A une semaine du premier tour des élections municipales, l’e-bb a rencontré les n°1 et 2 de la plupart des listes. Isabelle Goïtia et Yves Alibert conduisent la liste du Front de Gauche.

e-bb : Pouvez-vous vous présenter mutuellement ?

Isabelle Goïtia et Yves Alibert

Isabelle Goïtia et Yves Alibert

Isabelle Goïtia : Yves Alibert est un jeune Boulonnais de longue date, membre du Parti communiste, professeur des écoles et directeur de la maternelle Castéja. Il a trois filles, c’est un ancien rugbyman qui connaît bien les problèmes rencontrés par cette section sportive à Boulogne.
Yves Alibert : Isabelle Goïtia est mère de deux enfants, passés par mon école puisqu’ils habitent juste à côté. Elle est membre du Parti communiste et elle a été conseillère municipale de 2002 à 2008. Elle est donc assez au fait des affaires boulonnaises. Elle est également très impliquée dans les affaires scolaires, en tant que parent d’élève. Elle est Basque d’origine, et pratique le chant et la danse basques.

e-bb : En 2008, vous figuriez sur une liste d’union de la gauche, avec le PS et les Verts. Pourquoi conduire une liste indépendante cette année ?
Isabelle Goïtia : Il y a deux raisons :

  • L’une liée au contexte national. Nous nous sommes demandés ce que représenterait notre candidature aujourd’hui. Le gouvernement mène une politique d’austérité dans le prolongement de celle de Sarkozy ; ce n’est pas ça, la gauche ! C’est pourquoi nous portons notre candidature comme un acte de résistance, qui rassemble des candidats opposés à la politique libérale et d’austérité.
  • La seconde revêt un aspect local : dans d’autres communes, comme à Paris, un accord a pu primer, autour d’un projet commun. Mais à Boulogne-Billancourt, ce n’a pas été le cas, les discussions avec le Parti socialiste n’ont pas été concluantes.

e-bb : Durant cette campagne, y a-t-il eu une rencontre, une anecdote qui vous ait particulièrement marqué ?

Délégation pour le droit au logement, février 2013 - document de la candidate

Délégation pour le droit au logement, février 2013 – document de la candidate

Yves Alibert : Il y a eu deux ou trois rencontres qui m’ont marqué, parce qu’elles ont mis à jour le problème du logement. Ce sont des personnes que je connaissais auparavant, et qui se sont confiées parce que je suis candidat et parce que je suis directeur d’école. Ces personnes travaillent à Boulogne, elles sont en situation de mal-logement et ont un dossier HLM en attente depuis des années, voire des dizaines d’années. Je pense à une famille de cinq personnes dans un petit deux-pièces, ou bien à cette mère d’élève hébergée avec ses enfants chez quelqu’un.
Isabelle Goïtia : Pour ma part, je pense aux usagers du Centre de santé de la Croix rouge, qui fonctionne moins bien qu’avant. La crise aidant, il y a de plus en plus de demandeurs, mais les moyens ne suivent pas, si bien que les gens accèdent moins facilement aux soins. Nous l’avons dénoncé dans un tract. A la suite de sa diffusion, un professionnel de la Santé nous a contactés et nous a confirmé que la situation se dégradait : les conditions de travail sont plus précaires pour les professionnels, et l’accueil est moins bon pour les patients.
Ça rejoint la question de la Santé à Boulogne : il faut plus de moyens pour le centre de la Croix rouge, il faut rénover l’hôpital Ambroise Paré, et il faut ouvrir un centre de santé municipal. Le fil conducteur de notre liste est « l’humain d’abord. » Pour nous, Boulogne doit être une ville pour tous, avec un égal accès au logement, à la santé et à la scolarité.

e-bb : Pouvez-vous nous parler de nos concitoyens ? De ce qu’ils sont et de ce qu’ils attendent de ces élections ?

