Mammuth, Depardieu en bête humaine

C’est l’histoire d’une bête humaine. Une bête de somme, Serge (Gérard Depardieu), qui depuis le plus jeune âge enchaîne les pires boulots, les plus pénibles, sans rechigner. Au jour de sa retraite, c’est la qualité que souligne le DRH de l’entreprise d’équarrissage dans laquelle il a travaillé dix ans : toujours docile, jamais malade.
Et pourtant… pourtant, ça ne suffira pas. L’administration est formelle, il lui manque des fiches de paie et autant de trimestres. Le voilà donc sommé par sa femme Catherine (Yolande Moreau) d’abandonner son tête-à-tête avec le puzzle de 2000 pièces offert à son départ, pour rassembler les pièces autrement éparpillées de sa vie de labeur.
Serge enfourche alors sa vieille moto, une Mammuth, à la recherche de ses anciens employeurs. C’est le début d’un road movie au pays de la solitude et de la misère, un pays peuplé d’êtres qui survivent sans y penser par les moyens les plus absurdes (Benoît Poelvoorde en détecteur de centimes sur une plage déserte, Miss Ming dans un rôle taillé pour elle, qui résiste à l’opprobre général en recréant un monde dans son petit jardin) ou les plus déloyaux (Anna Mouglalis, charognarde des autres bêtes blessées, Siné, viticulteur cynique).
Au cours de ce voyage bercé de musique douce, un fantôme ensanglanté accompagne Mammuth : celui de la jeune femme si belle tombée inexplicablement amoureuse de lui (Isabelle Adjani), tuée dans un accident de moto alors qu’il pilotait. Le fantôme le réconforte, l’encourage, le rudoie, et révèle l’âme blessée de la pseudo-bête brute.
« Ouvre-toi ! », lui intimera sa nièce, Miss Ming qui instaure le trouble simplement en abordant l’inconnu au plus près. Et c’est bien ce qui se produit. On ne peut que saluer le travail sur le corps de Gérard Depardieu, tour à tour ébouriffé, hagard, recroquevillé sur le lit trop étroit d’un Formule 1, débordant anxieusement d’un fauteuil en rotin, s’ébrouant dans l’eau d’une mare, vaguement paisible sous un premier rayon de soleil, et dont les yeux soudain s’animent d’une mobilité extraordinaire sous le coup de l’inspiration qui lui dicte, à la fin du film, son premier poème.

Avec Mammuth, Benoît Delépine et Gustave Kervern proposent l’épopée contemporaine des victimes d’un système qu’elles ont servi sans le comprendre. La justice est ailleurs, puisque, comme les grands héros, ceux-ci finissent en apothéose : « Je t’aime ! » lance, éperdu, Serge à Catherine au moment des retrouvailles.

Mammuth, comédie dramatique (très exactement) de Gustave Kerven et Benoît Delépine, à voir au cinéma Landowski :

  • jeudi 6 mai 2010 à 19h
  • vendredi 7 mai à 19h
  • samedi 8 mai à 19h
  • dimanche 9 mai à 19h et 21h
  • lundi 10 mai à 19h
  • mardi 11 mai à 19h