Ma grand-mère chez qui j’allais dormir lorsque j’avais 10 ans me laissait regarder le Cinéma de Minuit ; ce fut un choc. Le cinéma, en tant qu’art à émotion immédiate, est devenu une passion que j’ai envie de partager avec les lecteurs de l’e-bb sur fond de générique musical voluptueux et de portraits fondus enchaînés de couples glamours avec guitare et violoncelle

Valérie et sa grand-mère...

J’aime l’esthétisme des années 40/50 depuis ma plus tendre enfance, son cadre solide. J’aime les scénarios très bien écrits, très bien rythmés. J’ai détesté la Nouvelle vague : dès l’enfance, je trouvais que c’était une arnaque ; des dialogues aléatoires, hyper pompeux ou pas assez écrits… Mieux vaut, à mon sens, voir « En quatrième vitesse » qu' »A bout de souffle. » C’est un peu pour cela que je fais une fixette sur l’age d’or hollywoodien : pour montrer mon désaccord avec les pisse-froid français qui ont suivi. Mais rassurez-vous, je trouve que le cinéma actuel ne se porte pas si mal ! (Almodovar, James Gray, Cronenberg et Inarritu, etc.)

Quand mes enfants étaient petits, le samedi soir, c’était ciné-club obligatoire. Ma fille n’a pas accroché, mon fils a adoré. A 11 ans, il citait Fritz Lang et John Ford dans ses réalisateurs favoris, et maintenant qu’il en a 20, cela reste notre grande complicité.

Ce soir, je vous présente dans mon  Cinéma de Minuit (avec guitare et violoncelle !) un film de Joseph Leo Mankiewicz : Chaînes conjugales (A letter to tree wiwes-1949)

Le Pitch :
Trois élégantes jeunes femmes (qui pourraient être boulonnaises) grimpent dans un ferry pour passer une journée avec les orphelins de leur association. La quatrième, Addie Ross, qui devait les accompagner, se fait porter pâle mais fait parvenir une lettre : elle annonce aux trois malheureuses bloquées sur l’eau qu’elle a pris la poudre d’escampette avec l’un des maris. Lequel ? Les trois femmes se plongent dans leur passé… La pas sûre d’elle trébuche dans son flash back, l’intellectuelle se torture et la parvenue ravageuse se met à douter… La fin… Non, je ne la dévoilerai pas.

Ce film a inspiré le créateur de Desperate Housewives (véridique). Psychologie parfaite, exploration des angoisses féminines au rasoir, photo somptueuse, dialogues qui percutent, une comédie d’une élégance tendue et d’une ironie qui peut tout se permettre : dénoncer la tyrannie de la publicité (avec un Kirk Douglas très virulent), épingler les snobismes, les machismes, les couples à deux vitesses. Mention spéciale aux trois vedettes (on ne voit pas Addie Ross, on entend juste sa voix), Jane Crain la craintive, Ann Sothern la cérébrale, et Linda Darnell la superbe à la revanche sociale à vif.

Ma scène préférée ? Celle du baiser dans la maison secouée par les cahots du métro tout proche…

L’actrice qui sort du lot ? Linda Darnell, elle a le rôle le plus intéressant ; normal, c’était dans la vie la maîtresse du réalisateur…

Ce film qui figure au catalogue de la médiathèque de Boulogne-Billancourt est à regarder à partir de 13 ans et à voir ABSOLUMENT en VOST. Pas de VF, jamais ! On y perd l’essence des films étrangers (en plus, cela fera réviser l’anglais de vos ados).

 

NDLR Valérie Pineau-Valencienne est l’auteure de plusieurs ouvrages publiés, et on peut suivre ses aventures boulonnaises sur son blog ici

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