Vendredi soir, l’association des résidents du quartier Seguin-Rives de Seine, qui regroupe les habitants du nouveau quartier du Trapèze, tenait sa première réunion publique.

Quand on s’installe sur le Trapèze, on a bien souvent vue sur un chantier

Comment s’intégrer dans une ville lorsqu’on emménage dans un quartier tout neuf, d’une quarantaine d’hectares ? C’est le problème que rencontrent, au fur et à mesure de leur arrivée, les habitants du Trapèze, cette zone sur laquelle étaient érigées les usines Renault. Nombre d’entre eux sont de nouveaux Boulonnais, confrontés à la double inconnue de la ville en général et du développement de leur quartier en particulier.
Jeunes (moyenne d’âge : 28 ans – les bébés entrant dans le calcul !) et organisés, les nouveaux venus ne se sont pas laissés abattre. On a vu naître et embellir un forum internet propre au quartier, où chacun peut échanger des informations sur les baby-sitters, la pharmacie la plus proche, l’arrivée de la fibre optique ou bien l’état d’avancement de l’immeuble en face de chez soi. Lieu d’échange et de débat, de mobilisation aussi (pour l’ouverture de classes dans les écoles ou sur le projet d’aménagement Seguin), d’information surtout, le forum est une mine pour les nouveaux un peu perdus. L’un des principaux contributeurs est également administrateur d’A2RS, une association d’habitants qui s’est montée l’an dernier.

Créée en mars 2011 par Marc Stravopodis, Véronique Virgili et Cédric Gabilla, alors que les débats sur l’aménagement de l’île Seguin battaient leur plein, A2RS a vite étendu son objet. Forte de sa grosse centaine d’adhérents aujourd’hui, elle veille à la qualité du cadre de vie dans ce quartier en perpétuelle évolution. A2RS est devenue en un an un interlocuteur privilégié pour les pouvoirs publics comme pour les aménageurs. Ses représentants siègent à la commission de concertation de la SAEM, en charge de l’aménagement du quartier, mais aussi à la commission commerces, qui préside au lotissement progressif des vastes surfaces commerciales pour l’instant un peu… mono-thèmes du Trapèze.

De gauche à droite, D. Fagart (ateliers Nouvel), G. Mougin, P-C Baguet, M. Stravopodis, C. Gabilla, M-L Godin, S. Rougnon et A. Moine

Vendredi 30 novembre au soir, c’est dans le gymnase Doisneau que l’association organisait sa première réunion publique. Au programme, les écoles, la sécurité, l’état du bassin du parc de Billancourt, ces fameux commerces tant espérés, les transports et l’île Seguin.
Indice de la reconnaissance dont A2RS jouit déjà, la tribune accueillait le maire, Pierre-Christophe Baguet, l’adjointe du quartier et vice-présidente du Conseil Général Marie-Laure Godin, la conseillère déléguée Sylvie Rougnon et le directeur délégué de la SAEM, André Moine.
Indice de la démarche de cette association, qui recherche toujours le bon interlocuteur pour parvenir à ses fins, sont également intervenus au gré des sujets un représentant des ateliers Nouvel, le directeur municipal de la sécurité, un vice-président de la Chambre de commerce, Gauthier Mougin, l’adjoint à l’Urbanisme, un représentant de la Chambre des métiers et de l’artisanat et un représentant de l’Union des commerçants.

