Couronné de fleurs, « Desideratio », ce dernier blason du corps féminin offre un repli du désir qui concentre toute son intensité dans sa forme même, sanglot du violon, hymne sensuel. Les fleurs baroques soulignent le temps qui passe, à l’image du poème de Ronsard. Chrysanthèmes ou pivoines, elles sont d’essence fragiles. On les retrouve parfois dans d’autres compositions de la série « After Tchistovsky » où à leur splendeur se mêle un parfum de décomposition ou d’étrange venin.

Une nudité sans artifice, vraie pesanteur de chair

Natacha Nikouline ne craint pas de montrer la nudité du corps, avec juste cette lumière caressante qui restitue le trouble de la vision dans une forme immanente. Ces coupes de trois-quart immergent le spectateur au plus près du sujet. Le visage ni la chevelure de la femme tous deux absents ne viennent distraire l’attention du seul objet du désir, le corps même. Ce nu qui s’inflige une flagellation immobile de bois mort ou de végétal accède à la sainteté à son corps défendant comme les mystérieuses saintes de Zurbaran à travers l’objet allégorique de leur martyre.

Ensevelie les branches
CR Natacha Nikouline

 

Ensevelie – Les ronces
DR Natache Nikouline

L’artiste retrouve la puissance de la peinture à travers l’œil de la photographie comme une évidence. Ces femmes dont on ne saisit que le corps sans visage, odalisques ou figures féminines du Saint Sébastien se refusent à la séduction mais elles imposent cette pesanteur de chair, presque aussi émouvante que le corps de la Bethsabée de Rembrandt légèrement gravide, auréolé de tendresse. La radicalité de la vision de Natacha Nikouline qui refuse de prêter un visage à ces corps donne toute l’intensité de la passion abandonnée à ces nus féminins dans un alliage de puissance et de grâce. Le corps est alors le seul dépositaire de l’être, offrant la légèreté d’un souffle trouant ce noir mat ou vide absolu qui hante les compositions de l’artiste.

« Blanc, plié » ou le triptyque de la jouissance féminine

Le triptyque de la série « Blanc, plié » revisite le thème du nu et du drap, évocation sans fard d’une jouissance subtile. Le drap est au cœur d’une thématique chez Natacha Nikouline qui restitue la toile d’enfermement de la vie de la naissance à la mort.

In situ – Draps dans l’eau glacée
DR Natacha Nikouline

Dans la série « in situ », de superbes draps plongés dans des eaux glacées revisitent ce thème du désir ou baiser primordial.

Blanc plié
DR Natacha Nikouline

La première image du triptyque montre une odalisque ingresque offrant son dos à la vue, les hanches ceintes d’une draperie s’étageant comme une traîne avec des plis gothiques marqués. L’image est celle du refus de la Vestale, le drap épousant le tranchant de la lame.

Blanc plié
DR Natacha Nikouline

Le second nu est plus charnel, la femme est sur le point d’enfanter, il se dégage une splendeur de la chair, du nu vénitien. Si l’on remet la photographie à l’horizontale, on retrouvera la pose de la Vénus d’Urbino avec cette étrangeté propre à Natacha Nikouline qui couvre le visage du modèle d’un drap posé comme une corolle en écho à la tendresse du ventre dévoilé.

Blanc plié
DR Natacha Nikouline

La dernière composition est tout aussi étonnante reprenant l’éclosion du drap et le ramassant dans une forme de cœur, allégorie de la jouissance féminine. Le nu est au sol dans une pose d’abandon, où la femme se fait fleur, le nu s’épanouissant sous forme de caresse. La chair est là fragile et rayonnante sous les plis du drap protecteur de l’intime. La forme est baudelairienne, subtile transfiguration de la douleur.
On retrouve là un concentré de tension dramatique entre une sorte de délicatesse, de fragilité du corps sensible et une forme de puissance glaçante du drap qui semble enchâsser le désir dans ses superbes plis. « Desideratio », c’est alors la persistance du désir, infinie reconstruction de l’être aspirant à la plénitude.

« Memento mori », la mort du Père et l’avènement de la photographie

 

Retour à la scène inaugurale, « Memento mori », la première série de Natacha Nikouline exposée à la Voz Galerie en 2017 .

La mort du père
DR Natacha Nikouline

La signature du drap circonscrit le champ du regard à la table d’exposition pour mettre en exergue flacons irisés et fruits en décomposition, abolis bibelots d’un temps suspendu.

La table dressée
DR Niepce

L’inconscient de l’artiste à travers son histoire personnelle retrouve l’inconscient collectif de cette première photographie de Niepce, « la table servie » qui voulait pour cadre la table couverte d’une toile donnant à voir les premiers objets de la photographie, un couvert simplement dressé à l’opposé des sublimes natures mortes du XVII ème siècle en peinture.
L’acte premier de la photographie, c’est alors symboliquement la mort du Père, la fin de la tradition de la peinture comme mode de représentation du réel avec ses artifices, l’avènement entre douleur et délivrance d’une autre forme de correspondance, lien subtil entre l’objet, le vivant et la pensée, « le festin nu » ou l’apologie de l’être et du néant.

L’exposition « Desideratio » se tient à la VOZ Galerie jusqu’au 28 Mars. Visites sur rendez-vous.

Le travail de Natacha Nikouline notamment les séries « In situ », « After Tchistovsky », « Le mal de blancheur », « Memento vitae » sera présenté dans le cadre de – Carte blanche aux galeries boulonnaises – du 28 février au 8 mars de 8h à 21h à l’espace Landowski, 28 avenue André Morizet, à côté de la mairie de Boulogne.

Vernissage vendredi 28 février à 18 heures 30

VOZ Galerie
41 rue de l’Est
92100 Boulogne-Billancourt
Tel : 01 41 31 40 65