La flashmob' des parents d'élèves de Robert Doisneau en juin 2011

La flashmob’ des parents d’élèves de Robert Doisneau en juin 2011

Yves Alibert : Il n’est pas forcément possible de faire une réponse unique. Il y a des Boulonnais, c’est une ville à plusieurs facettes. Selon les quartiers, on n’a pas les même tranches d’âge, ni les mêmes catégories sociales, et on rencontre donc des problèmes différents. Par exemple, au nord, les écoles se dépeuplent, alors qu’au sud, elles sont saturées.
Isabelle Goïtia : Ce que je retiens de mon expérience de porte-à-porte, c’est un désintérêt croissant pour la chose publique. Je m’inquiète beaucoup du taux d’abstention à venir, car il sera élevé. Il y a des Boulonnais qui ne se reconnaissent pas dans les candidats du duel à droite, qui n’est en fait qu’un combat des chefs, contre l’un ou l’autre. Un combat des égos, même, puisque ces hommes qui s’opposent, Solère, Baguet, Duhamel, votent les mêmes délibérations au conseil municipal.
Ce faisant ils restent loin des préoccupations des Boulonnais, à qui il faut donner davantage la parole. Je veux restaurer la démocratie locale, avec un espace de rencontre entre les citoyens et leurs élus.

e-bb : Comment réagissez-vous à la présence de Marc Fusina, ancien conseiller municipal d’opposition, en 7ème position sur la liste de Pierre-Christophe Baguet ?
Isabelle Goïtia : Ce ralliement à suscité de la surprise, mais aussi de l’écœurement chez certains Boulonnais. C’est le plus ancien conseiller municipal de la ville, il est élu depuis 1989 ! Il se retrouve sur la liste de Baguet, encourageant l’idée que la gauche et la droite, c’est pareil. Or ce n’est pas pareil ! Il occasionne une confusion regrettable qui ne peut qu’accroître l’abstention et le vote protestataire. Et ça, c’est grave. On assiste à un recul sur la distinction des valeurs.

e-bb : L’un des axes de votre programme consiste à placer sous gestion municipale de nombreux équipements et services : piscine, eau, santé, banque publique d’investissement… Pourquoi ?

La piscine de Boulogne Billancourt

La piscine de Boulogne Billancourt

Yves Alibert : Je m’étonne qu’on puisse poser la question ! Prenons l’exemple de l’eau : partout où la gestion de l’eau est municipalisée, c’est un avantage pour les usagers, parce qu’elle est moins chère et de meilleure qualité. Dans les Hauts de Seine, c’est Santini qui pilote ce service, l’un des plus chers de France. Je pense que les municipalités ont un rôle à jouer dans la gestion de ces services, dans l’intérêt des citoyens.
Isabelle Goïtia : De plus, si la gestion était municipale, il y aurait un véritable droit de regard du citoyen. Si on prend l’exemple de la piscine, qui est en délégation de service public, il apparaît qu’en gestion municipale, le coût serait moindre car on cesserait d’engraisser une entreprise, nous aurions la maîtrise des lignes d’eau pour les scolaires et les tarifs seraient plus bas.
A ce sujet, nous voulons que la tarification des équipements publics soit fixée en fonction du quotient familial, lequel doit être révisé. Actuellement, il repose sur le nombre d’enfants. Ainsi, une famille avec un parent au chômage et un enfant unique va payer plus cher qu’une famille de cadres moyens qui travaillent, avec trois enfants. Il faudrait prendre en compte les revenus de la famille dans le calcul du quotient.

e-bb : Vous alertez sur la situation de l’hôpital Ambroise Paré. Pouvez-vous nous en dire plus ?

L'hôpital Ambroise Paré

L’hôpital Ambroise Paré

Isabelle Goïtia : Certains services « d’excellence, » comme on dit, ferment, on assiste à un engorgement des urgences, le tout dans des structures vieillissantes. Tout ceci converge vers une dégradation générale de l’hôpital. C’est inquiétant, dans un bassin de population aussi important. Pour nous, c’est un élément crucial d’avoir à proximité un hôpital capable de répondre aux besoins de la population. Il n’y a pas de maternité par exemple, malgré la promesse de Baguet. Mais il pourrait au moins y avoir un réseau d’obstétrique avec Sèvres et Saint-Cloud, afin que les femmes soient suivies à Ambroise Paré.

