Le 26 mai prochain, Insula Orchestra et Accentus créeront Frankenstein, une oeuvre participative composée avec le public sous la direction de Mark Withers.

Le bicentenaire de Frankenstein

Un chef-d’oeuvre aux confins du fantastique et du gothique

Mark Withers

Boris Karloff reste l’incarnation de référence de la créature de Frankenstein

La Suisse, au bord du Lac Léman, 1816. La jeune Mary Shelley se prête avec quelques hôtes de marque à un jeu littéraire initié par Lord Byron : raconter une histoire de fantômes. La petite nouvelle, animée dès l’origine par la conviction très forte de l’auteure, prend rapidement de l’ampleur.
1818 : Frankenstein paraît en Grande Bretagne. Cette histoire fascinante mettant aux prises un « Prométhée moderne, » le docteur suisse Victor Frankenstein, avec une créature monstrueuse dont les aspirations le dépassent, connaîtra le succès et la postérité que l’on sait.

Ironie de l’histoire, même au plan littéraire, la créature prend le pas sur la création, et il est désormais coutumier de donner au monstre le nom de son créateur, Frankenstein.

Mark Withers et Insula Orchestra, un long compagnonnage

2018 sera donc le bicentenaire de cette oeuvre qui a marqué définitivement la culture européenne. On aurait pu négliger cet anniversaire, sans l’initiative de l’Insula Orchestra. Comme chaque année depuis quatre ans, l’orchestre a passé commande au musicien et pédagogue britannique Mark Withers d’une oeuvre « participative, » composée avec le public.

Parmi les thèmes proposés par le musicien, Frankenstein s’est imposé. « Le thème était intéressant en soi, développe Thomas Meugnot, chargé de l’action culturelle chez Insula Orchestra. De plus, il permet un parallèle avec La Nonne sanglante, l’opéra de Gounod que l’orchestre donnera à l’Opéra comique à la même époque. »

Mark Withers

Premier travail : composer une petite pièce sans mot, avec un crescendo, un ostinato et un dialogue

Un travail participatif de plusieurs mois

Jouant sur les mots, Insula Orchestra annonce « une oeuvre monstre, » et le premier atelier ouvert à tous, qui s’est déroulé samedi dernier à la Seine musicale, laisse penser qu’elle le sera…

Mark Withers

« Frankenstein Ideas » : la base de la création instrumentale, avec Delphine Blanc

Réunis pour la journée, une vingtaine d’amateurs de 10 à 70 ans, chanteurs et musiciens, constituent l’un des groupes dont le travail, assemblé à d’autres, aboutira à la production finale. Mark Withers, lui, est venu avec une trame : trame de l’intrigue, sans doute, et trame musicale pour ce petit noyau qui devrait tourner autour de la joie.
Assisté par Delphine Blanc, altiste d’Insula Orchestra, et Elise Beckers, soprano d’Accentus, le musicien britannique a donné libre cours à sa méthode de création ludique. Règle n°1, bien sûr : créer la cohésion du groupe. Puis, lui donner confiance et guider sa liberté créatrice à petites touches. « On sent qu’il est anglais, témoigne une participante qui s’essaie au chant pour la première fois, il est toujours positif ! »

Quelques adages achèvent de poser les bases : « Trois minutes, c’est 15 secondes d’idées et ce qu’on fait avec. » Mais aussi : « Je n’ai appris qu’une chose comme musicien professionnel : si ça ne marche pas bien, on continue ! »

Créer ensemble, tout un programme

Bientôt, les groupes se séparent, chanteurs d’un côté, musiciens de l’autre. Ces derniers ont quelques notes en do majeur comme base d’improvisation. Leur premier défi, en réalité, consiste à faire jouer ensemble des instruments de tessiture et d’intensité très différentes : un cor, une guitare, un alto et un piano… Après plusieurs essais, Mark Withers vient à leur secours, et suggère que tous ne jouent pas en continu. Il revient à la guitare d’assurer l’ouverture. Taquin, le pédagogue lui lance : « C’est vraiment joli. Et devant un public de 1500 personnes, ce sera formidable ! »

Le cor d’Antoine dialoguera avec l’alto de Delphine

Pendant ce temps, les chanteurs ont une mission : composer, également en do majeur, un chant choral mobilisant 4 mots. Ils pensent bien sûr à réutiliser l’un des exercices d’échauffement, qui avait en réalité pour objectif d’ouvrir les esprits à des compositions plus complexes. Guidés par Elise Beckers, ils se distribuent les mots selon leur tessiture, avant de se lancer dans une improvisation en fugue. Le résultat est étonnant d’harmonie et montre que les participants se sont bien approprié cette leçon de la soprano : « L’autre instrument du chanteur, c’est l’imagination ! »

Un monstre d’harmonie

Soufflant un peu le chaud et le froid et distribuant à chaque groupe des informations complémentaires (« Je vais vous donner une seule indication : à moment, ils font un subito piano« ), Mark Withers orchestre le tout à sa façon.

Quelques indications éloquentes aux chanteurs…

Vient le moment de la mise en commun : marchera ? marchera pas ? Vous vous doutez que ça marche. Naturellement, le dialogue alto-cor trouve une correspondance avec le groupe des sopranos. Chacun s’écoute, le solo de guitare prépare admirablement LE moment de Bernard le pianiste, et la voix aérienne d’Annaëlle, chanteuse du Jeune chœur de Paris créé par Laurence Equilbey, survole avec grâce les choristes tout en les mettant en valeur.

Deux heures se sont écoulées, le monstre prend tournure : il a les oreilles développées de musiciens à l’écoute, le cœur sensible d’une oeuvre qui oscillera entre douceur et désespoir, l’humilité d’une création ouverte au partage.

D’ici le mois de mai, Mark Withers va poursuivre son travail avec ce groupe et d’autres, différemment constitués, à raison de quelques journées avec chacun. Les élèves de la classe de composition de Tidiana de Carolis, professeur au conservatoire de Levallois vont, au fur et à mesure, transcrire pour les différents pupitres d’Insula Orchestra ces compositions fruits des ateliers.

Et pour goûter le résultat au cours duquel amateurs et professionnels joueront ensemble, rendez-vous le 26 mai à la Seine musicale !