Pour sa 5ème édition, le festival de théâtre Seules… en scène est toujours aussi éblouissant. Mercredi 13 mai, Mona Heftre a incarné sur la scène du TOP la fougueuse et fulgurante Albertine Sarrazin.

Albertine Sarrazin

Albertine Sarrazin

C’est encore un grand moment de théâtre, d’émotion et de beauté que nous a offert le Théâtre de l’Ouest Parisien mercredi soir. Seule en scène, comme il se doit lors de ce festival fondé par Olivier Meyer il y a cinq ans, Mona Heftre a livré une performance extraordinaire autour de la vie d’Albertine Sarrazin.

A partir des romans d’Albertine, La cavale et L’astragale, mais aussi de sa correspondance et des fragments de ses cahiers, prêtés par la seconde femme de Julien, Mona Heftre a reconstitué cette vie brève et fulgurante, violente aussi, de la maison de correction aux urgences, en passant par les fugues, les cavales et – enfin – la gloire littéraire.
« Mademoiselle, au lieu de faire le tapin à la sauvette, vous auriez mieux fait de concourir pour le prix Femina » – l’esprit cinglant du juge des Assises qui prononce une peine de 7 ans à l’encontre de la jeune fille mineure, résume cruellement le rapport au monde d’une enfant de l’assistance publique, amoureuse de Rimbaud à 15 ans au point de lui écrire des poèmes, abandonnée une seconde fois par des parents adoptifs « trop vieux » (et combien ce malheureux adverbe, prononcé au prétoire, fera songer Albertine !), et qui a voulu détruire tout ce qu’elle aurait voulu aimer.

Mona Heftre - DR

Mona Heftre – DR

De noire vêtue, le panache blanc, avec pour seul accessoire une paire de chaussures à talons hauts plus éloquentes qu’une prosopopée, Mona Heftre épouse son personnage : elle a quinze ans avec elle, elle brave Paris avec elle, elle se heurte aux barreaux avec elle, elle appelle sa mère avec elle, elle souffre les mille tourments de la déréliction avec elle.
Vient la rencontre miraculeuse avec Julien, qui la sauve, qui l’enlève et l’entraîne en cavale. Julien c’est l’amour, et l’amour pour Albertine, c’est « l’inconnaissable. » Un mariage en neuf minutes entre des amants tirés de leurs prisons respectives, les années d’attente et la passion intacte, jusqu’au dernier soupir poussé sur un lit d’hôpital. Accolé à cet amour, l’écriture, ce débordement précis et cru du fond d’un être qui refuse de désespérer, l’accompagne tout au long de sa courte vie.
Le spectacle est monté selon le rythme haletant de cette existence brûlée, mais plus encore suivant le style même de l’écrivain. Des monologues rapides et incisifs, forts de chaque mot, qui s’entrecoupent de poèmes d’Albertine, mis en musique et chantés par la comédienne.

A l’issue du spectacle, les derniers mots de la jeune femme, dernières promesses, prononcés par Mona Heftre, résonnent longtemps en chacun de nous.