Dans le cadre de la campagne des municipales, l’e-bb donne la parole aux acteurs quotidiens de la ville. Aujourd’hui, rencontre avec René Ravier et Catherine Michot, de la Campagne logement 92 à Boulogne Billancourt.
La Campagne Logement 92 à Boulogne-Billancourt est une émanation de la Campagne Logement 92 (CL92). Créée en 2011, elle regroupe au niveau départemental 19 associations et mouvements engagés sur les questions du logement et du mal-logement. A Boulogne-Billancourt, elle regroupe une dizaine d’associations , ainsi que des particuliers*. Ce collectif vient d’adresser une lettre aux candidats à l’élection municipale, dont il publiera les réponses au fur et à mesure. 

e-bb : Quelle a été la genèse de la Campagne logement ?
René Ravier
 : L’origine de cette campagne est départementale, impulsée par l’évêque des Hauts de Seine Mgr Daucourt. Il faut savoir que l’Ile de France est l’une des régions où les difficultés de logement sont les plus grandes. Dans cette région, le 92 est un département particulièrement touché. Dans le 92, Boulogne-Billancourt est une ville très « tendue ».

La campagne choc de la fondation abbé Pierre contre le mal-logement. La fondation abbé Pierre est partenaire de la Campagne logement 92.

La campagne choc de la fondation abbé Pierre contre le mal-logement. La fondation abbé Pierre est partenaire de la Campagne logement 92.

L’idée était de donner de la visibilité à un problème qui ne fait pas de bruit, en associant tous ceux qui souhaitaient s’impliquer dans cette cause, particuliers comme associations. La CL92 compte également des partenaires, comme la Fondation Abbé Pierre, ou Habitat et Humanisme.
À Boulogne Billancourt, la Campagne procède de l’action conjointe de Patrick Hardouin, ancien doyen des paroisses, et de Damien Dupont, du Secours catholique. Ils ont organisé une réunion en juin 2011 avec toutes les personnes et associations intéressées, qui a débouché sur notre Campagne locale.

e-bb : Quelles sont les activités de la Campagne logement 92 à Boulogne-Billancourt ?
René Ravier :
Le fait de travailler ensemble confère de la cohésion à notre activité. Nous nous sommes aperçus que des dossiers étaient suivis par plusieurs associations.
Nous tenons des permanences sur rendez-vous** pour remplir les dossiers DALO et DAHO une fois par semaine. C’est un travail très technique, qui nécessite souvent plusieurs rendez-vous, et requiert donc de la constance de la part des bénévoles. En 2013, 184 dossiers ont été traités par la Permanence DALO locale, et je peux dire que nous avons atteint notre rythme de croisière au dernier trimestre 2013. Il faut souligner que cette permanence est inter-associative, c’est unique dans le département.

e-bb : C’est donc aux associations de faire ce travail ?
Catherine Michot :
En théorie, ce serait aux assistantes sociales de le faire, mais le DALO est mal vu par les collectivités car par nature – droit au logement opposable – il prime sur les critères d’attribution locaux. Au demeurant, il n’est pas étonnant que la plupart des dossiers DALO bénéficient, après 4 ans de traitement, d’un relogement local. Les élus ont la fibre locale et préfèrent donner la priorité à leurs concitoyens (lors du dernier conseil municipal, Claude Gallant a annoncé que 172 relogements avaient eu lieu à Boulogne, entre 2008 et 2013, ndlr).
René Ravier : Nous sommes toujours stupéfaits qu’il faille encore aujourd’hui se battre pour que ce droit au logement soit une réalité ! Il n’y avait ainsi pas d’évidence que les gens à bas revenus devaient être répartis sur le territoire. Cela a fait l’objet de la loi SRU. Et aujourd’hui, nous avons la loi DALO.

Catherine Michot et René Ravier, de la Campagne logement BB

Catherine Michot et René Ravier, de la Campagne logement BB

e-bb : Quelles sont les autres actions de la Campagne logement ?
René Ravier :
La CL92 a mis sur pied l’Observatoire citoyen du mal-logement, qui tient à jour la situation du mal logement dans les Hauts de Seine. Il propose une base de données et une méthode pour suivre l’évolution des choses. Il a aussi recueilli des témoignages de personnes mal logées. Ainsi à Boulogne-Billancourt, nous avons une équipe qui travaille sur ces données, les analyse et travaille en réseau avec les autres communes. L’enjeu est d’être précis dans la mesure des faits sociaux mais aussi afin de dépasser la froideur des chiffres : 2 500 familles sont en situation de mal logement à Boulogne-Billancourt, et seulement 10 % des ménages les plus modestes habitent dans le parc social boulonnais.

