondent bien à l’image que les majorités politiques veulent donner d’une ville peuplée de cadres moyens et supérieurs. A ce titre la lecture du PLH est significative, les conclusions du rapport vont dans ce sens, c’est la politique de GPSO.

Nouvel ensemble HLM Place Jules Guesde : 2 PLAI, 9 PLUS et 7 PLS

Nouvel ensemble HLM Place Jules Guesde : 2 PLAI, 9 PLUS et 7 PLS

Pour moi, il y aurait deux raisons d’augmenter le pourcentage de PLAI :

  • Une raison d’intérêt local : toute une frange de la population active ne trouve pas à se loger à Boulogne-Billancourt. Ces personnes exercent des professions nécessaires : puéricultrices, employés de commerces, caissières de supérettes avec des horaires déments, serveurs de restaurants, personnel de ménage, employés de mairie, infirmiers et même certains instituteurs ! Si ces personnes trouvent un emploi plus près de chez elles, elles lui donnent la priorité.
  • Une raison d’intérêt régional : l’augmentation des PLAI favoriserait la mixité à Boulogne-Billancourt, et par conséquent ailleurs aussi. Bagneux ne serait pas obligée d’avoir autant de PLAI si Boulogne en avait plus, et cela a évidemment une incidence sur la Politique de la Ville. On souffre en Ile de France d’un défaut de mixité. Aujourd’hui, la loi SRU n’impose aucune répartition, mais pour moi, l’objectif de 18 % de PLAI est insuffisant. Il faudrait compter un tiers de chaque. (Le PLH prévoit la répartition suivante : 18 % PLAI, 50 % PLUS et 32 % PLS. La catégorie supérieure, PLS, se loue à 13€ le m² à Boulogne, ndlr.).

 

e-bb : Le rapport indique que le taux de rotation dans les logements sociaux est de 4 % par an, qu’en pensez-vous ?
Martine Even : Ce taux s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, si les gens ont un travail à proximité de leur logement, ou si un déménagement ne leur fait rien gagner, ils n’ont aucune raison de bouger. Il faut prendre en compte aussi la sédentarité des Français.
Enfin, plus prosaïquement, la dichotomie en logement social est simple : si vous occupez un T4 durant 25 ans parce que vous avez toute une famille à loger, le loyer augmentera, mais de manière limitée. Alors que si vous occupez un T2, la vie fait en général que vous ne vous y attarderez pas 25 ans. Le taux de rotation étant plus important, l’augmentation du loyer peut l’être aussi, à chaque nouveau locataire. Si bien qu’après 25 ans, cela peut vous revenir plus cher de quitter votre T4 pour habiter un T2 ! Les bailleurs réfléchissent à ce problème, mais on n’a pas trouvé de solution pour l’instant.

e-bb : Revenons à la densification, comment faire face à la pression ?
Martine Even : Certes, il y a une pression démographique qui pousse à la densification. Cependant, d’autres villes sont moins densifiées que Boulogne. Il est vrai qu’elles n’ont pas autant de transports.

HLM en bordure de forêt à Meudon - delcampe.fr

HLM en bordure de forêt à Meudon – delcampe.fr

Je ne pense pas que Pierre-Christophe Baguet ait envie de densifier davantage la ville. De son côté, un socialiste aurait tendance à prôner une meilleure répartition de l’habitat, même dans les villes préservées. Nous sommes toutefois un certain nombre à rappeler qu’il faut prévoir les transports et les infrastructures en même temps, ce qui n’est pas facile : on sait que l’aménagement de nouveaux transports coûte cher et prend du retard, voyez le Grand Paris Express ! Pour ma part, je crois qu’il faut être réaliste : si ce n’est pas vivable, pas « confortable, » il ne faut pas pousser à la densification.

e-bb : On lit dans le rapport qu’un premier objectif de construction de logements neufs a été retoqué par la préfecture. Le présent objectif (1 800) reste inférieur à l’accord cadre du 92, qui en exige 2 000. Que peut-il se passer, juridiquement ?
Martine Even : En gros, si ce nouvel objectif n’est pas approuvé, il faudrait en proposer un autre. Mais aujourd’hui on doit faire face à deux problèmes, foncier ET financier : les ressources de l’Alliance logement (ex-1 % patronal) sont en baisse, tout comme les revenus de la Caisse d’Épargne, qui sont d’importants financiers de pour le logement social, et les différentes subventions. Dans un autre contexte, cet objectif a minima ne passerait pas, mais aujourd’hui, je pense que oui.

e-bb : Pour vous, les logements sociaux sont-ils l’unique solution ?
Martine Even : Non, et surtout pas à Boulogne ! Il faut que l’on arrive à 25 % de logements sociaux, mais on peut aussi penser à du logement libre avec des APL, à des résidences pour étudiants et jeunes travailleurs… Pour accéder au logement libre, il existe plusieurs pistes : la Ville pourrait se porter caution, comme ça se fait à Paris. Je voudrais signaler que l’Alliance logement se porte déjà caution et que ça marche, même s’il est vrai qu’il y a des impayés. Quoi qu’il en soit, demander 4 fois le loyer pour un loyer de 1 300€, ce n’est pas raisonnable ! Il faut aussi apaiser la peur des propriétaires. J’ai demandé pour Boulogne la répartition du taux de vacance entre social et privé, je l’attends.
Par ailleurs, compte-tenu des taux d’intérêt actuels, je crois qu’il faudrait inciter les gens à acheter, même pas très loin de Paris. C’est un autre monde alors. Quand on pense qu’à Tours, on a des logements sociaux vides, faute de demandeurs !