Le prochain épicier de notre galerie est une épicière, Madame Tghmi, installée depuis 1997 au 4 rue Paul Bert.

Elle est en train de passer la serpillère dans sa petite boutique lorsque nous lui rendons visite. « Un dossier sur les épiciers ? Dépêchez-vous, ils vont disparaître ! » nous lance-t-elle avec un sourire aussi large que triste.

Rue Paul Bert comme ailleurs, les temps sont difficiles pour l'épicerie

Rue Paul Bert comme ailleurs, les temps sont difficiles pour l’épicerie

Si ça ne tenait qu’à elle, elle n’attendrait pas d’ailleurs, mais ses enfants n’ont pas encore terminé leurs études, et elle trouve qu’ils ont déjà trop sacrifié à l’épicerie, il est temps pour eux de terminer. Or, l’école de commerce de sa fille coûte cher. Celle-ci travaille à l’épicerie le week-end pour compléter le financement de ses études. Il y a son mari aussi, qu’une longue maladie empêche de travailler depuis un an. Alors elle a pris le relais. Son fils cadet assure encore l’approvisionnement. Elle dort peu et mal, taraudée par les soucis.

« Ce n’est pas facile pour moi, qui ne suis jamais allée à l’école » raconte-t-elle. Comme beaucoup d’épiciers, elle est Berbère, originaire de la province d’Agadir, au Maroc. Arrivée en 1989, elle s’est d’abord occupée de ses enfants tandis que son mari travaillait auprès de son beau-frère, dans la grosse épicerie de la rue de Paris. Puis ils ont décidé de voler de leurs propres ailes, et ont investi ce local qui abritait auparavant un bureau.

La pâte d'arachide Dakatine, un produit phare de l'épicerie !

La pâte d’arachide Dakatine, un produit phare de l’épicerie !

Les débuts ont été durs, en raison de la présence d’une autre épicerie à proximité. Et puis tout s’est amélioré, jusqu’à atteindre une relative prospérité en 2000-2006. Depuis, les difficultés s’accumulent. « C’est dur maintenant. C’est trop trop dur. » Même en ouvrant jusqu’à 21 heures et en ne prenant jamais de vacances, les revenus couvrent à peine le loyer et les charges. Seuls les commerçants propriétaires s’en sortent encore, nous dit-elle, les autres ferment les uns après les autres. Comme beaucoup, elle pointe l’installation des petites surfaces, qui absorbent toute leur clientèle et ouvrent également le soir et le week-end. « Les gens n’achètent plus que de petites choses, ils ne font plus jamais de courses » explique-t-elle. Et comme pour illustrer son propos, un client entre à l’instant lui acheter un paquet de sucre.

Madame Tghmi est pourtant attentive aux goûts de sa clientèle, on pensait que les keftas de sardine (notre découverte du jour !) étaient son idée, mais non, ce sont ses clients qui les lui demandent. De même pour les grosses boîtes de beurre de cacahouète à l’étiquette très années 60, bien en évidence à l’entrée de l’épicerie, ou pour ces ustensiles bien pratiques que sont les cadenas et les piles.

Timide, Madame Tghmi préfère ne pas figurer sur la photo et se cache derrière sa caisse pour nous laisser le champ libre. L’occasion d’apprécier le savant agencement des produits phares à la tête du rayonnage.

 

The following two tabs change content below.
Eric Trochon

Eric Trochon

Boulogne à pied, à vélo, en trottinette et en bateau depuis 2011