Tout sourit à Olivier Meyer, ce qui le rend souriant. Il a le regard plutôt porté sur l’autre que sur lui-même, son discours à la fois ample et intimiste sur la vie donne ce petit supplément d’âme à l’échange verbal. L’empathie naturelle et l’amour enthousiaste qu’il porte aux artistes, sa volonté de les accompagner et de les protéger en font un directeur de théâtre à part, engagé et reconnu. Impossible d’imaginer cet homme-là ailleurs que dans un théâtre. L’envisage-t-il lui-même ? « Non. »

Olivier Meyer, directeur du Théâtre de l'Ouest Parisien, ©Jean-Baptiste MillotQobuz.com

Derrière l’homme de théâtre, entré très tôt dans un cercle vertueux de bonheur – « je suis l’enfant d’un amour fidèle et sincère qui duré 55 ans », dit-il -, se cache un homme drôle, profondément sensible et simple. On peut même le voir – comme je l’ai vu quelques minutes avant une représentation – ramasser un papier qui traîne devant la porte de son théâtre. Et sourire. « J’ai abandonné l’idée d’être président de la République à 11 ans, quand j’ai perdu une dent dans les autos tamponneuses.  » Rien n’est jamais tracé !  Olivier Meyer, directeur du TOP,  aurait aussi bien pu être économiste dans l’industrie, comme l’induisait sa formation, que journaliste, qu’homme politique, parce qu’il aime ça et par atavisme – son grand-père, Auguste Champetier de Ribes, a été un personnage important sous la IIIe et sous la IVe Républiques.

C’est le père d’une amie, Roland Hubert, un scorpion comme lui, producteur de variétés, qui le rend définitivement à la vie civile, en le nommant administrateur de Julien Clerc en 1977. 90 concerts plus tard, il a pris la mesure de ce qu’il aime.  En 1978, il crée Meyer Productions, une société de production et d’organisation de tournées de spectacles. La profession le prend pour un fou furieux, « À l’époque on les aimait », glisse-il. Pour sa première tournée, il emmène les étoiles de l’Opéra en Argentine, fait un triomphe à Buenos-Aires, au théâtre Colon (deux fois la taille du Palais Garnier).

Il enchaîne ensuite les tournées à travers le monde, Amérique du Sud, Asie, Afrique et en France aussi, au Châtelet, à l’Olympia, au Casino de Paris… Plus de 5 000 représentations, dans plus de 30 pays, sur 24 ans d’activité. Une réussite quoi.

« Les artistes sont courageux et joyeux, avec eux je me sens vivant »

Entretemps, il a croisé la femme de sa vie, « une femme sublime », une artiste bien sûr, Brigitte Lefèvre, directrice de la danse de l’Opéra de Paris depuis 1995. « Ma vie s’explique beaucoup par là. J’aime les artistes parce qu’ils sont forts et fragiles, qu’ils ont des rêves essentiels qui aident à être plus conscient de l’existence. Ils sont un rempart face à la déshumanisation et à la violence du monde. Nous ne sommes pas que des produits de consommation. L’art – à ne pas confondre avec la culture – est un chemin qui nous grandit et nous nourrit. Les gens rêvent beaucoup ce métier, mais dans le quotidien, c’est un métier d’endurance, d’exigence maximum. Les artistes se mettent toujours à la limite du danger pour être au plus juste, au plus près. Je me réjouis de les avoir dans mon univers, ils sont courageux et joyeux. À leurs côtés, je m’amuse et je me sens vivant. »

Directeur du Théâtre Jean-Vilar à Suresnes depuis 1990, Olivier Meyer n’organise plus de tournée depuis 2002. Dès 2003, ce Boulonnais de naissance, boulimique de travail, a créé un Département de production et de diffusion au Théâtre Jean-Vilar. En 2005, il a accepté de prendre une deuxième direction de théâtre, celle du TOP à Boulogne-Billancourt. Il en a fait une autre scène qui compte, aux portes de la capitale, avec une identité et une programmation qui réserve une large part à la création artistique et attire chaque saison davantage de public et d’abonnés. Il vient d’ailleurs d’être renouvelé à ce poste pour cinq ans. Jamais débordé, il est également membre du Conseil pour la création artistique, installé par le président de la République en 2009. Mais comment fait-il ?

Pour la sélection théâtrale boulonnaise 2010-2011, fidèle à sa vision du théâtre vivant, Olivier Meyer a fait le choix de pièces et de spectacles où le rire le dispute aux larmes et le rêve à la réalité. Une saison particulièrement marquée par les femmes, avec la première édition d’un festival de théâtre où elles vont être, Seules… en scène !, du 6 au 25 mai. « Elles ont toujours un temps d’avance sur les hommes et sont immédiatement plus proches de la vie. Dans une époque troublée et en manque de repère, les artistes femmes ont quelque chose à transmettre… »

Premier rendez-vous de la saison au TOP, le 6 octobre, avec Léonide et Agis, pour « Le Triomphe de l’amour » de Marivaux. Comme le dit si bien Olivier Meyer, « Vous avez dit amour ? ».

Les comédiennes qui défileront "seules en scène" au TOP en mai prochain

Mini portrait chinois

Olivier Meyer si vous étiez…

Un animal ? Un oiseau avec une vue distanciée et belle.

Une couleur ? Le bleu.

Une musique ? Classique, lyrique, du  Strauss.

Un arbre ? Un chêne.

Une saison ? Le printemps.

Un aliment ? Le vent.

Un élément ? L’eau.

Un chiffre ? Le 3.

Une femme ? La mienne.

Une pièce ? Une pièce de Feydeau.

Un auteur ? Racine ou Shakespeare.

Un livre ? Les Pensées de Pascal.

Un lieu ? Une Cathédrale, Notre-Dame.

Une heure de la journée ? L’aube.

Une légende ? Robin des Bois.

Un point fort ? La générosité.

Un point faible ? La générosité.

Une humeur ? Gaie.

Un ciel ? Bleu.

Une mer ? Un peu agitée, pas trop.

Un verbe ? Aimer.

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