Lors du conseil municipal du 18 novembre dernier, l’assemblée a approuvé la création, dès le printemps prochain, du Festival international du film de Boulogne Billancourt. Son thème ? L’optimisme… Rencontre épanouissante avec la directrice du festival, Caroline Mitchell, à l’origine du projet.

Caroline Mitchell dans un halo d'optimisme

L’e-bb : Caroline Mitchell, qui êtes-vous ?

Caroline Mitchell : Je suis née à Boulogne Billancourt, mais je suis à moitié Américaine et passe beaucoup de temps aux Etats-Unis. Je ne viens pas de l’événementiel, mais du cinéma, où j’ai travaillé pendant trente ans : sur des longs-métrages, comme dialogue-coach et traductrice, puis je me suis occupée d’un atelier d’écriture de scénarios. J’ai ensuite eu la chance de me voir proposer la programmation du Festival international du film de Paris, dont je me suis occupée pendant les trois dernières années.
C’est ce qui m’a donné le goût des festivals. J’ai ensuite créé le festival Cinéma et Costume, à Moulins en 2006, un festival dédié au costume dans les films.

L’e-bb : Une thématique déjà tout en nuances…

La vie est belle, de Roberto Begnini. Un film optimiste malgré tout.

C. M. : Je crois que les festivals se multiplient et doivent se multiplier. Mais, à l’orée du XXIème siècle, ils ne peuvent plus se contenter d’être ce qu’ils étaient : un festival du film américain, ou du film d’amour, ou du film d’horreur… Ça existe partout, et c’est très limitatif. C’est pourquoi j’ai cherché, aussi bien pour le festival Cinéma et Costume que pour Le festival qui donne des ailes à Boulogne, à définir un tout petit angle, qui permet d’ouvrir sur une programmation la plus large possible.
Quand on parle de « film optimiste, » on peut aussi bien penser à un drame comme La vie est belle, qui est loin d’être une comédie mais qui porte un message d’espoir, qu’à Marley et moi, une comédie américaine sans prétention où tout se passe bien de bout en bout – c’est-à-dire qu’il ne se passe rien ! -, et qui fait du bien parce qu’en regardant cette vie rêvée le temps d’un film, on se dit que c’est possible.
S’il fallait résumer, je prendrais l’image du verre à moitié plein ou à moitié vide. Moi, je dis que le verre est à moitié plein, et que si on le regarde comme ça, alors on a des chances de le remplir davantage. Je veux montrer des films traversés d’un sentiment d’optimisme, positif, jubilatoire ! Un documentaire qui montre les travaux d’accès à l’eau en Afrique vous montre le verre à moitié plein : c’est un film optimiste, qui laisse croire qu’on peut sauver le monde.

L’e-bb : D’après vous, notre société est-elle pessimiste ?

C. M. : Je pense que la France cartésienne est un petit peu pessimiste et que la réalité qu’on nous montre – qui n’est jamais que celle qu’on nous montre – est inquiétante et morose. On ne nous annonce pas beaucoup de bonnes nouvelles. Et pourtant, dans le même temps, dans cette société, il y a des gens qui ont des idées, qui ont du ressort contre l’adversité, qui font avec la vie et l’orientent positivement. C’est de cela que j’ai envie de parler.

L’e-bb : On voit finalement que cette idée de festival est née de votre observation de l’environnement et de la vie réelle. Quel est le rôle du cinéma dans ce rapport optimiste au monde que vous défendez ?

C. M. : J’atteins ma neuvième année de programmation de festival, et je suis définitivement grand public : je veux montrer des films au plus grand nombre, et je laisse à d’autres les films d’art et d’essai géniaux, très complexes et très déroutants auxquels on rendra hommage dans vingt ans, quand le réalisateur sera mort.
Pour moi, une salle de cinéma, c’est un lieu où les gens doivent rentrer et, pendant deux heures, oublier qu’ils ont un problème. Un lieu de divertissement, littéralement.