e-bb : Vous êtes favorables au droit de vote des étrangers aux élections locales, pourquoi ?
Isabelle Goïtia : C’est une promesse de François Hollande. Une promesse non tenue de plus ! Nous y sommes favorables parce que pour nous, il est normal que des personnes qui vivent ici, qui sont contribuables de la ville et qui, pour une grande partie, ont contribué à sa richesse du temps de Renault, bénéficient de l’égalité des droits.
Yves Alibert : En plus, c’est un vecteur d’intégration. On ne peut pas reprocher à des gens de ne pas s’intégrer tout en continuant à leur refuser ce droit.

e-bb : Vous êtes les seuls candidats à ne pas évoquer la dette de la ville, pourquoi ?
Isabelle Goïtia : Je dois dire que le discours anti-Baguet m’amuse beaucoup, parce que c’est bien l’équipe Fourcade qui a augmenté la dette la première. L’origine de cette dette est donc un faux débat. Dans le détail, il y a eu des dépenses inconsidérées, comme le recours à des organismes privés pour mener des études sur la ZAC Seguin-Rives de Seine alors que nous avions toutes les compétences municipales pour le faire.
Mais pour moi, la question de la dette est moins importante que celle des ressources. La vraie question est : comment maintenir notre niveau de ressources ? Les lois de décentralisation ont confié plus de responsabilités aux communes sans leur en donner les moyens. Il faudrait donc commencer par revoir à la hausse les dotations de l’État. Sur ce sujet, Thierry Solère est en pleine contradiction d’ailleurs : il vote les lois de finances à l’Assemblée qui réduisent nos ressources, tout en tenant à Boulogne un discours contre la dette !

e-bb : Vous êtes hostiles au projet de Métropole du Grand Paris. La loi Lebranchu prévoit son institution en 2016. Comment voyez-vous l’avenir de Boulogne dans cet ensemble ?

La Métropole du Grand Paris atteindrait 10 millions d'habitants - CR geographica.net

La Métropole du Grand Paris atteindrait 10 millions d’habitants – CR geographica.net

Isabelle Goïtia : Nous y sommes hostiles, parce qu’elle se présente comme une dilution des pouvoirs du citoyen et des prérogatives municipales. C’est une espèce de grand fourre-tout. C’est bien que des villes s’associent sur des projets, mais rien qu’au niveau de GPSO, nous avons déjà une perte de contrôle du citoyen.
Yves Alibert : Ces grands « machins » sont inquiétants. Au bout du compte, quelle est la place pour le citoyen ? Quels sont ses moyens de contrôle ou de décision ? On ne peut pas parler de démocratie participative ou locale, et dans le même temps, constituer cet ensemble de 10 millions de personnes.

e-bb : Comment voyez-vous la ville dans dix ans ?
Isabelle Goïtia : Si on maintient les logiques actuelles, on s’achemine vers une ville qui aura toute la fadeur d’un Neuilly bis. Nous aurons perdu toute notre diversité. Pour tout dire, la direction que prend Boulogne-Billancourt ne me plaît pas. Le Pont de Sèvres, où j’habite, préfigure à sa façon le nouveau visage de la ville : on a d’un côté un magnifique quartier flambant neuf, et de l’autre une verrue, pour laquelle rien n’est fait. On a ouvert des passages, d’accord, mais on n’a pas rénové les logements ! On n’en a rien à faire ce qui est populaire.
Yves Alibert : Je partage totalement ce point de vue. Cette tendance a pour conséquence une difficulté à vivre ensemble, avec un rejet des populations stigmatisées en raison de leurs faibles ressources. La spéculation immobilière dans le nouveau quartier a eu un effet sur ses habitants : ils veulent jouir d’un confort conforme au prix qu’ils ont payé, ils ne veulent pas de « nuisances » venues de l’extérieur. Ils ne veulent pas mélanger les classes sociales, et surtout pas sortir de leur quartier pour aller ailleurs. Mais ailleurs, c’est aussi « avec les autres. »
Isabelle Goïtia : Fourcade comme Baguet ont pratiqué la discrimination sociale. Il n’y a qu’à voir la carte scolaire, qui concentre les enfants des deux cités populaires dans le même collège, délibérément.

Anne-Sophie et Guy

The following two tabs change content below.