Très belle rencontre hier soir avec l’écrivain américain Paul Harding, auteur des Foudroyés (Pulitzer 2010) et d’Enon, dont la traduction vient de paraître aux éditions du Cherche-Midi.

Paul Harding entouré de Julian Compan, des éditions du Cherche-Midi, et de Benjamin Cornet, de la librairie Les mots et les choses

Paul Harding entouré de Julian Compan, des éditions du Cherche-Midi, et de Benjamin Cornet, de la librairie Les mots et les choses

L’intrigue d’Enon est on ne peut plus intime : l’histoire d’un deuil terrible, porté par Charlie, le père de la petite Kate. Dévasté, abandonné, Charlie entreprend une méthodique descente aux enfers, à la frontière labile entre le monde des morts et celui des vivants.
« Il ne peut pas y avoir de fausse note quand on écrit sur la mort d’un enfant, il faut éviter tout mélodrame » a expliqué l’auteur, avec la chaleur et la sincérité qui ont marqué la rencontre.
Paul Harding aime se confronter à des situations difficiles, c’est même l’essence de son œuvre – « Ce que je cherche à faire en tant qu’écrivain, c’est à reproduire au plus haut degré mon expérience de lecteur quand, tout à coup, en lisant je me dis ‘c’est exactement ça.’ » Pour ce faire, l’auteur a usé de plusieurs ressorts : une capacité de projection assez rare (« Charlie devait être moi, je devais pouvoir le suivre à chaque instant, dans chaque émotion« ), une immersion dans un espace connu et métamorphosé par la littérature, la bourgade d’Enon où l’auteur a passé son enfance et où son personnage inscrit son errance (« La ville est un personnage à part entière, elle est à la fois, par synecdoque, l’émanation de la conscience de Charlie, et l’entité qui veille sur lui« ), et le secours des poèmes d’Emily Dickinson et des Confessions de Saint-Augustin.

Porté par un souffle et une rythmique qui ont guidé l’écriture même, et dont l’auteur nous a livré un bel échantillon au cours de sa lecture, le récit de cette autodestruction évite tous les écueils. « Je savais que le livre ne serait pas sans espoir, mais je ne savais pas d’où l’espoir allait surgir » a confié Paul Harding.
Immanent et fantasmatique, Enon nous promet des heures de lecture d’une rare intensité.

Prochaine rencontre le 2 octobre avec Jean-Marie Rouart.