Il y a quelques années, lorsqu’on demandait à Clément ce qu’il voulait devenir, sa réponse était « pêcheur l’été, tennisman l’hiver. »

Puis il s’est rendu compte que la composante « pêcheur » risquait d’être peu rémunératrice, voire même d’empiéter sur la partie « tennisman » compte tenu du nombre de tournois en été. Donc nous avons laissé tomber la première partie de sa future activité professionnelle pour se concentrer sur la deuxième, à laquelle nous avons rajouté celle de footballeur car, dans ces temps difficiles, il est toujours bon d’avoir plusieurs cordes à son arc.

En août dernier, poursuivant son idée, et ayant travaillé son art au cours des dernières années, Clément m’a annoncé qu’il voulait faire de la compétition.

« Pas de problème, mon fils, » ai-je dit, la voix remplie de fierté maternelle devant l’expression d’une telle combativité, « il faut juste que l’on trouve un tournoi. »

Clément et moi avons débattu de la notion de tournoi contre celle de championnat, mais c’était un faux débat. Ce qu’il fallait, c’était trouver quelque chose remplissant à la fois un critère de niveau (pour lui) et de proximité géographique (pour moi). Juste pour éviter de se retrouver à Chatenay-Malabry ou Pontault-Combault un samedi matin en plein hiver.

A la rentrée, nous lançons nos recherches sur le site de la FFT. Rien. Nous décidons d’attendre et recommençons quelques semaines après, mais revenons bredouilles. Nous ne perdons pas espoir, et vers la fin du mois d’octobre, comprenons enfin comment fonctionne le système de consultation des tournois sur le site. Nous tombons sur le Graal : l’Open International des 10/12 ans de Boulogne-Billancourt.

A partir de là, tout s’enchaine autour de quatre points d’ancrage clairement établis.

Un, l’inscription : Clément m’annonce qu’elle coûte 12 euros par match. Ah bon ? ? Je fais un rapide calcul mental. Partant du principe que mon fils peut décemment passer 4, voire 5 matches, nous en sommes déjà à… 60 Euros ! ! ! Repoussant l’honteux espoir d’une perte à l’issue du premier tour pour de basses raisons financières, je m’enquiers directement auprès du TCBB : les 12 euros consistent les frais d’inscription à l’ensemble du tournoi. Rassurée sur le fait que la participation de mon fils ne va pas grever de manière significative le budget des cadeaux de Noël, je confirme notre inscription.

Deux, la préparation physique : bien sûr, nous n’avons pas attendu l’inscription au tournoi pour entamer celle-ci. Depuis la rentrée de septembre, Clément a repris le chemin de son club et s’entraîne d’arrache-pied. A partir de novembre, nous complétons cet entrainement « de masse » par une approche individuelle, prenant la forme de matchs avec Théo, copain de classe très très bon. On enquille les heures d’entraînement.

Trois, le matériel : la raquette en est le premier élément. Gros sujet de réflexion car, derrière le choix se dessine quelque chose d’autrement plus important : la préférence pour un joueur. Avec Clément, nous nous affrontons depuis plusieurs saisons : Nadal pour lui, Federer pour moi. Le dilemme se règlera au Go Sport du Centre Commercial. Près de la terre de Roland Garros, Nadal gagnera à nouveau. Mais la raquette n’est pas tout ; il faut aussi un sac pour, comme dit Clément, mettre la deuxième raquette au cas où il casserait la première. Je rétorque que Federer ne me semble pas casser de raquettes à tous les matches, mais fais perfidement remarquer que c’est peut-être le cas de Nadal. Clément accepte que l’on considère l’ancienne raquette comme raquette de remplacement au cas où. On trouve un sac. L’équipement est complet.

Dernier axe, la préparation mentale : je mets en place un plan en deux sous-parties : motivation par l’aspiration et développement de la confiance en soi. Pour l’aspiration, on ne trouve pas mieux que d’aller passer une soirée à l’Open BNP Paribas de Paris Bercy. Où l’on retrouve Federer (qui élimine Gasquet d’une pichenette), mais pas Nadal, qui se prépare soit disant à fond pour la Coupe Davis. Ben tiens… Pour la confiance, telle une Claude Onesta boulonnaise, je travaille mon futur champion au corps. Alors qu’il est persuadé qu’il va être écrabouillé au premier tour, je lui affirme mordicus qu’il va remporter le tournoi. Nous transigeons sur le fait qu’il va gagner au moins un match, sinon au moins un set, sinon au moins un jeu. Le moral gonflé à bloc, la préparation mentale est finie.

La solitude du petit joueur de tennis, le soir au bout du Quai Le Gallo

A j-2 jours, le compte-à-rebours est enclenché. Les supporters, principalement d’origine familiale, se pressent au portillon. Bien sûr, j’ai clairement indiqué que je serai de tous les matches. Le père de Clément aussi, ainsi que Constance, sa grande sœur, qui a trouvé là une parfaite excuse pour éviter toute autre sortie pendant les vacances scolaires (et, fait extraordinaire, supplie donc son frère de gagner le maximum de matchs). Clément confirme son accord sur notre présence, si tant est qu’il ne nous voit pas. Pour ne pas le troubler, je n’ose lui poser la question de savoir si nous devons nous mettre derrière lui et l’accompagner dans ses changements de côté. On verra bien le jour du match.

A j-1 jour, il ne se passe rien. Mais, à j-5 heures, c’est la catastrophe ! Le coude de la grande sœur de Clément lui rentre par inadvertance dans l’arcade sourcilière droite. Pendant quelques minutes, les pronostics sont engagés : les 12 euros ont-ils été dépensés en pure perte ? Finalement, Clément confirme sa participation. Les supporteurs sont rassurés.

A j-15 minutes, tout le monde se présente sur le court. L’ennemi s’appelle Ludwig, mais comme nous nous inscrivons dans l’esprit du sport, nous sourions gentiment au père et souhaitons bonne chance aux deux joueurs.

Après s’être battu comme un petit lion, Clément, chair de ma chair, sang de mon sang, perdra au bout de 2 sets, 6-3, 6-2, avec une très belle remontée à 3-3 au premier set. Le retour au beau fixe de son moral nécessitera une Chuppa-Chups, un Paris-Brest, et une très bonne nuit de sommeil.

Nous sommes actuellement en train de nous inscrire au tournoi du tennis club d’Antony pour le mois d’avril.

Si vous êtes au courant d’une compétition à Châtenay-Malabry ou Pontault-Combault, merci d’écrire à l’e-bb, qui transmettra…

ps – nous profitons de l’occasion pour féliciter Théo qui a passé 6 tours ! Comme quoi il est vraiment très très bon…