Entre juin et juillet derniers, 17 débats ont été organisés sur le territoire de la future Métropole du Grand Paris afin de recueillir le point de vue des habitants. Le bilan de ces riches heures a été rendu public il y a quelques semaines.

En préambule de ce rapport d’une centaine de pages, Paris-Métropole rappelle quels étaient les enjeux de cette consultation-éclair, organisée avec le concours des collectivités locales au début de l’été 2015 :

  • Bernard Gauducheau, maire de Vanves et vice-président de GPSO, clôt la séance à Boulogne

    Bernard Gauducheau, maire de Vanves et vice-président de GPSO, clôt la séance à Boulogne

    informer les habitants sur le processus et le cadre légal de mis en place de la Métropole

  • recueillir leurs points de vue, attentes, préoccupations et suggestions
  • organiser des échanges sur les cinq thématiques clés
  • partager le questionnement sur les compétences de la future Métropole, ce qui nourrira l’établissement du projet métropolitain début 2016, à l’instar des travaux de Paris-Métropole, de la Mission de préfiguration, des experts et des diverses agences impliquées
  • toucher l’ensemble des parties prenantes (acteurs de la société civile, habitants, élus)
  • intervenir sur l’ensemble des territoires concernés par le processus, y compris en grande couronne (exclue du périmètre de la Métropole).

 

Plus de 2 000 personnes ont participé à ces rencontres, et 1 500 ont émis des propositions. Les organisateurs notent – et regrettent – l’homogénéité sociale et générationnelle des participants, raison de plus pour insister sur la teneur de ces remontées : il s’agit d’un panel de points de vue, lequel ne doit pas être pris pour l’expression représentative de la majorité des habitants du territoire.

Un souci d’équilibre, la peur de l’échelon inutile

Le premier élément flagrant tient aux attentes et aux craintes générales associées à la Métropole : les contributeurs en espèrent un rééquilibrage entre l’Ouest et l’Est du territoire, tout en redoutant que ce nouvel échelon ne soit pas à la mesure de l’enjeu. Son périmètre même est très souvent mis en question.
Pour beaucoup, l’articulation entre la future Métropole, les départements et la Région reste pour le moins à clarifier, tandis que d’autres s’inquiètent d’une « périphérisation » accrue de la grande Couronne, exclue du périmètre.
A ceci s’ajoute la mise en question des moyens (usage et limites de la péréquation, de la mutualisation des services et des ressources) et de la gouvernance (quel mode de désignation pour les élus métropolitains, quelle part laissée à la démocratie participative).
A cet égard, le rapport souligne la participation spécifique des acteurs socio-économiques, réunis notamment à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (mais à Boulogne aussi, les membres du Boulogne Business Club et du CESEL avaient été sollicités), qui conditionnent la réussite de la Métropole à la mise en œuvre d’une gouvernance collaborative : le futur Conseil de développement de la Métropole devrait être complémentaire du Conseil économique, social et environnemental régional. Des acteurs de terrain devraient le composer, et la Métropole devrait arrêter une stratégie économique commune. Dans le même temps, ils encouragent la consultation directe des habitants, ce qui rejoint les observations d’autres contributeurs qui rêvent d’une Métropole laboratoire de la démocratie participative.

 

Les nuages de mots issus des 17 débats - CR Res Publica pour Paris-Métropole

Les nuages de mots issus des 17 débats – CR Res Publica pour Paris-Métropole

Transport, mobilité et logement au cœur des préoccupations

Si le développement des transports en commun inter-banlieue et le souhait d’une carte à tarif unique que la nouvelle mouture du Pass Navigo a dû exaucer apparaissent comme un besoin partagé par les contributeurs, la question du logement est plus ambiguë : reconnue comme une nécessité, elle est assortie de tous les inconvénients possibles (densité, déséquilibre social et territorial, extension urbaine, coût, pollutions diverses).
Les auteurs du bilan soulignent un paradoxe dominant qui n’est que le reflet de ce point de vue : il faut mener une stratégie globale, qui ne dessaisisse cependant pas les maires de leur pouvoir de décision, tout en évitant les blocages locaux. L’inquiétude des maires quant à un possible PLU métropolitain fait écho à cette préoccupation.

Une identité et une citoyenneté métropolitaines ?

C’était une des questions audacieuses posées par Paris-Métropole : qu’est-ce qui fait – ou ne fait pas -le Métropolitain ?

Les contributeurs ont répondu par des références au territoire : la capitale bien sûr, mais aussi la Seine et la Marne. En second lieu sont convoqués les grands événements.
Ce sont aussi des limites territoriales qui bloquent une identification unique : le périphérique en serait l’emblème, même si les limites invisibles jouent leur rôle (zonage et sectorisation), entravant les aspirations à la mobilité et – c’est plusieurs fois lié dans le rapport – à l’égalité entre les habitants.

Quant à la citoyenneté métropolitaine, si elle doit s’appuyer sur l’échelon local, plébiscité par les contributeurs, elle a un avenir numérique. Deux écueils à éviter : le mouroir administratif où aboutiraient les démarches numériques, et la scission entre connectés et non-connectés. Sacré défi.

Consultez l’intégralité du bilan ici.