L’e-bb : Le choix du mois d’avril pour la tenue du Festival, c’est à cause de la reverdie ?

C. M. (rires) : Absolument ! Je suis ravie que le Festival débute le 1er avril.

L’e-bb : La programmation du Festival de Boulogne Billancourt traduit plusieurs engagements : le parti-pris de l’optimisme, de la diversité des genres, de l’innovation et de la découverte…

Le chameau qui pleure : un film mongol réalisé par une jeune femme formée en Allemagne. L'exemple du dialogue entre technique et culture

C. M. : Totalement. C’est ce que j’attends d’un festival aujourd’hui. Avant, on pouvait se contenter de montrer dix films qui allaient sortir dans le mois, parce qu’ils étaient moins distribués, que Canal + n’existait pas et Internet encore moins. Aujourd’hui, un festival se doit de montrer des films qui ne seront pas distribués en France. Je veux dire au public de Boulogne : « Venez voir ces films, vous ne les verrez pas ailleurs. » Or, quand vous montrez des films, pas forcément des documentaires, tournés en Corée, au Mexique ou dans les îles Fidji, vous ouvrez des fenêtres sur l’ailleurs.
D’autant plus que les techniques de tournage ont considérablement progressé dans les pays où le cinéma n’est pas encore une industrie. Il y a quelques temps encore, un film mongol pouvait dérouter par sa technique. Plus maintenant : la technique est la même, elle est parfaitement maîtrisée. C’est le regard qui change, et qui en fait pour nous de vrais films de découverte.
Bien sûr, et c’est le rôle des avant-premières, nous allons aussi montrer des films très attendus et très bien distribués en France. Mais nous allons tâcher de trouver un équilibre entre toutes ces composantes et d’assurer la fonction première du festival : faire faire des découvertes à des gens qui aiment le cinéma.

L’e-bb : Quelle a été la genèse de ce projet ?

C. M. : Boulogne est la première ville que j’ai contactée. Je cherchais une ville à proximité de Paris, ni trop grande, comme la capitale où on risquait de se perdre, ni trop petite.
J’ai rencontré Pascal Fournier, l’adjoint à la Culture, on en a beaucoup parlé, on l’a beaucoup défini : il a trouvé, comme moi, que le thème correspondait bien à l’état d’esprit de la ville, et à la douceur de vivre qui y règne d’une manière générale. Nos points de vue se rejoignaient totalement.

L’e-bb : En plus, on a l’impression que tout est allé très vite.

C. M. : Exactement. J’ai rencontré Pascal au début de l’année 2010. Ça aura pris un an, c’est très rapide : la mise en place de Cinéma et Costume avait pris trois ans ! Sur ce projet, tout le monde a suivi, les services de la communication et de la culture, Pascal Fournier, Pathé bien sûr… il y avait un vrai désir. Au printemps 2010, je savais déjà qu’il y avait de bonnes chances pour que cela se fasse. Et on continue à être très réactifs : la décision a été entérinée la semaine dernière, et la première édition du festival aura lieu en avril 2011.

L’e-bb : Parlons de cette première édition : le jury est-il déjà constitué ? les films sont-ils déjà en cours de sélection ?

