A une semaine du premier tour des élections municipales, l’e-bb a rencontré les n°1 et 2 de la plupart des listes. Julien Dufour et Maud Fouquet conduisent la liste du Front National – Rassemblement Bleu Marine.

e-bb : Pouvez-vous vous présenter mutuellement ?

Julien Dufour et Maud Fouquet

Julien Dufour et Maud Fouquet

J. Dufour : Maud Fouquet a 26 ans, c’est une des meilleures militantes, d’où sa place sur la liste car nous pratiquons la méritocratie. Elle est ergothérapeute. De par sa profession, elle aide les personnes en situation de handicap, elle est donc, par définition, à l’écoute de l’autre, ce qui est très important lorsqu’on est candidat. Elle est Boulonnaise depuis quelques mois. Elle a rencontré son futur époux lors de la venue de Marine Le Pen à Boulogne en janvier 2013. Ils se marieront en juin à la mairie de Boulogne. Et ils ont demandé à ce que ce soit moi qui les marie !
M. Fouquet : Julien Dufour vient d’avoir 43 ans. Il est agent immobilier et il est Boulonnais à 100 %, puisqu’il vit, travaille et dort à Boulogne. Il respire aussi la pollution de Boulogne… Il était déjà candidat aux élections législatives en 2013.

e-bb : Il n’y avait plus d’élus Front National au conseil municipal depuis le mandat 1989-1995, et aux élections de 2008 il n’y avait pas eu de liste. Que s’est il passé depuis ?
J. Dufour : Tout d’abord, depuis que Marine Le Pen est devenue présidente du Front National, les effectifs de militants ont explosé : nous sommes passés de 10.000 adhérents en 2009 à plus de 70.000 aujourd’hui. Ensuite, on peut dire que l’élection présidentielle a été fondatrice. Maud par exemple a adhéré au lendemain de l’élection en 2012, et moi personnellement j’ai rejoint le Front National en 2011. Le parti cherchait un responsable local et j’ai accepté cette mission. Il était important de marquer notre présence locale pour conforter les électeurs potentiels. En 2012, c’était la première fois depuis longtemps que l’on revoyait le FN sur les marchés. Nous nous ne sommes pas arrêtés au lendemain de la présidentielle. Nous avons continué à coller des affiches dans Boulogne et à organiser des événements publics, comme la venue de Florian Philippot, de Marine Le Pen et de Marion Maréchal-Le Pen.

J. Dufour, F. Philippot et R. Carillon lors d'une conférence de presse à Boulogne

J. Dufour, F. Philippot et R. Carillon lors d’une conférence de presse à Boulogne

Les cadres du parti n’y croyaient pas, mais en fait, ça marche ! Aux législatives nous sommes arrivés en 4ème position sur 14 en dépassant les 5 % des suffrages, c’est-à-dire que nous avons doublé notre score comparativement à 2007. Mon blog a reçu 160 000 visiteurs uniques en 2 ans et demi, et le regard porté sur nous a changé : mon prédécesseur, Jean Allard, avait perdu la moitié de sa patientèle lorsqu’il s’est affiché comme FN. Je ne subis, moi, aucune stigmatisation, ni aucune baisse de chiffre d’affaires.
Aujourd’hui nous apparaissons comme une liste crédible, et pas comme un recours protestataire : les gens ne voteront pas indistinctement pour le FN, mais bien pour des candidats qu’ils connaissent. C’est très encourageant pour cette élection municipale comme pour les prochaines européennes de fin mai 2014 où nous ferons un carton. L’an prochain ce sont les élections cantonales et les régionales. Assurément, nous aurons des conseillers régionaux Ile de France en 2015.

e-bb : Au cours de votre campagne pour cette municipale, y-a-t-il une anecdote ou une rencontre qui, l’un et l’autre, vous a particulièrement marquée ?
J. Dufour : Lors d’un de nos derniers collages, rue du Pont du Jour, un couple en passant regarde l’affiche puis me regarde, et ceci plusieurs fois et me dit : « c’est vous qui êtes candidat ? » Bien évidemment je réponds oui, alors il poursuit en disant « Écoutez, on n’a jamais voté Front National, mais cette fois-ci on vote pour vous, on en a ras-le-bol. »
M. Fouquet : Ce matin au marché (ndlr le 15 mars à Billancourt), une dame voilée d’une soixantaine d’année est venue à ma rencontre, et je lui ai naturellement tendu notre tract. Nous avons parlé et elle a commencé à pleurer en nous remerciant d’être venus vers elle. Elle a poursuivi en disant que très récemment des membres de l’équipe Baguet n’avaient pas voulu lui donner leurs tracts en prétextant qu’elle ne votait pas à Boulogne et que « ça coûte de l’argent les tracts. » Elle a la nationalité française depuis plus de 40 ans. Elle a trouvé cette attitude inadmissible et nous a dit qu’elle faisait passer le message dans son entourage que nous n’étions pas un parti raciste et que nous avions de vraies idées et de bonnes valeurs pour défendre Boulogne.

