Le 14 mars, un prestigieux aréopage était réuni à l’Hôtel de Ville de Boulogne pour faire le point sur les projets en cours de la ZAC Seguin Rives de Seine.

« Je suis fier d’être ainsi entouré » a déclaré en préambule le maire de Boulogne-Billancourt, Pierre-Christophe Baguet, avant de présenter les personnalités qui l’entouraient.

ZAC Seguin Rives de Seine

Une imposante tribune réunie autour du maire

En ce 14 mars, Patrick Devedjian, président du Conseil départemental du 92, Jean de Gastines, l’un des architectes de la Cité musicale, Isabelle Rivière, directrice des relations institutionnelles de la Société du Grand Paris, Jean-Marie Duthilleul, architecte de la gare du Pont de Sèvres, Philippe Zivkovik, président du Conseil de surveillance de BNP Paribas Real Estate, Dominique Perrault, architecte en charge du 57 Métal, Ignacio Prego, architecte et gendre de Dominique Vasconi, Jean-Pierre Duport, préfet honoraire, et Gauthier Mougin, adjoint à l’Urbanisme, étaient réunis à la tribune pour évoquer les projets en cours de la ZAC Seguin Rives de Seine, sur les ex-terrains Renault.
Au premier rang, Jean-Yves Durance, président de la CCI des Hauts de Seine, Bernard Gauducheau, président du Comité stratégique de la Société du Grand Paris, et un architecte des Bâtiments de France complétaient le plateau.

ZAC Seguin Rives de Seine

Les essais lumière de Citylight – CR P. C.

Après une courte présentation bien dans sa manière (cascade de chiffres astronomiques tel ce significatif « 1 milliard 150 millions d’investissements dans un rayon de 300 mètres, » comparaisons vertigineuses et remerciements d’usage), Pierre-Christophe Baguet a donné la parole aux participants pour évoquer les trois projets listés ce soir-là : la cité musicale sur l’île Seguin, le réaménagement du 57 Métal sur le Trapèze et la gare du Grand Paris Express au Pont de Sèvres. Il a également annoncé que les tours du Pont de Sèvres, City Light, rénovées par Dominique Perrault pour BNP Paribas Real Estate, seraient inaugurées le 30 mars et attendaient 3 500 salariés.

S’en est suivi un déroulé séduisant et efficace, en présence de quelque 800 personnes. Chaque intervention était minutée et bien rythmée, en général appuyée par un clip vidéo dynamique et la parole, fluide, circulait sans effort de l’un à l’autre.

La cité musicale livrée à la fin de  l’année

Patrick Devedjian est connu pour mener ses projets tambour battant. C’est de nouveau le cas avec la Cité musicale qui aura tenu le calendrier, à trois mois près. Bientôt, des visites de chantier seront organisées pour les Boulonnais. Le conseil départemental investit à Boulogne, et ce n’est pas fini : le nouveau musée Albert Kahn, en cours de construction, devrait être achevé d’ici un an et demi, et une grande piscine devrait venir compléter le centre nautique de l’île Monsieur. A proximité immédiate, le réaménagement de l’échangeur géant de Sèvres devrait permettre de valoriser la Manufacture, tandis que les quais de Seine, actuellement en friche pour une large part, seront aménagées, à raison de 4,2km en 18 mois, d’après Patrick Devedjian. Avant de céder la parole à Jean de Gastines, l’associé français de Shigeru Ban, le président du conseil départemental a eu un mot pour la future gare du Pont de Sèvres, depuis laquelle une passerelle devrait voler jusqu’à la Cité musicale. Il a salué le projet de Jean-Marie Duthilleul, qui a si bien tenu compte de cette connexion. « C’est un projet magnifique » a-t-il conclu.
Après avoir diffusé un extrait du clip de présentation « Naissance d’une voix, » Jean de Gastines est entré dans le détail de l’avancée des travaux, en s’appuyant sur une visite virtuelle, puis sur une visite aérienne du site. Le conseil départemental des Hauts de Seine en diffuse des extraits dans la vidéo ci-dessous et sur le site dédié au projet :


Cité musicale de l’île Seguin, avancée du… par e-bb

Une précision de l’architecte : la voile photovoltaïque et giratoire mesure 42 mètres de haut.

