quartetIl est des printemps tardifs et certains court-circuitent curieusement l’automne .

C’est ce qui se passe pour Dustin Hoffman qui,  à l’âge où il pourrait se reposer sur ses lauriers s’est lancé avec bonheur dans la réalisation de son premier film : Quartet.
Sur une pièce de Ronald Harwood, Dustin l’américain a réussi une comédie british jubilatoire.
Pourtant avec les éléments de base, ce n’était pas gagné : les pensionnaires d’une maison de retraite à la santé physique et mentale aléatoire, vivent peut-être les derniers moments de cette maison si rien ne vient la sauver de ses difficultés financières. Oui mais voilà, Dustin Hoffman a choisi de bouleverser la donne, loin de donner une image déprimante de la vieillesse, il montre comment les protagonistes de l’affaire la supportent parce qu’ils savent en rire et que malgré vachardises et répliques acerbes, la solidarité joue à fond… « Vieillir ce n’est pas pour les mauviettes » disait Bette Davis.
Bien sûr il y a le ciment qui lie tous ces destins et c’est la musique, beaucoup sont chanteurs d’opéra ou instrumentistes et toujours habités par ce qui fut, pour certains l’unique passion à laquelle ils ont sacrifié tout le reste. « Les œuvres d’art sont d’une infinie solitude, » dit l’un des personnages…
Mais l’art qui a transcendé leur vie, illumine leur vieillesse aussi. On s’attache immédiatement aux personnages, à leur égo surdimensionné de divas, et aux lieux : la maison de retraite, Beecham House, située dans la campagne anglaise baignant dans une lumière automnale de circonstance particulièrement soignée par John de Borman le directeur de la photographie. La musique et les nombreux airs d’opéra savent capter l’attention.
L’arrivée dans l’établissement de la célèbre et capricieuse Jean Horton (magnifique Maggie Smith) bouleverse la vie de la maison et les sentiments de Réginald (Tom Courtenay), son ancien partenaire et ex-mari. Or il s’agit de reformer le célèbre quatuor de Rigoletto, dont Jean fut autrefois la diva assoluta, avec l’ex mari rancunier, Cissy la soprano qui perd un peu la tête (Pauline Collins) et Wilfred (Bill Connolly), le dragueur impénitent au comportement d’ado. Non, ce n’est pas gagné…
Ce qui est acquis, c’est l’émotion devant la force des sentiments et l’amour de la vie manifestés par ces acteurs qui ont l’âge de leur rôle et forcent notre admiration par leur passion intacte pour leur art et leur refus du pathétique.
La dernière bouffée d’émotion saisit au générique final montrant les acteurs du film : musiciens, chanteurs, dans leurs photographies professionnelles d’époque, celles de leur gloire.

On ne peut pas faire plus vrai.

Au cinéma Landowski jusqu’au 16 avril

28 avenue François-Morizet

92100 Boulogne-Billancourt