Camille Claris et François Civil

Camille Claris et François Civil

MACADAM BABY !

Un peu bourrin ce garçon mais charmant !

Il « monte « à Paris, endimanché, le « gentil » fils de famille paysanne du Pas de Calais, où l’argent se gagne difficilement, où la terre semble la seule issue possible, où les cachotteries tendres de ses parents et leur amour inconditionnel poussent Thomas vers un avenir à la Rastignac. Car ce « jeune plouc » vient à la capitale pour proposer son manuscrit  à un éditeur, ami de régiment de Papa ! Autant dire qu’il pense que c’est dans la poche, lui qui n’a connu que la bienveillance d’un univers sans hostilité !
A la terrasse d’un café germanopratin, autant dire « Rendez vous en Terre Inconnue », il fait les frais d’une jolie pickpocket, Julie, qui l’éblouit de son charme, lui le petit puceau provincial ; elle disparait lui laissant un souvenir brûlant mais aucune rancœur ! Notre Rastignac engoncé dans son costume cravate années 70, atterrit dans le « squat » où vit son frère, paria familial, artiste raté, escroc sans talent, avec d’autres « dissidents » du système, comme tant de jeunes vivent aujourd’hui dans une évidente précarité mais non sans bonheur ! Le fossé est grand entre le provincial pétri de cet amour familial et les jeunes parisiens aguerris à la bagarre citadine pour une survie dans le melting pot parisien. Thomas s’intègre dans ce petit groupe qui virevolte d’arnaques en petits boulots autour d’une grand-mère paraplégique qu’on oriente vers l’écran TV lorsque le temps du câlin sur canapé est venu ! Thomas, moqué gentiment mais relooké parisien par ses « potes », revoit Julie un matin au sortir de la chambre de son hôte ; il est foudroyé à nouveau et n’a de cesse que de conquérir son cœur ; on peut dire qu’ il y met tous les moyens, cette fille est dans une galère noire où se côtoient maquereaux, dealers, violence, argent, mais Rastignac devient Don Quichotte et se transforme en chevalier blanc pour conquérir sa belle ! Tous les moyens sont bons, il vole, escroque, assume, se fait prendre, se rend, tout est bon pour libérer sa belle des griffes de ses maîtres chanteurs et lui offrir une vie de rêve à la campagne avec un cochon et des poules !..

Le cerveau embrumé par les écrits de Nietzsche et autres publications philosophiques, Thomas a écrit un roman où rien de fort de sa vie ne peut transparaître ! Il n’a vécu que la tendresse protectrice de ses parents, l’amour des livres qui peuplent sa chambre, la scolarité sans encombres, la voie tracée, et son roman est plat comme l’encéphalogramme d’un homme qui n’a jamais aimé, souffert, pleuré, hurlé de douleur. Thomas le léger, prend consistance à chaque souffle de son cœur dévoré d’amour, il devient homme, prend les coups au sens propre et figuré, la mue s’opère et son nouveau roman pourrait s’écrire ! L’amour triomphe, les bons sentiments aussi !

Ce joli film, plein de sincérité, qui sent le vécu, nous plonge dans le schisme entre la Province et Paris, les codes, les mœurs, les tabous ! L’humour et la drôlerie des dialogues nous font oublier que tout est soigneusement écrit, car tout est fluide et  si naturel entre ces garçons, le cynisme parisien s’efface peu à peu devant la sincérité du provincial qui n’est pas désabusé, il a son amour à vivre, son combat à mener ; son livre, sa bataille sont relégués loin derrière quand sa passion, sa nouvelle quête du graal se révèle ! L’optimisme est roi dans ce film, à cœur vaillant rien d’impossible, l’amour triomphe et le miracle opère, même la grand-mère retrouve la parole c’est dire ! Un régal. Tous les comédiens sont magnifiquement choisis ! C’est frais, léger drôle, très actuel et en temps de crise, il n’est pas négligeable de retrouver un peu d’ idéal !