La « résurrection » du 57 Métal

C’est en ces termes que le maire a présenté ce projet très controversé par les riverains immédiats et les conseillers municipaux d’opposition.
Le préfet Jean-Pierre Duport, nommé médiateur par la Ministre de la Culture, a pris la parole le premier pour expliquer sa mission et rappeler dans quel contexte la médiation a eu lieu. Il a expliqué qu’une procédure de classement aux Monuments historiques interrompue, comme ç’avait été le cas pour ce bâtiment, ne pouvait être reprise. Il a rencontré toutes les parties-prenantes.

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800 personnes réunies à l’Hôtel de Ville le 14 mars

Sa mission devait tenir compte de trois paramètres : économique, environnemental et patrimonial. La promesse de vente signée entre Europa Wanda (actuel propriétaire) et BNP Paribas Real Estate, qui a chargé Dominique Perrault – récemment distingué, a souligné M. Duport, par le prix Praemium Imperiale japonais – d’un nouveau projet, est apparue au médiateur « comme répondant aux préoccupations. »
A sa suite, Dominique Perrault, diaporama à l’appui, a exposé la complexité du projet : insérer une partie nouvelle à un bâtiment ancien dont on préserverait « la partie icône, » en ménageant des espaces publics et ouverts, des espaces verts, une possible sortie pour le GPE, en ouvrant une nouvelle perspective sur la cité musicale, le tout en s’inscrivant dans les volumes des autres bâtiments du secteur. Une gageure qui ne l’a pas effrayé, lui dont la réhabilitation des tours CityLight, bâties dans les années 70, est devenue une référence internationale. Il a précisé que les briques de la partie abattue serviraient de pavement aux espaces publics nouvellement créés.

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L’association pour le cadre de vie des riverains du Pont de Sèvres, qui regroupe les habitants du Trident, les plus affectés par le chantier, a réalisé une simulation du projet

Ignacio Prego, gendre de l’architecte Vasconi, a tenu à « apporter publiquement le soutien de la famille à ce projet. » Pour la famille, il s’agit d’une nouvelle inespérée, alors que le bâtiment entier était menacé de disparition. Au-delà, M. Prego, qui est lui-même architecte, a souligné « la filiation conceptuelle et intellectuelle très forte » entre le travail de Dominique Perrault et celui de Vasconi, qui partageraient « une culture de projet » bien traduite par cette architecture hybride, « très contemporaine dans l’approche. »
C’est enfin Philippe Zivkovik, de BNP Paribas Real Estate, qui a défendu « un projet passionnant, qui consiste à conserver l’ADN architecturale en donnant au site une propriété et un usage propres au XXIème siècle, tout en préservant les équilibres d’urbanisme, de densité et de hauteur » avant d’ajouter : « Nous voulons absolument l’ouvrir sur la ville et sur son environnement. » Pour ce faire, 1 500m² seront cédés à la Ville pour aménager des espaces verts (ce qui rend le coefficient d’emprise au sol inférieur à l’existant), et le bâtiment comportera des espaces ouverts au public, comme une salle de fitness, un auditorium et des restaurants. Par ces mots, M. Zivkovik a eu à cœur de montrer qu’il n’était pas « juste un sponsor » mais réellement investi dans le projet.

La gare du Pont de Sèvres et ses cascades de lumière

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La maquette de la gare du Pont de Sèvres

Isabelle Rivière, de la Société du Grand Paris, a d’abord rappelé l’ampleur du projet global : 200km de voies, 68 gares dont 80 % en correspondance avec le réseau existant, 6 sites de maintenance, 1000 personnes par rame et 2 minutes entre chaque rame, pour des trains automatiques allant à 55 km/h. A titre d’exemple, si on met aujourd’hui plus d’une heure à rallier Orly en transport en commun, avec le GPE on mettra 20 min. Autre effet : la perspective de voir les Franciliens renoncer à la voiture individuelle pour ce type de trajets.
L’intégralité du réseau devrait être opérationnel en 2030, et le tronçon Noisy-Pont de Sèvres, dès 2022.
Jean-Marie Duthilleul a ensuite partagé sa conception des gares du GPE, lui qui en a dessiné deux. Des gares donc, et pas des stations, car « on va rentrer tout doucement dans le voyage ou dans la ville. » Compte-tenu de la proximité de la Seine, l’architecte a saisi l’enjeu de la lumière, qu’il a confié à Patrick Rimoux, sculpteur lumière, qui l’a captée en véritables cascades variant au fil du jour. On peut en admirer la simulation à l’exposition Les passagers du Grand Paris Express, mais également sur le site du sculpteur :

A moins 6 mètres, les voyageurs pourront faire une halte dans un jardin, ou dans un bistrot. Au-delà de l’ambiance, trois sorties sont prévues, vers la cité musicale, via une passerelle en pente douce (4 %), une vers la ligne 9 devant CityLight, et une vers le 57 Métal. Pensant à l’environnement un peu plus lointain, M. Duthilleul appelle la sortie transitoire la « Galerie de Sèvres » car elle mettra en valeur la manufacture située juste de l’autre côté du pont.

