Le Festival du Film de Boulogne soufflait un vent d’optimisme sur cette semaine de Mars terrible de violence, de sang et de larmes, je décidai d’aller accrocher un sourire sur mes idées noires dans la magnifique salle Pathé pour l’avant-première de Mince alors !, un film qui finalement promettait de résumer ce qui fait faire absolument n’ importe quoi aux femmes, moi en tête, la course à la minceur ! Gracieuses, légères et enjouées, ces femmes enveloppées allaient nous prendre dans leurs bras chaleureux pour deux heures de rires ! Du moins l’espérais-je !
L’action se passe dans la station thermale de Brides les Bains, sorte de Club Med pour masochistes en surpoids ;  au passage, je ne sais pas si le Syndicat d’initiative de Brides va porter plainte contre Charlotte de Turckheim, il gagnerait le procès haut la main ! Perso, je préfère aller perdre mes kilos dans un ashram de la banlieue de Pondichéry, plutôt que passer un mois à Brides ! Digérée la caricature, toutes ces femmes qui ont une relation difficile voire perverse avec leur poids sont très attendrissantes. La très jolie Nina (Lola Dewaere) ronde, fraiche et si sensuelle, a un mari qu’elle adore(Grégory Fitoussi) qui ne rêve que de filles mi-filiformes mi- anorexiques(Pauline Lefèvre) et lui offre un mois de cure à Brides ! Déjà elle aurait du se méfier, mais que ne fait on pas par amour !
Nina se fond dans un groupe de femmes, la très ronde Catherine Hosmalin, la pétillante mais maigre Victoria Abril et tout autour d’elles, des silhouettes adipeuses inconnues qui sont là pour subir le même sort, durant un mois ! Le cercle non vertueux des soins commence : Gym, piscine, bains à remous, enveloppements, cours de diététique, pesées, prise des eaux magiques et j’en passe ! Mais sitôt la porte franchie, toutes courent immuablement se gaver de gâteaux, d’aliments interdits gras,  sucrés et délicieux ! La nuit, leurs angoisses se calment de quelques tartines de fromage savoyard et de jambon de pays !
Quelles que soient leurs motivations pour mincir, elles sont toutes dans une dynamique d’échec personnel, sentimental, professionnel, familial ! Toutes là pour valoriser leur image, du moins celle qu’elles offrent aux autres, car quoi qu’il arrive, une grosse, même amincie, se verra toujours grosse, c’est immuable.  Seul l’amour et la confiance que les autres leur apportent leur permettent de mettre un filtre momentané sur l’image qu’elles ont d’elles.
On rit beaucoup dans ce film, les répliques sorties des sketchs de stand-up de Charlotte de Turckheim sont efficaces et percutantes. De plus, c’est facile de rire des gros, le gros a toujours fait rire, parce que le Bouboule est sympathique mais ridicule sur un vélo, pathétique dans un caleçon moulant violet, désopilant engoncé dans un maillot de bain rouge sang taille 62 ! ! Alors on rit, mais on ne rit pas franchement parce que au-delà du ridicule, du désopilant, de la caricature, il y a une immense souffrance ! J’ ai eu plus souvent le cœur serré que je ne l’ aurais voulu ! Une femme qui n’ a pas fait l’ amour depuis 5 ans et qui n’ imagine plus son corps exulter car trop de gras, trop de bourrelets, trop de barrières à sa sensualité, une femme qui se botoxe à mort (moins que certaines !) pour continuer à séduire des hommes qu’elle paye , un adolescent qui se gave de chips en rêvant d’ amour maternel , insensible à toute considération esthétique ! Le mari infidèle qui vient passer le week end avec son épouse raide dingue d’amour pour lui, mais à la seule fin de lui faire signer un chèque conséquent ! Le cynisme, encore et encore !
Le ballet de ces cœurs qui saignent  sous des couches sédimentaires de cellules adipeuses m’a touchée, émue, et troublée ! ! Chacun trouvera son compte dans ce film, le cœur de chacun résonnera selon ses propres émotions et son propre vécu ! Le mien a plus saigné, même avec une taille 38, je serai à jamais une grosse dans ma tête !
Charlotte de Turckheim a réussi son coup, on rit, on pleure, on aime toutes ces femmes belles, drôles et tragiques à la fois ! Une mention particulière pour Catherine Hosmalin qui est tour à tour bouleversante et splendide en Maryline peroxydée ! Si j’ étais un homme !….. Mmmm.