Le mal peut être à la fois banal et atroce. C’est l’idée qu’a tenté de faire passer la philosophe Hannah Arendt (1906-1975), dans une série d’articles parus dans le New Yorker, à l’issue du procès Eichmann, qu’elle avait suivi à Jérusalem. Une quinzaine d’années après la guerre, on est en 1961, on avait besoin de diaboliser et localiser le mal, chez des salauds, des êtres dénaturés, pour mieux pouvoir l’éradiquer. Ce n’est pas aussi simple, répond Hannah Arendt et c’est plus inquiétant. Le mal est banal. En l’occurrence le mal absolu, l’organisation de la solution finale contre les juifs, était orchestré par un petit bureaucrate, sans imagination qui voulait seulement bien faire ce qu’on lui avait confié, avec le zèle nécessaire pour la suite de sa carrière. Il avait cessé de penser.

Barbara Sukowa est Hannah Arendt

Barbara Sukowa est Hannah Arendt

La philosophe, juive, disciple et ancienne compagne d’Heidegger qui avait dû émigrer en France puis aux Etats Unis, pousse la provocation jusqu’à affirmer que les institutions représentatives juives auraient involontairement aggravé l’ampleur de l’Holocauste par leur naïveté et leur « bonne volonté » officielle à l’égard des autorités nazies.C’en était trop ! Hannah Arendt a ainsi été rejetée, isolée, par les institutions juives, la majorité des intellectuels dont ses collègues universitaires et la plus grande partie de son entourage.

Cette exigence intellectuelle ombrageuse, contre la pensée dominante de l’époque et de son milieu, qu’Hannah Arendt affiche avec détermination et un brin d’arrogance, est magnifiquement rendue dans le film de Margarethe Von Trotta actuellement sur les écrans.

Il mêle des images d’archives du procès Eichmann et un scénario très dense, sans lourdeur, avec des enchainements clairs. Barbara Sukowa, parfaite dans le rôle d’Annah Arendt, rend son personnage, attachant, douloureux et finalement très actuel.

Toute la semaine au cinéma Landowski.

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Gilbert Veyret

Gilbert Veyret

Il pensait ne rester que peu de temps à Boulogne-Billancourt. Cela fait plus de 40 ans que ça dure. 5 de ses petits enfants y vivent. Il commence donc vraiment à se sentir Boulonnais et à en connaître les contours ! Mais il aime aussi en sortir (Bordeaux, en arrière plan)