Après une année bien agitée et un processus de concertation de plusieurs mois, les associations Boulogne Environnement et Action pour l’environnement à Boulogne-Billancourt viennent d’annoncer par communiqué qu’elles retiraient leur recours contre le permis de construire du R4.

La concertation aura payé : après des mois de travail, la SCI R4 et les associations d’environnement boulonnaises sont parvenues à un accord sur ce dossier chaud de l’aménagement de l’île Seguin.

Qu’est-ce que le R4 ?

Le « R4 » désigne un projet d’implantation sur 22 000m² et 7 étages à la pointe amont de l’île Seguin. Conçu par Jean Nouvel, il est la propriété du groupe Natural Le Coultre, entreprise suisse spécialisée dans le stockage et le transport d’œuvres d’art et d’objets de grande valeur. Ce bâtiment monumental est voué à accueillir selon le porteur de projet une « communauté vivante de l’art, » avec des activités d’exposition, de production, de stockage et de vente d’œuvres d’art contemporain.

Pourquoi les associations étaient-elles mobilisées ?

Ce projet d’investissement privé, dont les recettes pour la SAEM et la Ville suscitent encore quelques interrogations, avait obtenu son permis de construire en juillet 2013, en pleine bataille autour du plan local d’urbanisme.

La maquette du R4, conçue et dessinée par Jean Nouvel - CR S.C.Batiactu

La maquette du R4, conçue et dessinée par Jean Nouvel – CR S.C.Batiactu

Pour les associations, qui avaient attaqué le PLU de 2011 devant le tribunal administratif et venaient d’obtenir gain de cause, la mise en compatibilité votée quelques jours plus tôt par le conseil municipal, en vertu de laquelle le permis de construire avait été délivré, n’était pas plus valide. Un nouveau recours, gracieux (i.e adressé directement au maire, responsable du vote et donc susceptible d’amender son texte) puis contentieux (i.e devant le tribunal, faute de réponse au recours gracieux), avait été déposé dans la foulée.
Le R4 se trouvait dès lors pris dans une tourmente plus large, autour de la constructibilité générale de l’île. Quatre associations d’environnement adressèrent de nouveau un recours gracieux au maire, contre le permis de construire litigieux, en corollaire à l’action en cours contre le PLU.
A la veille du démarrage de la campagne municipale officielle, Pierre Gaborit, candidat du PS, lança un appel au sauvetage du « soldat R4, » qui reposait sur des concessions réciproques de la part du maire, de Natural Le Coultre et des associations. Jusqu’en juillet, Pierre Gaborit maintint sa tentative de conciliation, en vain. C’est en termes vifs qu’elle lui fut reprochée lors du dernier conseil municipal. Lors du même conseil, Jean-Michel Cohen, conseiller municipal, avait proposé la nomination d’un médiateur entre les trois parties ; proposition également rejetée avec force par Pierre-Christophe Baguet.

9 mois de concertation entre le R4 et les associations

C’est alors que Nelly Wenger, directrice de la SCI R4, a décidé de prendre les choses en mains, et de passer outre le blocage entre les associations et le maire. Prenant directement contact avec les associations à l’automne 2013, elle a entamé un processus de concertation.
Ses efforts aboutirent au retrait de deux des quatre associations, Val de Seine Vert et Boulogne-Billancourt Écologie en janvier dernier. AEBB et Boulogne Environnement, elles, passèrent au recours contentieux à expiration du délai de réponse au recours gracieux. Leurs présidents s’en expliquent aujourd’hui dans leur communiqué commun : « Nous sommes attachés au droit qui est en effet le seul recours des habitants quand le dialogue constructif ne parvient pas à s’instaurer » a déclaré Agnès Bauche, présidente d’AEBB, avant d’ajouter « Nous n’avons jamais été dans une démarche d’affrontement. » De son côté,

Jean-Christophe Haemmerlé, président de Boulogne Environnement a insisté : « En tant qu’acteurs associatifs, c’est la pertinence d’un projet pour la ville et les Boulonnais qui guide notre action en toute circonstance. Madame Wenger a pu apporter des réponses satisfaisantes à nos préoccupations sur la façon dont le R4 allait vivre et s’insérer sur l’île et au sein de son écosystème. »
Après des mois d’une concertation dont le maire, président de la SAEM, fut singulièrement absent, l’accord entre le R4 et AEBB et Boulogne Environnement vient donc d’être conclu. Il stipule une action conjointe sur les points suivants :

  • la définition d’un catalogue de mesures concrètes pour assurer l’ancrage du R4 dès son ouverture auprès de la population boulonnaise, de GPSO et plus largement francilienne ;
  • l’élaboration d’une offre pédagogique à l’intention des élèves de Boulogne ;
  • une réflexion pour mieux « traduire dans les faits l’ambition de tirer parti du caractère exceptionnel du lieu » ;
  • une réflexion pour rendre accessible une offre culturelle exigeante à un public varié
De gauche à droite, JC Haemmerlé, N. Wenger et A. Bauche

De gauche à droite, JC Haemmerlé, N. Wenger et A. Bauche

Les réactions

Après publication de cet accord, Nelly Wenger s’est dite « profondément heureuse que ce projet culturel exceptionnel ait aujourd’hui l’assurance de se concrétiser. » Elle a salué « l’engagement de chaque partie dans un dialogue riche et constructif, sans que personne ne renonce à ses convictions profondes. »

Dès lors, les travaux vont pouvoir s’engager, Madame Wenger visant une ouverture « fin 2017. »

De leur côté, tout en se réjouissant « du travail de concertation très riche qui a permis […] d’associer dès aujourd’hui les acteurs locaux sur plusieurs aspects du projet, » AEBB et Boulogne Environnement ont souligné qu’elles allaient poursuivre leur action pour l’annulation du PLU voté en 2013 et pour la définition d’un nouveau projet d’aménagement pour l’île. « Nous avons eu la confirmation par notre conseil juridique que les procédures contre le R4 et le PLU sont indépendantes » a expliqué Agnès Bauche.

EDIT 050914 : Le 3 septembre, réagissant à cette nouvelle, Pierre-Christophe Baguet s’est dit « très heureux que l’intérêt général l’emporte. » Pour le maire, ce projet avait « reçu par deux fois la légitimité du suffrage universel : la votation de décembre 2012 et le résultat des élections municipales de mars dernier.«