D’après la fédération du e-commerce et de la vente à distance, la France comptait en 2011 28 millions de cyber-acheteurs. Un chiffre en constante progression, auquel correspond l’augmentation spectaculaire des sites marchands.

Dans ce mouvement, les Boulonnaises ne sont pas en reste. On connaissait déjà Marie-Odile Boissenot, la cyber-caviste de Choisir un vin, voici Dorothée, Gabriella et Muriel, respectivement à l’origine de My little day et de Clématille, des boutiques en ligne dédiées à l’univers enfantin.

My Little Day

À l’origine de My Little Day, deux amies étudiantes en histoire de l’art qui animaient des goûters d’anniversaire régulièrement. Quelques années plus tard, les mêmes, toujours passionnées d’art, toujours amies, mères et femmes actives, font face à la difficulté de la plupart des parents : comment, quand on manque de temps, ne pas manquer ce rendez-vous si cher aux enfants, l’anniversaire ?

Une couleur : rouge - Un thème : à pois, et voilà !

A quoi ça tient : Dorothée réussit un fabuleux gâteau pour son fils, Gabriella rebondit, et les voilà lancées. « Ça s’est fait très vite, en quelques jours nous tenions le concept, nous avons déposé nos statuts 3 mois plus tard et ouvert le site dans la foulée, » explique Dorothée. En cette année 2010, le milieu français de l’anniversaire ressemblait à une morne plaine : « On ne trouvait rien de pratique, pire, on trouvait des supports faussement pratiques ! Aucun parent n’a le temps de compulser les centaines de pages d’un manuel de jeux alors qu’il s’y prend au dernier moment. »

Leur idée initiale était donc très simple : proposer des idées de jeu sans matériel, applicable aux surfaces restreintes des appartements. « Les parents et les enfants subissent une pression très forte autour de l’anniversaire, nous voulions faciliter la vie de ceux qui ne savent pas faire. Un anniversaire, c’est une ambiance, nous voulions montrer qu’on peut réussir les choses simplement au moyen des bonnes assiettes en carton. » Un peu plus tout de même, mais on saisit bien l’idée lorsque Dorothée évoque les boules de feutrine « qui ne servent à rien, si ce n’est à donner du volume à la table. » Et de fait, ce sont ces boules en vitrine qui m’ont arrêtée alors que j’arpentais à toute allure la rue Fessart, où My Little Day vient d’installer son showroom. De là naît l’idée des kits d’anniversaires, grands et petits, qu’elles assemblent elles-mêmes et que l’on peut compléter à sa guise : chacun repose sur l’alliance d’une couleur et d’un thème (« princesse, » « super-héros »), ce qui suffit à déclencher l’imaginaire des enfants. « Le figuratif à la Spiderman, c’est du flan » tranche Dorothée.

La piñata revisitée devient facile à ranger

Il n’empêche que le travail de création, en amont de chaque boîte, est spectaculaire : « Nous créons des planches de tendances, avec pour point de départ une inspiration dans l’art contemporain, puis des idées associées » à l’instar de cette tendance carnaval, proposée au téléchargement. Des tendances soumises ensuite aux souverains juges : leurs propres enfants.

Ceux-ci sont de l’aventure depuis le début. C’est Jules, le fils de Gabriella, qui pose pour le visuel, costume chic, chapeau pointu et doigt dans le nez. « L’élégance et l’irrévérence, c’est ça l’enfance » commente Dorothée. Les autres et leurs copains jouent volontiers les modèles, le mercredi après-midi, endossent des costumes, de plus en plus variés, avec lesquels ils repartent après la pose. Ils donnent leur avis sur tout, testent les boîtes, les jeux, et donnent de nouvelles idées. En deux ans, le catalogue est passé de 4 kits à 26, le fruit de cette collaboration très éclairée.

Il y a aussi de l’enfance des fondatrices dans My Little Day, comme ces piñatas revisitées pour l’appartement, souvenir des années brésiliennes de Gabriella.

