Depuis 3 ans, entre Boulogne et Port-au-Prince, Magalie Martin s’occupe de l’association L’oiseau-mouche, qui accompagne une centaine d’enfants en Haïti. Le 17 septembre prochain, elle vous convie à une soirée caritative en faveur de sa cause. Rencontre avec ce médecin de terrain et femme de cœur.

Entre deux rendez-vous, on parvient à coincer Magalie Martin. C’est que le temps passe vite, et que la présidente de L’oiseau-mouche n’est en France que pour quelques semaines.

Magalie Martin

Magalie Martin

Il y a peu encore, elle dirigeait le service de la santé publique de la ville d’Asnières. Mais elle a sauté le pas l’an dernier : elle s’est mise en disponibilité et s’est installée presque à plein temps à Port-au-Prince, pour mieux accompagner son association. Là-bas, elle a ouvert un cabinet médical, spécialisé dans les questions de nutrition. Elle est par ailleurs consultante en santé publique, sensible à la corrélation entre santé et environnement, et enseigne dans l’une des facultés de médecine du pays. « Jusqu’à très récemment, on formait des médecins pour l’étranger. Mais Haïti a besoin de ses cerveaux ! » La pédagogie du docteur Martin est conçue en ce sens ; elle forme des médecins de terrain, rompus aux spécificités du pays : « Il faut d’abord apprendre à comprendre et à respecter les malades, leur langue et leurs croyances » énumère-t-elle, « il faut savoir identifier la dénutrition et ses causes, il faut aussi connaître la géographie des plantes médicinales. Certes, elles existent en gélules, mais qui, dans la campagne haïtienne, avale des gélules ? »
Comment cette Haïtienne d’origine, ancienne élue de Boulogne-Billancourt en est arrivée là, c’est ce qu’elle nous raconte.

Deux petites sœurs orphelines se rendent chaque jour à la maison des marsouins

Deux petites sœurs orphelines se rendent chaque jour à la maison des marsouins

« Le déclic est survenu bien avant le tremblement de terre, dès 2004. Cette année-là, la région des Gonaïves a été frappée par un terrible cyclone, avec des coulées de boue meurtrières. Je suis médecin, j’ai voulu être utile. J’ai eu la chance d’avoir un maire et un directeur général des services extrêmement compréhensifs, qui m’ont permis de partir là-bas presque deux mois. » Ce qu’elle a vu là-bas, Magalie ne l’oubliera pas : « Je ne sais pas ce qui était le plus terrible, les monceaux de morts, ou bien les mères qui cherchaient leurs enfants dans la boue » évoque-t-elle encore. Dans ce cimetière à ciel ouvert, Magalie trouve le moyen de donner la vie : « C’était une mère qui faisait la queue, elle était sur le point d’accoucher et il n’y avait personne pour l’aider. Je l’ai assistée, et sa petite fille s’appelle Magalie… » Dans un pays où l’on croit tant aux signes, celui-ci ne pouvait être anodin.

L'école aux premiers temps : 4 piliers et des feuilles de bananier contre le soleil

L’école aux premiers temps : 4 piliers et des feuilles de bananier contre le soleil

Magalie retrouve sa vie en France pourtant, jusqu’à cette nuit de 2010 : « Une cousine m’a appelée pour me demander si j’avais des nouvelles. Je ne savais même pas qu’un tremblement de terre s’était produit ! Au matin, j’étais anéantie. » Cet état dure peu et très vite, elle cherche le moyen de partir. Elle sait, depuis 2004, combien un médecin créolophone peut être précieux pour communiquer avec des populations traumatisées. Elle connaît le terrain et ses habitants, mais aucune ONG ne répond à ses appels. Alors elle part seule. « Je suis passée par la frontière dominicaine. Lorsque je suis arrivée à l’ambassade de France, on m’a dit ‘Pour les départs, c’est par là.’ J’ai répondu ‘Mais je ne pars pas moi, j’arrive !' » Elle est alors affectée à un groupe de médecins-pompiers venus du nord de la France, les Haïch’tis. Ensemble, dans des équipements de fortune, ils mènent des missions de reconnaissance dans les zones les plus inaccessibles : « Grâce à eux, j’ai tout vu, y compris des choses que les autres n’ont pas vues. C’était à se tordre les tripes » se souvient-elle.

La cuisine nourrit deux fois par jour une centaine d'enfants

La cuisine nourrit deux fois par jour une centaine d’enfants

C’est durant l’une de ces missions que naît l’idée d’une maison pour accueillir les enfants. « Pas un orphelinat ; certains enfants on un parent, ou un grand-parent, et n’en sont pas moins dans la misère » insiste-t-elle. Le raisonnement de Magalie Martin était simple : « On ne va pas changer l’avenir d’un pays, mais on peut changer l’avenir d’une centaine d’enfants. » C’est l’objet de L’oiseau-mouche : accueillir, tous les jours, ces enfants. Les nourrir deux fois par jour, les vêtir, les éduquer à l’hygiène et à la santé, les ausculter régulièrement, et les scolariser. « Mon but, c’est que tous ces enfants aient un métier, qu’ils grandissent dans leur région d’origine, qu’ils ne deviennent pas des boat people comme tant de Haïtiens, mais des adultes responsables et attachés à leur terre » explique Magalie.

Première promo de CP !

Première promo de CP !

Au début, la tâche ne fut pas mince : il a fallu trouver le terrain, les volontaires, et les premiers financements. Surtout, il a fallu convaincre les adultes. « Nombre de ces enfants étaient des domestiques, parfois dans leur propre famille » : des familles – ou des maîtres – à qui il a fallu présenter le bien-fondé de la démarche. Un autre obstacle s’est élevé : « Beaucoup de parents, de leur côté, avaient peur qu’on leur vole leurs enfants. Il y a eu tellement de cas après le tremblement de terre ! »
Bon an, mal an, avec les moyens du bord, les amis de France et une formidable énergie, le projet s’est mis en place. Bien sûr, la maison n’a toujours pas de fenêtres, mais elle est construite en dur, et les familles ont même aidé à aménager la route. Ce sont aujourd’hui 103 enfants qui gagnent chaque jour « La maison des marsouins » pour suivre les cours d’enseignantes qualifiées, qui se lavent les mains avant de passer à table, qui saluent le drapeau chaque matin, et qui commencent à avoir les bonnes joues des enfants de leur âge. « Cette année, les premiers élèves sont entrés en CP. J’étais tellement fière que j’ai loué des uniformes pour marquer le coup ! » Autour d’eux, des adultes salariés : enseignants, cuisinière, gardien et assistante maternelle. Le coût de fonctionnement annuel s’élève à 15 000 euros.

L'école aujourd'hui

L’école aujourd’hui

Magalie ne compte pas s’en tenir là : « Nous avons le projet d’accueillir les mères pour des cours du soir » Un projet qui verra le jour si le financement suit. C’est l’un des objectifs de la soirée du 17 septembre  : « Elle est organisée avec mes deux amies boulonnaises Nathalie Mathieu, la vice-présidente de l’association et Sandrine Vincent-Baschet, la trésorière. » Au Carré Belle-Feuille, à partir de 20h30, la troupe des Danseurs fantastiques fera montre de tout son talent au profit de l’association.
Les organisatrices espèrent collecter 15 000 euros. Si jamais elles réunissaient plus, on pourrait envisager de poser des fenêtres dans la salle de classe…