Les habitants du Trident, rayés de la carte des études

Avant de céder la parole à l’avocat des habitants de l’immeuble Trident, Pierre-Christophe Baguet a une nouvelle fois félicité les trois architectes qui, par leur traitement de la lumière, rendent hommage d’après lui aux architectes des années 30. Il a également annoncé que, ce soir-là, l’exposition sur le Grand Paris Express serait ouverte.

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Christian Huglo, l’avocat des habitants du Trident, prend la parole en fin de réunion

Maître Christian Huglo était venu en personne représenter ses clients ce soir-là, et avait obtenu de pouvoir prendre la parole. Il s’en est félicité : « Depuis deux ans nous voulions exposer leur situation dramatique, et nous n’avons jamais été entendus, car il s’agit d’une situation exceptionnelle. »
Pris entre les chantiers aux nuisances diverses (accès et circulation compliqués, 50 db, conséquences financières), les 800 habitants du Trident ont eu la mauvaise surprise de découvrir que l’étude d’impact et la déclaration d’utilité publique de la future gare considéraient leur immeuble comme un bureau. « Les plus-values n’effaceront pas la souffrance de cette situation particulière » a estimé l’avocat. Tout en saluant « un magnifique projet d’intérêt général, » M. Huglo a annoncé qu’il irait au contentieux sur tous les actes administratifs du dossier. Profitant de la présence de Jean-Pierre Duport, il a également appelé de ses vœux une médiation qui permettrait de prévenir les nuisances, d’établir la sécurité, et de réduire et compenser les impacts des chantiers.

Le maire a déclaré avoir entendu l’appel de l’avocat, tout en rappelant que la Société du Grand Paris est une société d’Etat. Il a également mentionné le sort des commerçants du Trapèze, qui sont accompagnés par la CCI.

Questions diverses

Les intervenants ont ensuite répondu aux questions ramassées au fur et à mesure de la soirée.
Quelques détails sur la cité musicale : la passerelle partant de la gare sera installée en 2018, et l’autre, côté Meudon, dès cette année. Il n’y aura pas de tarif réduit pour les Boulonnais, tous les habitants du Département ayant financé l’équipement à part égale (même si c’est bien Boulogne qui a cédé le terrain pour un euros symbolique). A terme, un circuit de navettes fluviales devrait faire la liaison entre la Défense et Paris, en faisant escale par les îles de la Seine dont l’île Seguin.

Une foule compacte et attentive jusqu'au bout

Une foule compacte et attentive jusqu’au bout

Concernant la gare : le quai sera à 29 mètres de profondeur, mais la gare ne sera pas inondable. La départementale RD1 sera fermée 3 à 4 mois le temps de dévoyer les réseaux existants et d’installer la nouvelle passerelle. Isabelle Rivière a souligné, en réaction indirecte aux propos de Maître Huglo, que la SGP avait organisé de nombreux débats publics, et retenu le scénario de travaux le plus court (4 ans au lieu de 6).
Jean-Pierre Duport comme Philippe Zivkovik ont rassuré au sujet de la pollution du sol sous le 57 Métal : elle est suivie et contenue, concentrée sur l’emplacement des futurs bâtiments. C’est Renault qui prendra la dépollution à sa charge, sans nuisance pour le voisinage.

Le maire avait annoncé que tout le monde aurait une réponse à ses questions, durant la soirée ou plus tard, selon sa complexité.
Comme nous n’avons pas encore reçu de réponse aux nôtres, nous les reproduisons ici, pour mémoire :

  • Les habitants du Trident ont-ils bénéficié d’une remise sur leurs impôts locaux, en compensation des nuisances endurées depuis plusieurs années ?
  • Qu’en est-il pour Boulogne de l’obligation faite aux communes accueillant une gare du Grand Paris Express par la loi du 3 juin 2010 art.24 d’intégrer la réalisation de logements à leur projet ?