e-bb : Pouvez vous nous dresser le portrait du Boulonnais, de ce qu’il est et de ce qu’il attend ?
J. Dufour : C’est compliqué, car il y a plusieurs Boulogne dans Boulogne, même s’il y a une vraie ville. Contrairement à Issy-les-Moulineaux, où il n’y a pas d’âme, à Boulogne, il y a une culture boulonnaise, mais avec des identités différentes. Il y a le côté Billancourt et le côté Boulogne sur Seine. Dans l’ensemble, le Boulonnais est heureux de vivre à Boulogne, mais il a envie que des choses changent et de faire entendre sa voix. Il a l’impression d’être totalement déconnecté de ses élus.
La question du logement revient beaucoup, des délais et des interrogations sur l’attribution des HLM. Nous voulons la transparence dans l’attribution des logements, et un contingent de logements plus important qu’aujourd’hui pour le Maire, puisque c’est lui qui reçoit les demandes.
Je suis le seul candidat à n’avoir encore jamais été élu, et pour beaucoup, j’incarne le changement. Les Boulonnais veulent des élus municipaux vigilants, qui ne laisseront passer aucune anomalie.
M. Fouquet : Moi je retiens le dilemme des électeurs qui ne savent pas pour qui voter. Ils renvoient les candidats habituels dos à dos. J’en ai encore parlé avec deux jeunes la semaine dernière, et je leur ai proposé de voter pour Julien Dufour. Mais ils le trouvaient trop jeune et ne le connaissaient pas. Nous les avons incités à regarder notre programme. Ce matin, au marché, nous les avons revus et ils nous ont dit que notre programme leur plaisait mais qu’ils restaient encore indécis.

e-bb : Au niveau Finances, vous vous proposez de réduire significativement les impôts tout en réduisant la dette. Comment arrivez-vous à résoudre cette équation ?

Les finances de la ville - document du candidat

Les finances de la ville – document du candidat

J. Dufour : J’ai une expérience de chef d’entreprise. Quand j’ai 1€ de recettes, je n’engage pas 2€ de dépenses. Au niveau local vous n’avez pas le droit d’avoir un budget en déficit, mais, depuis 40 ans, on compense avec de la dette. Aujourd’hui à Boulogne, la dette s’élève officiellement à 110 millions d’euros et on apprendra l’année prochaine, s’il y a alternance, qu’en fait la dette s’élève plutôt à 250 voire 300 millions d’euros en y ajoutant la SAEM et de GPSO.
Il faut ramener du bon sens, donc revoir l’organisation des services municipaux, en y associant les fonctionnaires boulonnais pour optimiser leurs conditions de travail à un coût inférieur, et mener un audit de fonctionnement. J’ai entendu dire qu’un certain nombre de postes avaient été doublés, triplés voire quadruplés durant la mandature actuelle et surtout récemment.
Nous allons lutter contre les dépenses inutiles. Boulogne est la 7ème ville en France où le coût par habitant de la communication est le plus élevé (cf le Figaro Magazine d’il y a 3 ou 4 semaines). Nous lutterons aussi contre les subventions communautaristes. Certes cela ne réduira pas la dette, mais nous veillerons à ce que l’argent de tous aille à tous. Ça n’a pas été le cas, par exemple, pour le financement de la mosquée, où 2 millions d’euros qui auraient dû revenir aux contribuables boulonnais sont allés à quelques uns.
Concernant la pression fiscale, même si elle est très basse à Boulogne, la taxe d’habitation a considérablement augmenté en 2013, une année préélectorale ! On peut donc s’attendre à pire en 2015. D’ailleurs, en 2008, il avait augmenté les impôts de plus de 10 ou 15 %. Je rappelle en outre que la taxe d’habitation est indexée sur l’IRPP. Or, les réformes fiscales font que des gens très modestes paient désormais un impôt sur le revenu, et donc aussi une taxe d’habitation. C’est la double peine.
Quant à la dette, il faut en revoir les intérêts. Ils représentent 230€ par foyer fiscal alors que l’impôt moyen par foyer fiscal est de 500 €. Il faut que cela cesse. Pour en revenir à mon programme, je n’ai pas encore toutes les informations sur les finances, mais j’ai indiqué ma philosophie générale.

e-bb : Les autres candidats font de l’Ile Seguin vraiment un enjeu . Dans votre programme elle n’est pas mentionnée comme telle. Pourquoi ?

