Lundi 23 juin avait lieu la présentation de la nouvelle édition du festival Allers-Retours proposé par le musée départemental Albert Kahn. Après une présentation de chaque photographe, une visite des expositions en cours a été faite avec comme guides les artistes.

Fidèle à l’esprit du fondateur des jardins, ce festival met en lumière chaque année les travaux des divers photographes qui immortalisent des paysages et des scènes de la vie quotidienne des quatre coins du monde, sur une thématique donnée. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir les photos dans le cadre vert et calme des jardins.

Albert Kahn a connu 3 guerres, au point qu’il a fait de sa vie une œuvre philanthropique pour la paix dans le monde : éviter les guerres en permettant aux différents peuples de mieux se connaître. Cela n’a pas suffit, les guerres ont continué, et avec elles,  leurs récits. Du témoignage brut, à la construction d’un récit et d’une Histoire, le festival 2014 nous propose des points de vue sur ces étapes de distanciation, et comment la photographie peut y contribuer.

Les 8 photographes parlent de la genèse de leurs travaux.

le catalogue de l'exposition dévoilé

le catalogue de l’exposition dévoilé

de gauche à droite :
1 : Emeric LHUISSET
2 : Laetitia TURA
3 : Patrick TOURNEBOEUF
4 : Rita LEISTNER
5 : Jonathan TORGOVNIK
6 : Bertrand CARRIERE
7 : Vasantha YOGANANTHAN
8 : Camilla De MAFFEI

La présentation commence par une introduction de Valérie Perlès, conservatrice du musée, et nous apprend entre autres que le catalogue a vu le jour en 4 semaines, une rapidité rare !

Ensuite chaque photographe parle de son travail, de la genèse qui l’a poussé à faire cette série de clichés, et éventuellement de la suite qu’il / elle entend donner à  son travail.

Jonathan TORGOVNIK s’interroge sur les conséquences à long terme et aux stigmates de la guerre du génocide au Rwanda, et ainsi donner une voix aux oubliées de ce conflit, un espace pour qu’elles expriment leurs sentiments, leurs douleurs, elles qui sont mises à l’écart de la société, de leurs familles. Mais comment photographier les traumatismes ? Il aura fallu longtemps d’entretiens, et la photo vint seulement ensuite. Il retourne tous les ans sur place pour suivre ces « familles », et grâce à sa fondation apporte de l’aide à ces femmes. ( http://www.foundationrwanda.org/home.aspx )

Rita LEISTNER se sent artiste engagée, et en tant que telle doit aborder des sujets politiques. En allant à la rencontre des gens, elle peut rapporter des histoires, mais aussi être ambassadrice de son pays. Elle souhaite pouvoir faire continuer son projet, afin de s’immerger encore plus dans tout le Levant, du Liban, aux abris anti aériens en Israël et par la Palestine, entre autres.

Camilla De MAFFEI nous raconte comment son travail a évolué une fois sur place, à Sarajevo, passant d’une recherche de vestiges de la guerre, qu’elle qualifiera elle-même de superficielle, à une rencontre avec les gens qui lui montrera que les cicatrices sont toujours à vif.

Laetitia TURA, dont les travaux sont toujours en cours, décrit ses pérégrinations à la recherche des exilés de la guerre civile espagnole, et comment ce passé resurgi suite à l’accès aux archives, et avec l’évolution des textes de loi… Les époques se rejoignent et il faut en profiter pour faire le point, et sauvegarder ce qui peut encore l’être.

Emeric LHUISSET aborde lui la question taboue de la mise en scène sur les théâtres de guerre, où l’ambiguïté peut parfois être totalement indépendante de la volonté du reporter : après des échanges de tirs, il aperçoit au repos un milicien appuyé contre un mur reprenant ses esprits, mais ce dernier voyant le photographe se remet de suite en position de tir pensant faciliter le travail de son témoin !

Vasantha YOGANANTHAN photographie la guerre, mais sans aller loin, à Paris ou en banlieue. Mais cette guerre, si présente dans les cœurs de ses acteurs, n’est ici que représentation : il s’agit de théâtre tamoul racontant les événements du Sri Lanka, pour que la mémoire collective perdure. Les acteurs sont souvent des enfants d’immigrés, et donc rejouent une histoire non vécue directement.

Patrick TOURNEBOEUF apprécie la coïncidence que ses photos de monuments en plein air se retrouvent elles aussi exposées en plein air. Un point de départ pourrait être que pour des problèmes de cadastres, les noms d’aïeuls morts lors de la 1ère guerre mondiale n’apparaissent pas sur le monument du village. Alors se pose la question de regarder ce que le temps gomme, et ainsi d’arrêter le temps de nouveau. Avec un protocole méticuleux, il cherche dans ces aiguilles pointées vers les cieux le rapport entre religieux et (géo)politique…

Bertrand CARRIERE s’intéresse lui à réinjecter l’Histoire et investir le paysage. Lors du 60ème anniversaire du raid de Dieppe lors de la 2ème  guerre mondiale, il participa à la création d’un monument éphémère à partir de 913 photos (le nombre de canadiens présents lors de cette bataille), elles-mêmes de « fausses archives », car ce sont des photos récentes prises après le 11 septembre. Et au delà des portraits, il photographia aussi les vestiges encore présents du mur de l’Atlantique, que personne ne veut ni protéger, ni détruire.

Après ce tour de table, Jonathan TORGOVNIK et Rita LEISTNER nous ont gratifié d’une visite commentée de leurs œuvres, agrémentant d’anecdotes leurs clichés.

Rita LEISTNER décrivant ses portraits-paysages

Rita LEISTNER décrivant ses portraits-paysages

Jonathan TORGOVNIK nous présente "Intended consequences"

Jonathan TORGOVNIK nous présente « Intended consequences »

Le catalogue de l’exposition est disponible à la boutique du musée, pour 19,90€.

Toutes les informations pratiques se retrouvent sur le site dédié du festival.

 

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François

Boulonnais depuis quelques années, et qui aime découvrir la ville et faire partager ses trouvailles !