Stéphane Moa, premier commerçant de proximité du Trapèze

Les visiteurs du quartier l’auront sans doute remarqué, le Trapèze brille par sa quantité de restaurants. Mais, passés la boulangerie Moa, Optical Parc, Les Domaines qui montent, un centre de bien-être et quelques supérettes, les commerces de proximité se font attendre avec une impatience de moins en moins contenue. La rencontre fut l’occasion de rassurer sur le long terme (en 2018, le quartier comptera tous les commerces souhaitables), de renseigner sur les commerces avoisinants (Madame Rougnon rappelant l’offre commerciale et médicale du quartier du Pont de Sèvres), et surtout d’expliquer ce déséquilibre entre restaurants de toutes sortes et absence du reste. On s’en serait douté, la première raison est financière : pour investir un des locaux (d’une surface moyenne de 150m²) du Trapèze, il faut un peu de trésorerie devant soi. Le commerçant individuel qui se lance n’a pas droit à l’erreur, et les investisseurs sont peu enclins à proposer un loyer au rabais pour débuter, contre les 500 euros du mètre carré qu’ils prétendent louer aujourd’hui. D’où le décalage – provisoire – entre offre et demande. En 2013 de nouveaux commerces ouvriront leurs portes, mais lesquels, mystère ! Cet échange fut aussi l’occasion d’apprendre que Vinci immobilier, légèrement impliqué dans l’aménagement du Trapèze, allait installer un show room à la pointe du Cours Seguin, devant l’immeuble du groupe Amaury.
Sur les écoles, le maire a rappelé que 3 groupes scolaires étaient prévus dans le quartier, dont un seul pour l’instant, Doisneau, fonctionnait, avec ses 18 classes d’ouvertes. Le deuxième groupe scolaire ouvrira en 2014 et le dernier, en 2016. En attendant, pour faire face à l’afflux d’enfants non envisagé par les démographes lors des premières projections sur le quartier, le collège du Vieux Pont, réaménagé pour l’occasion, accueillera les nouveaux élèves en 2013 le temps d’une année scolaire. Au plan de la Sécurité, Monsieur Bizin, nouveau directeur du service, a reconnu la fréquence des cambriolages dus au niveau de vie du quartier, mais a rassuré sur la délinquance, très faible. Des patrouilles passent régulièrement et, en accord avec un certain nombre de copropriétés, la police peut même circuler dans les parkings. Une mesure dont peuvent bénéficier tous les grands ensembles de la ville, sous réserve que le propriétaire donne son accord.

« Le projet 1 », connu depuis le CRACL de février

Sur l’île Seguin, les habitants ont pratiquement eu droit à une réunion d’information pour eux, en sus des trois réunions publiques prévues avant la consultation. Un représentant des ateliers Nouvel, de concert avec Gauthier Mougin, a présenté les trois projets et répondu aux questions. Curieusement, dans ce quartier directement concerné par la tournure de l’aménagement, mais dont plus de 50 % de la population ne pourra pas s’exprimer lors de la consultation, faute de s’être inscrite sur les registres électoraux avant le 31 décembre 2011, aucune question sur les modalités du vote ne s’est fait jour. Les principales questions ont porté sur le sort du jardin (un jardin d’essences rares, sous serre amovible) dont il a été confirmé qu’il ne serait pas encastré entre les immeubles, et sur la motivation de ce surcroît de densité. Le maire s’en est expliqué : après la cession pour un euro symbolique de la pointe aval de l’île et la signature d’une promesse de vente par Natural Le Coultre, soit le blocage de 64 000m², l’équilibre ne serait plus possible avec un PLU à 110 000m² ou même à 175 000m². Le maire a cependant tenu à rassurer sur les finances : les dépenses ne seront engagées qu’en fonction des recettes perçues, ce qui garantirait l’équilibre de l’opération, quel que soit le choix entre les trois projets.
Sur les transports enfin, sujet sensible, la situation est en demi-teinte : pas d’extension de vélib’ pour l’instant en raison d’un blocage juridique, des horaires de bus parfois incompatibles avec les horaires des habitants (une fréquence supérieure est envisageable, mais, rappelle le maire, « à la RATP maintenant tout se paie« ), un projet de navettes fluviales (Vogueo) en berne, faute d’équilibre financier, et un transport en site propre (probablement un bus à haut niveau de service) pour lequel la municipalité se bat depuis des années face à un STIF qui regimbe. Hors de question pour le maire de trouver une solution provisoire, qui risquerait de s’éterniser. Un réel espoir en revanche du côté d’un « transport en déclivité » entre Meudon et Saint-Cloud, qui relierait le Transilien au T2. Last but not least et bien que retardé, le Grand Paris Express devrait s’arrêter au Pont de Sèvres vers 2020. A ce sujet la Ville a un projet : tenter de récupérer le bâtiment Vasconi (57 Métal) et en faire la gare monumentale de ce nouveau transport. A suivre !

Au terme d’une réunion bien menée et bien rythmée, les auditeurs avaient manifestement obtenu les informations qu’ils cherchaient. De quoi encourager A2RS à recommencer. Antoine Bucheton, qui en a rejoint le conseil d’administration, prépare déjà l’ordre du jour de la prochaine réunion !

contact : association.a2rs@gmail.com