Plan-masse des trois projets, 1 à 3 de haut en bas

Plan-masse des trois projets, 1 à 3 de haut en bas

J. Dufour : L’Ile Seguin est un puits sans fond : 160 millions d’€ investis en pure perte. Ce sont 3 années des impôts locaux des Boulonnais. Il faut arrêter ces bêtises. Un projet consensuel c’est interroger les Boulonnais sur ce qu’ils veulent réellement et non pas demander leur avis sur Jean Nouvel ou Jean Nouvel ou Jean Nouvel. Ça, c’est un simulacre de démocratie.
Les promesses faites en 2008 ont-elles été tenues ? Messieurs Baguet et Solère nous promettaient de limiter la constructibilité de l’Ile Seguin à 110.000 m². Le projet maintenant retenu c’est 240.000 m², tandis que le projet de Monsieur Fourcade le limitait à 175.000 m². On nous promettait l’enfouissement de l’avenue du Général Leclerc, un nouveau commissariat, une nouvelle maternité, le métro au Pont de Billancourt …. Aujourd’hui, il n’y a rien de tout cela. Ils devraient être tous disqualifiés de cette élection.
La feuille de route, si nous sommes élus, c’est de demander aux personnes qui travaillent dans les services à Boulogne, comment on peut faire mieux en coûtant moins, et d’ouvrir un cahier de doléances pour les habitants. Pour toute décision qui impactera durablement les finances, comme l’urbanisme ou la qualité de vie au quotidien, nous demanderons leurs avis au travers de référendum, parce que c’est cela la vraie démocratie.

e-bb : Vous proposez de régler beaucoup de problèmes par référendum. En pratique, comment peut-on organiser un référendum sur les rythmes scolaires ?
J. Dufour : Il faut voir le cadre légal, mais il faut y associer le personnel scolaire. On ne peut pas monter les parents contre le personnel scolaire et réciproquement. Il faut donc une vraie concertation, et le meilleur moyen de valider une stratégie, c’est de passer par un vote. En France, on est les champions du monde pour mettre les projets de société sur la table et de ne pas les résoudre. Si cela est validé par la majorité, c’est dommage pour la minorité, mais cela sera la décision. Si la loi le permet, je suis favorable à ce que les Boulonnais puissent s’exprimer via un référendum pour un vrai choix, et je ferai ce que les Boulonnais ont majoritairement décidé, même si cela va à l’encontre de mes idées.

e-bb : Il y a plusieurs propositions de votre programme qui ne sont pas compatibles avec la loi comme ne pas célébrer les mariages homosexuels et favoriser les entreprises boulonnaises dans les appels d’offre. Pourquoi les y avoir fait figurer ?
J. Dufour : La Loi interdit la priorité locale comme l’Europe interdit la priorité nationale, mais on peut trouver des biais. Dans le choix définitif, on n’est pas obligé de s’arrêter juste au choix du coût unitaire, on peut faire jouer aussi le critère environnemental par exemple. D’une manière générale, je suis pour la proximité, et si une société boulonnaise a la possibilité de répondre à un appel d’offre et répond aux critères définis, je serai très heureux de lui attribuer ce marché. Mais cela n’est pas un dogme absolu.
Concernant la célébration des mariages homosexuels, je suis très attaché à un point qui fait encore débat, c’est le droit de conscience de chacun. De toute façon, bientôt, cette loi sera un souvenir, puisque si Marine Le Pen est élue présidente de la République en 2017, elle a annoncé qu’elle l’abrogerait. Ceux qui ont été mariés, resteront mariés, mais il n’y aura plus de nouveau mariage pour tous célébré. D’ailleurs le nombre de mariages célébrés à Boulogne se situe, je crois enter 6 et 20 et ne représente qu’une minorité d’activistes. La majeure partie des couples homosexuels n’ont ni envie ni besoin de célébrer cela pour découvrir quelques années après le divorce pour tous. Nous proposerons autre chose, avec les mêmes droits que la mariage mais qui n’en portera pas le nom et ne sera pas célébré en mairie.
Pour moi c’est un principe à affirmer, je ne suis pas comme Monsieur Baguet qui défilait au sein de la manif pour tous au mois de février 2013 et dès le mois de juillet célébrait des mariages homosexuels à la mairie de Boulogne.