Quant à leur développement sur internet, elles expliquent fonctionner au feeling. Le blog est né le premier, plus facile à mettre en ligne, et indispensable support de communication pour ouvrir sur leur univers. Le site, confié à un développeur, a pris davantage de temps, et requis un apprentissage sur le tas. Dans l’air du temps, Dorothée et Gabrielle sont aussi sur Facebook et Twitter, où toute une communauté s’anime autour de leurs créations : « C’est génial, mais chronophage. Souvent, nous n’avons même pas le temps de répondre, un visiteur s’en est chargé ! » Une viralité qui donne le vertige, mais ne rend pas forcément les choses plus faciles : « C’est la jungle pour être trouvé. »

My Little Day semble pourtant bien avoir trouvé sa voie. Il n’est plus rare que des kits soient « détournés » pour des festivités entre adultes, ce qui ouvre de nouvelles perspectives aux créatrices. Celles-ci viennent également de trouver un relais dans une boutique parisienne, le Family Market. Enfin, depuis quelques mois, le site est consultable en anglais, ce qui attire des commandes de l’étranger tous les jours, y compris de Grande Bretagne. « Au pays des Middleton ? » s’étonne-t-on. Oui, au pays des Middleton, la fraîche touche des anniversaires à la française gagne du terrain…

L'élégance et l'irrévérence, la marque de fabrique de My Little Day

Clématille

Même état d’esprit chez Muriel, la fondatrice en 2010 de Clématille, une boutique en ligne qui propose des articles brodés. Maman de 4 enfants, Muriel s’est mise à la couture pour eux il y a huit ans. « De fil en aiguille, c’est devenu une véritable passion, que j’ai eu envie de faire partager à d’autres » explique-t-elle.

Le porte-feutres, joli, pratique et... non bruyant !

C’est bien un univers familial que reflètent le nom même – inspiré des prénoms des trois aînés – et les créations de Clématille, empreintes de douceur avec leurs imprimés légers, leurs motifs floraux ou étoilés, leurs tons pastels soigneusement assortis qui incitent au calme et au soin. Mais derrière, comme toujours, il y a l’œil expert de la mère de famille ! les accessoires doivent être solides, pratiques, et adaptés à l’âge des destinataires. Sacs, trousses à crayons, bavoirs, guirlandes, housses de couette… se déclinent dans des matières naturelles de haute qualité (du lin, du coton, beaucoup de liberty…).

Auto-entrepreneuse, Muriel n’a pas accès aux grossistes. Elle a trouvé ses fournisseurs progressivement, parfois sur Internet, souvent en demandant à ses commerçants l’adresse de leurs propres fournisseurs.

La gamme se développe au gré des « commandes » de ses propres enfants, et voici les barrettes, porte-clés ou trousses de toilette. Au gré des expériences de la vie aussi : « J’ai eu l’idée de la pochette pour les feutres à la suite de plusieurs moments embarrassants où, cherchant à occuper les enfants, je les faisais dessiner. Mais on peut en faire, du bruit, en cherchant des feutres dans une trousse ! » raconte Muriel en riant. Un problème qu’elle résout, pour elle et pour les autres, avec cette pochette compartimentée et enroulable plébiscitée par les parents. Plus dernièrement, c’est à l’occasion d’un anniversaire (tiens !) qu’elle a l’idée d’emballer les cadeaux dans des pochons brodés plutôt que dans du papier.

Un pêle-mêle pour ranger photos et correspondances

Si les modèles sont communs, pour chaque enfant, le produit sera différent. L’air du temps, là encore, souffle ce désir d’originalité et d’authenticité, le plaisir de faire porter aux enfants quelque chose qui leur soit propre et non pas issu d’une série. Mais c’est une autre affaire que de le réaliser soi-même. Chaque article est ainsi le fruit d’une réflexion entre la créatrice et le client qui peut le personnaliser en choisissant le format, les matières, les teintes, les motifs appliqués ou les petits mots brodés. La fameuse pochette, créée avec du tissu à carreaux, sera bientôt déclinée, pour une fois, sur un imprimé animalier.

Pour l’instant, Clématille bénéficie du bouche à oreille, de ventes privées en fêtes d’école où l’échange s’instaure naturellement. Mais très vite, après le blog qui présente les articles dans leur contexte et permet aux clients de poser leurs questions et d’échanger leurs impressions, le site est devenu nécessaire. Conçu comme la vitrine du savoir-faire de Clématille, en donnant un aperçu de ce qu’il est possible de faire, il est bientôt devenu un espace de vente à part entière.

Un espace de vente qui démontre que le client n’est pas toujours là où on l’attend… « Je ne me suis pas préoccupée du référencement, mais il se trouve, je ne sais comment, que certains mots clés renvoient directement sur le site de Clématille » explique Muriel.

C’est ainsi qu’entre deux coussins au nom d’un enfant, Muriel a fabriqué, sur mesure, un coussin ministériel, destiné à recevoir les ciseaux d’une inauguration officielle. Autre surprise, la commande urgente de serviettes brodées pour la dernière pièce de Jacques Weber, ou encore le kimono d’un judoka engagé dans une haute compétition.

« De fil en aiguille » nous disait-elle…

Belles matières et doux imprimés signent les accessoires Clématille