La lumière vient juste de se rallumer et me voilà de retour sur un siège rouge, tranquillement assise entre deux personnes calmes et souriantes : où suis-je ? Mais ou suis-je donc ?
La tempête Ribadier m’a laissée là où elle m’avait prise ; elle m’a gentiment déposée avant d’aller sévir demain, emportant dans sa belle énergie les rires des spectateurs et le jeu des acteurs. Quelle force ! Et quel plaisir !

Les RIbadier Crédit photo Marthe Lemelle

Ca commence tranquillement, dans des conversations presque banales, ça monte doucement, crescendo, avec des pointes de rage, puis ça lâche et part dans tous les sens, dans un feu d’artifice contrôlé mais explosif tout de même ; cela fuse, monte au ciel, entre à droite, sort à gauche, revient par le devant, les voix montent, se cherchent et se répondent, les corps bougent, gesticulent ou se figent, circulent, se rassemblent et s’éloignent.

Un tourbillon joyeux, furieux, amoureux soulève les mots et transporte les situations. On les entend bien ces mots parfois mitraillés qui rythment le cocasse de situation, jouent avec les personnages et dévoilent les amours, trahisons et petits arrangement. Des mots subtiles, amusés, des mots qui se répondent et s’entremèlent, des mots de farce comme de vie courante : il s’en dit des choses au cours de cette heure et demi de péripéties amoureuses ! Il s’en dit tant et si bien que parfois on se surprend à se dire – et moi, aurais-je pu dire cela ?
Tu m’aimes, pas moi ; tu me trompes, pas moi, ou plutôt si, moi aussi ; il m’aime et alors ? Toi, moi, elle, lui, eux entrent dans la danse et nous invitent à prendre place à notre tour dans la comédie de la vie affective. « Et toi, spectateur, quel est ton système ? » semble nous inviter à penser le couple Ribadier et leurs amis ; ton système pour les petits mensonge, ton système pour vivre ta vie tout en ménageant ta vie de couple ? Allez spectateur, dis-le, ton secret … « Ah non !  » le cri de rage arrive en réponse à cette invitation et nous voilà nous aussi pris dans la tourmente des Ribadier.
Cette pièce est une fantaisie ; cela aurait pu être un drame, elle en a l’intensité et poutant c’est léger ; car rien n’est grave. On épouse un homme en secondes noces pour ne pas rester veuve, car « veuve est un état transitoire », on trompe sa femme discrètement et cela n’est donc pas gênant du tout, on revient du bout du monde pour emporter sa belle mais on est prêt à repartir sur le champs si elle ne veut pas de nous ; et l’on aime ! C’est incroyable ce que l’on aime, comme on se le dit, comme on se le montre, comme les désirs et sentiments sont présents ; que d’émotions, l’affect emporte tout. On vit, on souffre mais rien n’est grave, c’est juste la vie !
La mise en scène parfaitement épurée fait ressortir les personnages dans un décor minimaliste ; leur vie n’en est que plus intense et plus expressive. Les acteurs ont une présence incroyable et nous embarquent avec eux dans ce délire si drôle et si humain – mais au fait, comment font-ils ? Avec une précision remarquable, une énergie époustouflante, une joie communicative ; en parlant avec leur corps, en criant de leur voix, en exprimant très fort ce qui se ressent. On en vient à les envier de pouvoir vivre ainsi à fleur de peau les émotions intimes qui traversent leur âme ; mais n’est pas Ribadier qui veut !
Le TOP ouvre sa programmation de l’année 2012-2013 par cette nouvelle production du classique de Feydeau, « Le système Ribadier ». Pendant tout le mois de septembre, Jean-Philippe Vidal et son équipe ont monté ce spectacle sur cette même scène. Hier c’était la générale, aujourd’hui ce sera la première et la fête Ribadier durera jusqu’au 14 octobre.
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