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Peinture des lointains, au musée Chirac jusqu’au 6 janvier 2019

Depuis le 30 janvier 2018 et jusqu’au 6 janvier 2019, le Musée Jacques Chirac du quai Branly attire de très nombreux visiteurs pour son exposition «  Peintures des lointains » comportant notamment l’œuvre d’artistes inspirés par l’outre-mer français.

À Boulogne, notre Musée des Années 30 complète bien cette exposition parisienne avec un fonds ouvert, lui, de façon permanente.

Sur son site Internet, l’association « Les amis du Musée des Années 30 » préfère dire « l’Orientalisme ». Mais, au troisième étage du musée boulonnais, la signalétique assume avec un « L’art colonial ». La première toile offerte aux yeux, après le passage de la porte vitrée, est Cour d’amour au Laos par Jean Bouchaud (1891-1977), un legs de Marie-Geneviève Bouchaud, sa fille, qui donna lieu à une émouvante cérémonie municipale en présence des enfants et petits-enfants du peintre, le 28 janvier 2017.

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Cour d’amour au Laos – Jean Bouchaud    DR

 

L’Art Colonial, un art des lointains pour les années 30 

En face de cette œuvre, du même artiste, une huile sur toile : Autour d’un puits au Dahomey, « vers 1933 ».
Explication de la signalétique : « Jean Bouchaud incarne le parcours orientaliste de tout artiste « colonial » : scènes anecdotiques, décors de paquebots, affiches et brochures pour les voyages en outre-mer. » De fait, Bouchaud, membre de l’Académie des Beaux-Arts, auteur de décorations murales à bord du Normandie, est sans doute celui qui a le mieux magnifié les traversées en direction des « terres lointaines ».

 

Paquebots _ Jean Bouchaud
DR

Un habitué du « MA 30 » peut observer de petits changements dans les panneaux explicatifs, changements révélateurs de l’évolution des mentalités quant à la colonisation. Noté aujourd’hui : « De formation généralement classique, ces artistes n’ont pas rénové le langage des formes, mais le regard curieux et sympathisant qu’ils portaient sur ces contrées exubérantes a donné lieu à un art spécifique, limité dans le temps et l’espace. Cet art dit ‘’colonial’’, parce qu’il témoigne d’une talentueuse figuration, parce qu’il est une image de notre Histoire, mérite d’être apprécié comme une création importante des années 30. »

Les expositions régulières du MA30 mettent en valeur l’évolution de sa collection permanente

Les collections permanentes évoluent légèrement au fil des années. On remarque aujourd’hui la présence sans complexe d’un relatif érotisme ultramarin avec des toiles frôlant le début de la décolonisation : Ouled Naïl, femme de Biskra, vers 1945, d’Émile Gaudissard (rappelons que la tribu des Ouled Naïl était réputée peu farouche avec les Européens) ; Odalisque, huile sur toile de Louis Berthomme-Saint-André  ; Baigneuses ou scène de hammam, vers 1945, d’Augustin Ferrando qui est passé des seins sans voile aux nudités intégrales.
Si l’Exposition coloniale internationale de 1931 à Paris, qui marqua l’âge d’or de cet art, est largement évoquée, on perçoit une légère préférence pour le rappel, moins connoté, des grandes expéditions Citroën : la « Croisière noire » puis la « Croisière jaune ». Elles furent magnifiquement illustrées par le peintre d’origine russe Alexandre Iacovleff (1887-1938).

 

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Catalogue exposition Alexandre Iacovleff – MA30 2004  DR

 

Quand on ne se contente pas de regarder des reproductions de son œuvre dans les ouvrages consultables à la très spécialisée bibliothèque du musée, on achète, ou l’on commande, à la boutique le somptueux catalogue (éditions d’art Somogy) de son exposition Itinérances organisée en 2004 par le MA 30.
En matière d’événement éphémère, les cimaises du musée accueillirent en 2013 le travail des artistes qui peignirent l’Indochine de 1920 à 1950, notamment Victor Tardieu (1870-1937), directeur artistique du Pavillon d’Angkor à l’Exposition coloniale.

 

Invitation Exposition Voyages d’artistes MA30 2013/2014

Une collaboration exemplaire entre l’école des Beaux-Arts d’Hanoï et le MA30 de Boulogne-Billancourt

Fondateur, en 1924 à Hanoï, de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine, sur le modèle des Beaux-Arts de Paris, Victor Tardieu avait peint une grande fresque, La Métropole, représentant une femme entourée de coloniaux casqués de blanc et d’indigènes dans des postures variées. Installée dans un amphithéâtre universitaire, elle resta en place jusqu’en 1957, année où elle disparut pour des raisons sur lesquelles les autorités vietnamiennes ne s’étendirent pas. Des artistes vietnamiens s’étant souvenus d’elle pour le quatre-vingtième anniversaire de l’École, la décision fut prise de confier à l’un d’entre eux, Hoang Hung, une reproduction à l’identique, en s’aidant de simples photos, à l’exact endroit où se trouvait l’original.

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Copie de la fresque de Victor Tardieu faite en 2006 par le peintre Hoang Hung DR ParisSaigonblog.lemonde.fr

Il ne fut pas possible d’envoyer cette monumentale fresque-bis à Boulogne pour l’exposition de 2013. Mais, à l’époque, j’avais apprécié que celle-ci en comportât une grande reproduction photographique venue d’Hanoï.

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Jean de La Guérivière

Jean de La Guérivière

Il a choisi Boulogne pour sa retraite, en 2000, après une carrière de journaliste au service International du quotidien Le Monde. Ses séjours à la rédaction parisienne avaient alterné, en famille, avec des postes de correspondant à New-Delhi, Alger et Bruxelles. Il a publié deux romans et neuf essais, principalement aux éditions du Seuil.