e-bb : Vous demandez le retrait d’un certain nombre de livres des bibliothèques municipales, vous souhaitez également le retrait de l’ABCD de l’égalité dans les écoles. Est-ce réellement le rôle du maire ?
abcd
J. Dufour : Pour ce qui concerne la bibliothèque municipale oui, puisqu’elle dépend du maire.
Après, à l’école, qu’il y ait un éveil à la sexualité et aux différentes sexualités lorsqu’on est en âge de comprendre ce genre de choses, vers 12-13 ans, bien évidemment et sans difficulté. Mais mettre ça entre les mains d’un enfant de 4 ans, non. Ce genre de théorie ne doit pas être inculquée entre 0 et 6 ans. Si les parents désirent enseigner cela à leurs enfants , c’est leur droit dans le cercle privé. Mais dans la sphère publique, il me parait évident que le maire a son mot à dire. Le problème c’est que cette théorie du genre,n’a pas été lancée par les socialistes, mais par Luc Chatel qui est Boulonnais. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas une opposition ferme et absolue de la mairie actuellement sur ce sujet. Je pense qu’il y a lieu d’interdire de telles pratiques pour la salubrité publique et le bien être des enfants.

e-bb : La sécurité est l’un des enjeux de cette campagne. Un certain nombre de candidats prévoit d’augmenter la vidéo surveillance. Pas vous. Pourquoi  ?
J. Dufour : Parce que ça ne sert à rien ! Je me suis fait voler mon scooter devant une caméra de surveillance, mais pour obtenir le fichier vidéo, il faut faire une demande en sept exemplaires, soit 21 pages. Compte tenu des restrictions budgétaires, les policiers sont contraints d’apporter leurs ramettes personnelles. Donc utiliser 21 pages pour demander le visionnage des bandes vidéo, ils ne le font que très rarement pour des enjeux qui en valent vraiment la peine.
Je suis donc pour sur le principe, mais dans les faits il faut donner la priorité aux moyens humains : doubler les effectifs de la police municipale et assurer leur présence 24h/24 pour répondre en temps réel aux problèmes de qualité de vie des Boulonnais. J’envisage aussi d’armer la police municipale, si ma proposition est validée par un référendum local. Dans tous les cas, il faut lutter contre la colère et/ou le découragement de porter plainte.

e-bb : La loi Lebranchu prévoit en 2016 le passage de notre communauté d’agglomération à la métropole du Grand Paris. Comment voyez-vous l’avenir de Boulogne Billancourt au sein de cette métropole ?

La Métropole du Grand Paris atteindrait 10 millions d'habitants - CR geographica.net

La Métropole du Grand Paris atteindrait 10 millions d’habitants – CR geographica.net

J. Dufour : Comme un film des Shadocks. Un système kafkaïen où chacun pompera dans son coin en ayant l’impression de faire du bon boulot. Il faut revenir à plus de proximité. Déjà dans GPSO, c’est le maire de Sèvres qui s’occupe des bancs cassés dans les jardins de Boulogne et on y perd. Si demain c’est le maire de Champigny sur Marne, c’est encore plus éloigné. Je serai pour l’intercommunalité quand elle englobera les 36 000 communes françaises. Ce sera la République française. Il faut revenir à ce qui a fait la force de la France : le commune, le département, la nation. Toutes les strates administratives intermédiaires, ce sont plus d’impôts, plus de fonctionnaires, moins de proximité, et moins de transparence dans les décisions.
Je suis donc contre la Métropole du Grand Paris, favorable aux départements, mais aussi à la diminution du nombre de régions.
M. Fouquet : Sauf pour les petites communes, bien entendu. L’intercommunalité permet la mutualisation des recettes et des dépenses et d’améliorer le quotidien de tout le monde, j’en ai fait l’expérience. Mais dans le cas de Boulogne qui est une très grande ville, franchement l’intercommunalité n’offre aucun avantage.

e-bb : Comment voyez-vous la ville dans 10 ans ?
J. Dufour : C’est compliqué, parce qu’il y a beaucoup de choses qui peuvent changer. Je la vois dans la continuité, je voudrais qu’elle reste comme elle est aujourd’hui. Il faut un retour au bon sens, arrêter de tout transférer au privé, car c’est moins de qualité de service et plus de frais pour le contribuable. Il faut aussi lui donner des infrastructures sportives dignes de son rang, et travailler à une ville apaisée. En finir avec les engueulades et les insultes dans la rue, acquérir un sentiment de sécurité. Malheureusement, nous sommes dans un escalator qui descend.
M. Fouquet : Dans dix ans je vois une ville plus sûre avec une police municipale plus visible. La présence policière peut en effrayer certains, mais c’est plus de prévention et plus de sécurité. Je souhaite que les mentalités évoluent pour avoir une ville plus civique, plus écologique et plus civile.
Personnellement je mise beaucoup sur le recours au référendum, car on ne peut pas penser à la place des gens. Il faut respecter le choix des habitants, même si ce n’est pas le nôtre.

Guy et Anne-Sophie

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