Peintre et illustratrice, Priscilla Moore s’est spécialisée dans le nihon-ga, une technique picturale japonaise traditionnelle. Installée à Boulogne depuis trois ans, elle nous parle de son travail et de ses sources d’inspiration., et sera présente le 7 décembre au Salon du Livre 2014 de Boulogne

Priscilla Moore au Salon du livre de BB en 2013

Priscilla Moore au Salon du livre de BB en 2013

Nous avions rencontré Priscilla Moore lors du Salon du livre en 2013, où elle dédicaçait son premier livre, Fêtes et légendes à Kyoto. Cet ouvrage vif et délicat célèbre la nature et les saisons au Japon, avec des dessins colorés aussi éloquents que des paroles. « Au Japon, et particulièrement dans la région de Kyoto, où j’ai vécu, les saisons revêtent une extrême importance. On leur associe des fêtes qui marquent les changements de la nature. » La nature, qui est le premier modèle soumis aux artistes qui s’initient au nihon-ga : cette peinture est obtenue par le broyage de pigments naturels (minéraux et coquillages), dilués dans le l’eau puis liés avec une colle organique issue de gélatine de bœuf ou de lapin. L’artiste fait lui-même son mélange, obtenant des gammes de tons à peu près infinies. L’ensemble est appliqué sur du torinokoshi, un papier épais aux longues fibres, pour un résultat proche de l’aquarelle pour la translucidité, mais au chromatisme beaucoup plus vif et aux traits très précis.
C’est bien sûr au Japon que Priscilla Moore s’est formée, après un parcours original : Française, elle naît et grandit en Grande Bretagne dont elle conserve l’accent, jusqu’à son arrivée à Paris à 19 ans. « J’étais étudiante à l’université de Londres, et je suis venue étudier le théâtre, la littérature, et la civilisation française à l’institut britannique » explique-t-elle. Elle retourne ensuite en Grande Bretagne et décroche un diplôme d’illustratrice à la Norwich University. C’est au cours de ses études qu’elle part au Japon pour la première fois, un pays qui la fascine depuis l’enfance. « Mon oncle était sinophile et parlait la langue, ma tante est bouddhiste, mais moi c’est l’art et la culture japonaise qui m’attiraient. »

Les pigments se lient à la main

Les pigments se lient à la main

De retour en Europe, Priscilla a diversifié les supports et les techniques, avec notamment un travail sur bois et, pour les  illustrations, un recours à la gouache et à l’acrylique. Elle répond également aux commandes des particuliers, et prépare pour Noël une série de mobiles en bois peint. Elle propose aussi, pour les enfants, une série de coloriages à télécharger sur son site. « Je suis intriguée par le travail des enfants, par la façon dont ils perçoivent et représentent les choses » indique-t-elle. L’an dernier, elle a plastifié nombre des dessins de notre concours pour permettre leur exposition sur le stand de l’École des Gourmands. Cette année, pour la deuxième édition, c’est comme membre du jury qu’elle posera un regard bienveillant sur les œuvres…

Tsukimi (lapin de la lune) - CR P. Moore 2013

Tsukimi (lapin de la lune) – CR P. Moore 2013

Depuis Fêtes et légendes à Kyoto, un autre livre a vu le jour, à la rentrée 2014 : Kokekokkõ ! Un ouvrage collectif qui, comme son titre l’indique (il signifie « cocorico ! »), réunit les expériences dessinées de 16 dessinateurs français au Japon en autant de styles et de tons. Chacun présente deux histoires, pour 320 pages de bande dessinée particulièrement réussies. Priscilla a fait le choix de représenter une fête à l’université, et les thermes des babouins… mais c’est pourtant par un chat maneki-neko qu’elle est représentée sur la couverture. Elle s’en amuse : « Je suis une nekozuki, une amoureuse des chats, c’est pour ça ! » Poussés par la curiosité, on l’interroge alors sur son pseudo Twitter, @puri_puri_purin. Et là, devant notre piteuse prononciation, elle éclate de rire : « En fait, ça vient du diminutif de mon prénom en japonais. Là-bas, mon nom se prononce ‘Poulichila’, que l’on abrège en ‘pouli’ ou ‘pouli-pouli’. Mais en français, ça ne produit pas le même effet ! »

Des carpes koi - CR P. Moore

Des carpes koi – CR P. Moore

Certes… Hum, et à part ça, quels endroits aime-t-elle fréquenter à Boulogne ? « Le jardin Albert Kahn bien sûr ! Il me rappelle vraiment le Japon, et c’est là que je me rends lorsque j’ai besoin de me ressourcer et de trouver l’inspiration. Ses plantes, ses arbres, et bien sûr ses carpes sont très proches de ce que j’ai connu. Les carpes koi, multicolores, symbolisent la longévité, la force et la beauté. C’est pourquoi elles sont associées à la fête des garçons et que, traditionnellement, on peut en offrir une à quelqu’un d’important. Aux yeux de certains collectionneurs, elles n’ont pas de prix. »

Cet échange au sujet des carpes nous donne une idée : si vous, lecteurs, parvenez à recenser toutes les couleurs des carpes du jardin Albert Kahn d’ici le 15 décembre prochain, vous pourrez gagner un exemplaire des Fêtes et légendes à Kyoto. Envoyez-nous vos réponses par mail (contact@e-bb.fr) !