A une semaine du premier tour des élections municipales, l’e-bb a rencontré les n°1 et 2 de la plupart des listes. Pierre-Mathieu Duhamel et Isabelle Weill conduisent une liste divers-droite.

e-bb : Pouvez-vous vous présenter mutuellement ?

Pierre-Mathieu Duhamel et Isabelle Weill

Pierre-Mathieu Duhamel et Isabelle Weill

PM Duhamel : Isabelle Weill est Boulonnaise, chef d’entreprise, et très engagée dans la vie associative. Elle promeut l’installation de défibrillateurs dans les lieux publics afin de lutter contre les accidents cardiaques. Elle se consacre à cette cause avec beaucoup d’énergie, et toujours avec le sourire !
I Weill : Pierre-Mathieu Duhamel est un homme d’exception qui a une vraie vision pour notre ville. Il a été le principal collaborateur de Jean-Pierre Fourcade. Nous nous sommes rencontrés lors d’une université d’été, et j’ai tout de suite admiré sa clarté et sa capacité de rendre intelligibles des choses compliquées. Quand j’ai appris sa candidature, j’ai demandé à le rencontrer et il m’a fait confiance. Pour moi il est important de rendre l’espoir à Billancourt et à Boulogne, et de faire en sorte que les deux villes se réunissent et avancent d’un même élan.

e-bb : Vous n’avez pas été candidat en 2008 parce que vous n’aviez pas reçu l’investiture de l’UMP. En 2014, bien que vous n’ayez pas reçu cette investiture, vous êtes candidat tout de même. Pourquoi ?
PM Duhamel : J’ai constaté que l’action municipale conduite depuis six ans n’a pas été à la hauteur des attentes des Boulonnais – ni des miennes d’ailleurs ! Je ne serais pas candidat si j’estimais que la ville va dans le bon sens.

e-bb : Vous avez rencontré beaucoup de Boulonnais ces derniers mois, 4 400 en deux ans d’après Thierry Solère. Pourriez-vous nous parler de vos concitoyens, de ce qu’ils sont et de leurs attentes ?

Alain Juppé, Jean-Pierre Fourcade et Thierry Solère à un meeting de PM Duhamel

Alain Juppé, Jean-Pierre Fourcade et Thierry Solère à un meeting de PM Duhamel

PM Duhamel : Boulogne-Billancourt est une ville très diverse. C’est une vraie communauté de vie et une source d’initiatives et de talents passionnante. L’un de mes objectifs est de préserver la richesse que constitue cette diversité. De ces rencontres avec mes concitoyens, je retiens que leur première préoccupation est le logement, pour eux, mais surtout pour la génération suivante. Viennent ensuite les questions d’éducation, d’emploi, puis, selon les profils, des attentes concernant la petite enfance, la dépendance des personnes âgées, le sport, la culture et aussi le quotidien, la propreté et la sécurité.
I Weill : Concernant l’emploi, notre objectif est de récupérer les jeunes Boulonnais diplômés ailleurs et de les faire revenir s’installer à Boulogne-Billancourt, en initiant une synergie avec le réseau économique existant. Nous projetons d’ouvrir deux incubateurs, un dans le sud de la ville, et un autre dans le nord, afin d’aider à la réalisation d’initiatives et à la création d’entreprises. Il nous faut impérativement mettre en relation les startups avec les grands groupes industriels et de service, et instaurer une plateforme de l’emploi.

e-bb : Durant cette campagne, y a-t-il eu une rencontre, une anecdote qui vous ait particulièrement marqué ?
PM Duhamel : Il y a beaucoup de choses qui frappent, et j’ai comme un kaléidoscope sous les yeux. Notre ville a la réputation d’être prospère et d’être la plus diplômée de France. On y rencontre aussi des situations de très grande détresse. Il ne faut pas avoir les yeux fermés sur ces réalités. Quand je discute avec une mère qui vit avec ses quatre enfants dans 24 m², et qui a le souci de leur éducation et de leur avenir, je ne peux que me fortifier dans l’idée que lutter contre le mal-logement et améliorer l’offre de formation est une priorité.
I Weill : Le souvenir qui m’a le plus marquée est l’accueil reçu par Pierre-Mathieu lors d’une réunion publique. La salle vibrait des youyous des femmes présentes, qui dégageaient une énergie superbe ! Nous nous sommes sentis portés comme jamais, ça valait plus que toutes les paroles.

e-bb : Il se livre une véritable bataille de chiffres autour des finances de la ville, et particulièrement de l’endettement des Boulonnais. Comment s’y retrouver, et pourquoi vous croire ?