Le cinéma Pathé est le principal partenaire du festival avec la Ville

C. M. : Non. Cannes ou Berlin mis à part, le jury et les films sont déterminés dans les quatre mois qui précèdent le festival. Il y a trop d’incertitudes avant, quant à l’achèvement des films, à l’agenda du jury, etc. Il est déjà arrivé qu’un membre du jury annule au dernier moment, souvenons-nous de Jodie Foster à Cannes !
J’ai déjà une bonne idée des films hors compétition. On devrait connaître le président du jury, le film d’ouverture et le film de clôture fin janvier. Mais pour les films en compétition, il faudra attendre encore un peu. D’âpres négociations nous attendent avec les distributeurs !
Heureusement, nous pouvons compter sur de solides soutiens, à commencer par celui d’Eliane Duverne, la directrice du Pathé Boulogne : Eliane mobilise tout ce qu’elle peut pour nous aider, elle est très enthousiaste. C’est un très fort atout pour attirer des films. Encore plus si l’on se projette à terme, puisque nous espérons tous – la Ville, Pathé, et moi – que ce festival deviendra un jour le festival de l’île Seguin. Mais pour le moment on prépare la première édition (sourire) : un petit festival de quatre jours, avec une vingtaine de films, des rencontres avec les réalisateurs des films en compétition et une programmation très cohérente.

L’e-bb : Et le public du festival… ?

C. M. : Ah, ça, mystère !

L’e-bb : Y aura-t-il un tarif jeunes ?

C. M. : Pour le moment, on a établi un tarif de Pass, valable pour tous les films. Ce Pass vaudra 15 euros au tarif plein, et 10 euros à tarif réduit. C’est le prix d’une place de cinéma en région parisienne. Il sera également possible d’acheter une place pour un film, voire de gagner sa place en participant à des concours. C’est très abordable, car nous voulons attirer du monde et permettre au plus grand nombre de se faire plaisir. Mais ce n’est pas gratuit non plus, car beaucoup de gens me disent que ce qui est gratuit n’a pas de valeur.

L’e-bb : Comment va fonctionner le prix du public ?

Le festival se déroulera au Pathé Boulogne

C. M. : Le jury va remettre trois prix : meilleur film, meilleur acteur et meilleure actrice. Et il y aura le prix du public, décerné à l’issue de la compétition. On distribuera des bulletins de vote pour chaque projection à l’entrée des salles, avec une grille d’évaluation, et les spectateurs seront invités à le déposer dans l’urne à la sortie. Ils votent sur le film qu’ils viennent de voir.

L’e-bb : La dénomination du palmarès fait rêver : les ailes d’or, de dentelle, de bambou… Comment l’idée vous est-elle venue ?

C. M. : Nous sommes partis de la signature du festival : Le festival qui donne des ailes. La base, c’était donc l’aile, mais je n’avais pas envie de jouer avec les métaux traditionnels, or, argent, bronze… J’ai trouvé ça joli, les ailes de dentelle pour une actrice ! Et les ailes de bambou, c’est un peu la marque de l’ailleurs ! (rires)

L’e-bb : Le prix sera-t-il matérialisé par un objet ?

C. M. : Il y aura un trophée, bien sûr. Et il sera joli, on aura envie de l’avoir chez soi ! Mais il n’est pas prêt : ce sont des choses dont on va pouvoir s’occuper maintenant.
On a déjà constitué en partie le comité d’honneur, avec notamment Claude Pinoteau et Thierry Lhermitte, et le comité de conseil, avec des personnalités du monde du cinéma et des festivals, mais tout le reste est à faire. Mais nous sommes dans les temps.

L’e-bb : Finalement, l’optimisme, ce n’est pas le thème du festival, c’est votre mode de vie ?

C. M.  : Oui. Si on y croit, on va y arriver. Mais il faut y croire… Il faut maintenir l’optimisme en éveil pour un monde qui peut être sauvé !

Beaucoup de choses restent à faire avant que le président du Festival ne déclare celui-ci ouvert, le 1er avril prochain, et on comprend que depuis une semaine, Caroline Mitchell et son adjointe, Virginie Dunet, ne dorment plus beaucoup… L’e-bb vous tiendra au courant au fur et à mesure des avancées de cet événement prometteur pour tous les cinéphiles.
Mais d’ores et déjà, un constat s’impose : quand on quitte Caroline Mitchell, on s’aperçoit que sa volonté, son enthousiasme, son optimisme et sa sérénité sont communicatifs. Alors revisitons l’adage : « Pour être heureux, en avril, ne te découvre pas d’un film… »