Résidence HLM Jules Guesde - CR ACarbonnet

Résidence HLM Jules Guesde – CR ACarbonnet

Par ailleurs, en 2012 et en 2013, la CL92 a organisé deux réunions départementales avec de nombreux élus. Quand ils sont interrogés sur le fond, les élus montrent qu’ils ne sont pas ignorants de la réalité, et qu’ils ont une envie de faire. De là par exemple a émergé l’idée d’une maîtrise du foncier, mais il est difficile d’avancer tant la situation est compliquée.
Catherine Michot : Les élus ont du mal à faire l’arbitrage entre des situations immédiates et le long terme. De plus, on a affaire à une réglementation très complexe, avec des décideurs à plusieurs niveaux – local et départemental, notamment – plus ou moins impliqués par les textes.
René Ravier : Il n’empêche que dans cette multiplicité d’acteurs, les maires ont un pouvoir de première importance en matière de construction de logements sociaux. À Boulogne-Billancourt, nous avons rencontré l’adjoint délégué au Logement, Claude Gallant. L’un des points de convergence a été le recensement des logements vacants (restés inoccupés plus de deux ans), avec pour objectif leur remise sur le marché locatif afin de participer à la diminution du mal logement. Il y en aurait environ un millier dans la ville, sans que l’on sache bien pourquoi. Pour aller au plus près de cette réalité, nous souhaitions mobiliser les paroisses, mais ce n’est pas si simple. À ce jour, une paroisse de la ville a vraiment commencé à se mobiliser. Nous manquons encore de maturité politique.

Des logements requalifiés en HLM rue Gambetta.

Des logements requalifiés en HLM rue Gambetta.

Quoi qu’il en soit, monsieur Gallant s’est montré réceptif, il avait estimé que la Ville pourrait intervenir dans la remise en location des logements vacants en les proposant, via une allocation municipale, à de jeunes professionnels, ou bien à des familles en difficulté – suite à un divorce, un décès, ou une mise au chômage – avant que l’équilibre de cette famille ne s’effondre. La gestion de ce processus aurait probablement conduit à créer une agence immobilière à vocation sociale, comme il en existe dans d’autres villes.
Nous avions également prévu avec Monsieur Gallant de faire paraître un article dans le BBI, pour sensibiliser les propriétaires de logements vacants et pour présenter les objectifs de notre collectif pour lutter contre le mal logement. Mais il a finalement été remplacé par un encart, et ce n’est pas allé plus loin. Nous n’avons jamais pu rencontrer le maire.
En revanche, nous avons produit notre propre plaquette, à l’intention des propriétaires. Cette plaquette décline des offres incitatives à remettre ces logements en location.

e-bb : Vous avez adressé une lettre à tous les candidats aux municipales. Pourriez-vous revenir sur vos attentes quant à la transparence des attributions, la mobilité dans le parc social, et l’établissement d’une plate-forme unique ?
René Ravier :
Depuis quelques années, les associations sont présentes à tour de rôle aux commissions d’attribution de logement social. Elles y ont un avis consultatif, et les dossiers sont remis sur table. Nous voudrions comprendre comment se fait la présélection des dossiers, avec des critères explicités et vérifiables, comme cela se pratique par exemple à Rennes. Nous souhaiterions d’ailleurs être associés à l’élaboration de ces critères.

La Campagne logement BB

La Campagne logement BB

Catherine Michot : Concernant la mobilité au sein du parc social, nous savons que ce n’est pas évident. En effet, mécaniquement, les loyers augmentent, si bien que des personnes âgées qui chercheraient à échanger leur 4 pièces contre un 2 pièces risquent de payer un loyer plus élevé.
Boulogne-Billancourt pourrait suivre l’exemple de la Ville de Paris, qui a établi une charte des mutations, en accord avec les bailleurs sociaux, qui l’ont signée. Elle prévoit un pourcentage d’attribution réservé aux demandes de mutation.
René Ravier : Une caractéristique propre à Boulogne complique encore la donne. Pas moins de 27 bailleurs sociaux sont actifs sur la ville ; ce foisonnement n’est pas favorable à une simplification de la gestion du parc.
Catherine Michot : Pour la plateforme unique, ce ne serait pas forcément un lieu où l’on fait tout, mais plutôt une forme d’interface qui adresserait directement les personnes au bon interlocuteur. Ce pourrait de surcroît être un lieu de formation professionnelle.
René Ravier : Nous souhaiterions enfin une mise en commun des informations et actions, deux à trois fois par an. C’est l’idée de l’instauration d’un tableau de bord, partagé par tous les acteurs du secteur.
Nous ne sommes pas des acteurs gestionnaires, mais nous avons une connaissance de la réalité sociale et pouvons apporter à la réflexion un regard externe et complémentaire.

*Les acteurs de la Campagne Logement à Boulogne-Billancourt : Le Secours Catholique, Le Secours populaire Français, le CCFD, La Croix Rouge Française, l’Ordre de Malte, Solidarités Nouvelles pour le Logement, Un logement pour tous, L’Entraide Familiale, la Conférence Saint-Vincent de Paul, L’association Grain de Sel et le doyenné de Boulogne-Billancourt

**Pour prendre rendez-vous auprès de la permanence DALO : 06 38 29 84 17

EDIT 26-02 : la paroisse boulonnaise de l’Église Protestante Unie de France a rejoint les signataires de la lettre ouverte aux candidats.