Quel est le réel endettement des Boulonnais ? - document du candidat

Quel est le réel endettement des Boulonnais ? – document du candidat

PM Duhamel : Beaucoup de nos concitoyens ont une claire conscience du niveau d’endettement qu’ils portent. Le schéma est simple : tout Boulonnais est contribuable de la ville et de GPSO – la communauté d’agglomération. Il est aussi actionnaire de la SAEM, que la Ville contrôle. Ils portent donc trois risques financiers.
Dans une entreprise, il serait obligatoire de consolider ces trois entités, ville, communauté d’agglomération et SAEM. Lorsqu’on le fait, on constate une augmentation de 45 % de la dette durant ce mandat. L’équipe actuelle ne communique que sur la dette communale, en disant « Regardez comme elle est belle ! » Mais c’est une représentation tronquée de la réalité.

e-bb : Parlons de l’île Seguin. Le projet que vous défendez présente des similitudes avec le programme que vous avez porté dans la majorité de Jean-Pierre Fourcade de 2004 à 2008. Mais il présente aussi une grosse différence, puisque vous prévoyez d’implanter des logements sur l’île. Pourquoi ?
PM Duhamel : Il y a des différences, parce que depuis 2008 les choses ont beaucoup changé. La crise économique a eu des conséquences énormes sur le marché des bureaux, qui ne trouvent plus preneurs. Le contexte législatif aussi a changé, puisque la loi de juin 2010 sur le Grand Paris impose l’implantation de logements sur les terrains à bâtir, dans un rayon de 800 m autour des gares du Grand Paris Express. L’île Seguin est concernée en raison de la future gare du Pont de Sèvres.
Un projet d’aménagement réaliste doit prendre en compte ces données. J’observe que le non-respect de la loi de juin 2010 est un des motifs d’annulation par le tribunal administratif du PLU de juillet 2011 voté par l’équipe actuelle.

e-bb : Un autre élément frappe à la lecture de votre projet : vous ne retenez rien du programme conduit par l’équipe actuelle. 2008-2014 aurait-il été pour vous une parenthèse dans l’aménagement de l’île ?

La cité musicale, seul projet rescapé

La cité musicale, seul projet rescapé

PM Duhamel : A la vérité, si je m’étais endormi six ans devant l’île Seguin, en me réveillant aujourd’hui je pourrais croire que j’ai fait une sieste d’une demi-heure. Rien n’a changé !
En pratique, il n’y a qu’un seul projet viable, c’est celui de la cité musicale. Il est viable parce qu’il est entièrement financé par le PPP conclu entre Bouygues et le Conseil général, parce qu’il constitue un apport culturel majeur pour nos concitoyens et les communes voisines et enfin parce qu’il est conforme au PLU de 2004, le seul définitif à ce jour.
C’est pourquoi nous conservons ce projet dans notre programme.

e-bb : Selon vos adversaires, le PLU que vous citez ne permet de construire plus de 22 000 m² de logements sur l’île, soit pour eux 200 logements…
PM Duhamel : Ils n’ont pas lu le PLU. Il n’y a aucune limite de m² en logement dans le PLU de 2004. J’ajoute que, en tout état de cause, il faudrait qu’ils se rendent compte que la loi est supérieure au PLU. Ça leur aurait évité de se faire annuler le leur.

e-bb : Vos adversaires contestent également votre projet sur un plan budgétaire, et font circuler un document visant à démontrer que votre projet pour l’île serait déficitaire. Pouvez-vous nous démontrer la viabilité financière de votre projet ?
PM Duhamel : Je rappelle que la dette de la SAEM s’élève aujourd’hui à 150 millions d’euros, alors qu’elle était nulle il y a six ans.
Pour la réussite d’un projet, il faut commencer par respecter le droit du sol. Deuxièmement, il faut un projet qui fonctionne sur le plan économique. Aujourd’hui, une charge foncière logement est bien supérieure à une charge foncière bureau. Pas un investisseur aujourd’hui n’accepterait d’acheter de la charge foncière sur l’île Seguin avec un PLU annulé avec pour objectif de bâtir une tour de bureaux en ajoutant plus de 100 000 m2 aux centaines de milliers de m² vides à l’heure actuelle. Le projet que nous proposons permet de réaliser l’équilibre financier à un niveau de densité plus faible en réduisant fortement les coûts et avec des recettes issues de la vente de charges foncières de la vente de logements.
I Weill : Je voudrais rappeler que les honoraires somptuaires de l’architecte coordonnateur nommé par l’équipe actuelle n’ont pas contribué au désendettement de la SAEM.

e-bb : La loi Lebranchu sur Paris Métropole prévoit le passage en 2016 de notre communauté d’agglomération à neuf communes, GPSO, à la Métropole du Grand Paris. Comment voyez-vous l’avenir de Boulogne dans cet ensemble ?

La Métropole du Grand Paris atteindrait 10 millions d'habitants - CR geographica.net

La Métropole du Grand Paris atteindrait 10 millions d’habitants – CR geographica.net

PM Duhamel : L’idée d’organiser les fonctions majeures pour l’équilibre de l’agglomération parisienne à une échelle plus vaste n’est pas absurde. C’est ce que l’on constate dans nombre de métropoles à l’étranger.
Pour autant, le projet de Métropole du Grand Paris suscite de fortes interrogations :

  • est-ce une manœuvre purement politicienne visant à conserver des postes pour tel ou tel ?
  • que deviendront les compétences de proximité ? La métropole sera-t-elle en charge de la propreté de nos rues, de l’entretien de la voirie ou des espaces verts ? En ce cas, autant confier ces compétences à la Commission européenne, ce ne sera pas plus mal fait !
  • enfin, qu’en sera-t-il des mécanismes financiers ? Aujourd’hui, Boulogne-Billancourt contribue pour 43 % aux ressources de la communauté d’agglomération, mais ne bénéficie pas de 43 % des dépenses. Nous sommes déjà dans un système de péréquation. Il faudra veiller à ce que ce mécanisme déjà déséquilibré ne s’aggrave pas encore pour le contribuable boulonnais dans la future Métropole.

Pour l’instant, nous sommes dans un brouillard épais et il faudra se battre avec énergie au moment de la mise en place de ces mécanismes dans le courant des mois à venir. Un dernier point me semble fondamental : la création prochaine de la Métropole qui aura des compétences en matière d’urbanisme est une raison supplémentaire pour engager sans délai l’aménagement de l’île Seguin.

e-bb : Le maire actuel a demandé un sursis à l’application de la réforme des rythmes scolaires, sans garantie de l’obtenir. Si vous êtes élu le 30 mars, que ferez-vous ?

Infographie des nouveaux rythmes scolaires - CR Ministère de l’Éducation nationale

Infographie des nouveaux rythmes scolaires – CR Ministère de l’Éducation nationale

PM Duhamel : Toutes les autres grandes villes ont préparé la rentrée 2014, sauf la nôtre ! Or cette réforme a de nombreuses implications : le choix des activités en-dehors du temps scolaire, les questions d’organisation matérielle et logistique, le devenir des associations qui utilisaient les locaux scolaires le mercredi, la cantine et bien sûr l’organisation des familles au regard de leurs contraintes personnelles et professionnelles… Avec mes colistiers Sylvain Canet, Dominique de Goutel, Mélanie Ghez, Guy Baroli et Sophie Touttee-Henrote, nous mettrons en œuvre un plan d’urgence pour cette rentrée.
Il s’agira, dès les quinze premiers jours, de rencontrer les autorités académiques et les organisations compétentes (Syndicats enseignants et municipaux, associations de parents et forces vives éducatives, ludo-éducatives, culturelles, sportives, associatives,…) et d’apporter des conclusions constructives et rapides au travail commun réalisé.
Les questions du pilotage, des horaires adaptés à la vie moderne, de la pause méridienne, des activités du soir éducatives et ludo-éducatives, des intervenants et de leur formation, celles des coûts communaux, sont au cœur de ce défi.
Nous pourrons ainsi définir l’organisation d’une semaine type dans nos établissements publics et privés, fixer les horaires définitifs et répondre, dans l’intérêt des enfants, aux incertitudes des parents et des équipes enseignantes.
Compte-tenu du retard pris par l’équipe actuelle, ces réponses ne pourront être que provisoires et une organisation devra être prévue pour la rentrée 2015 mais nous ferons au mieux.

e-bb : Vous avez reçu beaucoup de courriers émanant d’associations et d’organismes divers. Comment traitez-vous ces sollicitations, et à quel point vous sentez-vous engagé par vos réponses ?

La Campagne logement BB

La Campagne logement BB

PM Duhamel : J’ai en effet reçu beaucoup de courriers, émanant par exemple de la Campagne logement, de Transparency International, des contribuables de GPSO… J’ai répondu à chacun sur la base des propositions de mon programme. À ce titre, mes réponses m’engagent autant que mon programme même.

e-bb : Parlez-nous du street art…
PM Duhamel : C’est un point de notre programme culturel. La ville compte des établissements à forte identité culturelle, tels que le musée des années 30, le TOP ou le conservatoire. Avec mon équipe, nous avons cherché un moyen de répandre davantage la culture dans l’espace public, d’où l’idée d’organiser des kiosques à musique, des expositions en plein air ; etc. Le street art s’inscrit dans cette veine : nous voulons créer un événement artistique annuel sur un terrain où on n’attendait pas Boulogne-Billancourt. Le collectionneur Alain-Dominique Gallizia, les galeries d’art boulonnaises comme la SHAG, l’Atelier et bien d’autres pourraient se joindre au projet.
I.Weill : Quand une ville réussit à installer l’art au cœur de ses rues et non plus aux seules galeries et musées, c’est qu’elle est en phase avec la culture moderne, avec le battement créatif du monde, et avec l’art sous ses formes les plus novatrices.

e-bb : Isabelle Weill disait que pour être maire, il faut être visionnaire. Comment voyez-vous la ville dans 10 ans ?
I Weill : Je la vois intelligente, adaptée au monde numérique, tournée efficacement vers les boulonnais dans ses missions de service public. Je pense bien sûr à l’économie et à notre tissus d’entreprises, mais également aux services que nous pourrons fournir à la population, faisant entrer Boulogne-Billancourt dans le club des smart city du XXIème siècle.
PM Duhamel : Dans dix ans, j’espère que nous aurons créé un pôle d’excellence éducatif et économique, notamment dans le domaine de la santé. Ce succès profitera à toute la communauté des citoyens, génération après génération.

Anne-Sophie et Guy