A une semaine du premier tour des élections régionales le 6 décembre, nous avons interviewé Thierry Solère, tête de liste 92 pour les Républicains-UDI

Les raisons d’une candidature

e-bb : Vous avez démissionné du Conseil municipal, vous ne vous êtes pas représenté aux élections Départementales, et vous voici tête de liste aux Régionales, que s’est-il passé ?

Thierry Solère

Thierry Solère

Thierry Solère : J’ai quitté le conseil municipal en 2012 quand je suis devenu Député et suis l’un des quatre parlementaires de droite à avoir voté POUR la loi sur le non-cumul des mandats. Cette Loi n’instaure pas le mandat unique qui déconnecterais du terrain les parlementaires. Elle stipule qu’un député ne peut pas être maire, président de département ou de région, ou membre de l’exécutif, mais qu’il peut conserver un mandat par ailleurs.
C’est à la demande de Valérie Pécresse et de mes collègues parlementaires des Hauts de Seine que j’ai pris la tête de liste dans le 92 pour participer à la reconquête de l’Ile de France.
Depuis 17 ans, la région est gérée par la gauche, il y a un impératif d’alternance, pour nous Boulonnais, pour les Franciliens, et même pour la France !

e-bb : Emploi, menus végétariens, prisons, sécurité… On vous a vu sur de nombreux fronts ces dernières semaines. Si vous êtes élu en décembre, de quelle mission vous chargerez-vous ?
Thierry Solère :
Il faut d’abord gagner ! Puis ce sera à Valérie Pécresse de définir son exécutif. Sur tous ces sujets, elle fait de vraies propositions, qui ne doivent rien aux circonstances.

Thierry Solère

En campagne à Boulogne

Je prendrai l’exemple de la sécurité. Je viens de consulter la profession de foi du candidat socialiste Claude Bartolone et j’ai été frappé : il n’y a pas un mot sur la sécurité. Et pourtant, la Région a trois grandes compétences : les transports – où la question de la sécurité est une évidence absolue –, la gestion des lycées, et le développement économique, l’emploi et l’apprentissage. Pour moi la sécurité est la première de nos libertés. Elle doit être au cœur de tous les échelons de notre pays. Ce ne sont pas les récents attentats qui me font l’affirmer, c’est une évidence ! Comme tous les autres candidats, nous avons rédigé notre profession de foi avant le 13 novembre ; et vous verrez que Valérie Pécresse a des propositions concrètes et précises sur ce sujet. On peut parler de la vidéosurveillance dans les transports, d’effectifs présents dans les rames pour assurer la sécurité, de la lutte contre la consommation de drogue dans les lycées par la généralisation des tests salivaires et l’information des parents. Pour nous c’est aussi le rôle de la Région.

Une région capitale

e-bb : La région Ile de France va englober la Métropole du Grand Paris, d’après vous comment articuler ces échelons ?
Thierry Solère :
C’est ingérable ! Quand j’ai été élu pour la première fois, en 2001, il existait la ville, le département et la région, et on parlait déjà du mille-feuilles administratif français… Plus vous avez de structures qui gèrent la puissance publique locale, plus c’est inefficace et plus c’est coûteux ! Aujourd’hui de nouvelles feuilles se sont ajoutées, avec les communautés d’agglomération appelées à devenir les « territoires », et la Métropole. Cinq entités, c’est surréaliste ! Si la droite revient aux affaires en 2017, il faudra qu’elle clarifie tout cela, avec une seule logique : de l’efficacité et de l’économie d’argent public. L’argent public est précieux, c’est l’argent du contribuable. On est le pays d’Europe qui dépense le plus pour la dépense publique, et on n’a pas suffisamment de résultats alors qu’aujourd’hui, les classes moyennes sont matraquées par la fiscalité.

Métropole du Grand Paris

La Métropole du Grand Paris (en brun) regroupe Paris et la petite couronne. Sur cette carte de l’atelier international du Grand Paris, la région est figurée en rouge. Les points sont les stations du Grand Paris Express

Il me semble indispensable de simplifier les structures et d’organiser la démocratie locale en deux échelons. Pour la proximité, le maire et son conseil restent la structure à préserver parce qu’il a un lien direct avec sa population qui l’élit : on a une prise sur son maire, on peut le voir, lui faire connaître notre satisfaction ou notre mécontentement. Mais il faut aussi un outil plus large, un second échelon, que l’on peut appeler la région, ou la métropole, chargé d’organiser la mise en commun des politiques publiques au sein d’un territoire. Moi, je n’ai jamais compris qu’on travaille sur le développement économique des Hauts de Seine, et qu’arrivé Porte Maillot, on ne s’y intéresse plus, ça n’a pas de sens !

C’est un débat national qui devra nécessairement avoir lieu en 2017.

 

e-bb : Les maires d’Ile de France, et notamment des Hauts de Seine, ont massivement rejoint le collectif des Maires en colère, qui dénonce la baisse des dotations et la hausse de la péréquation (270 millions pour le FSRIF en 2015 notamment). Comment réagissez-vous à cette mobilisation ?
Thierry Solère :
C’est lié au sujet qu’on vient d’évoquer : l’État a créé de nouvelles structures, et comme il n’a plus d’argent, il en retire aux mairies et aux départements. Ça lui évite de faire lui-même des efforts de gestion. C’est aberrant et on voit bien là l’absence de cohérence et de courage de la réforme territoriale.
Derrière la baisse des dotations, ce sont des politiques publiques qui sont mises en difficulté dans les localités. Le gouvernement peut claironner qu’il va baisser les impôts. Ce qu’il ne dit pas, alors qu’il le sait, c’est que derrière, les impôts locaux vont augmenter parce que beaucoup de maires ne sauront pas faire autrement. C’est très hypocrite !

Le programme de la liste de Valérie Pécresse

e-bb : Quelles sont les priorités de votre liste ?
Thierry Solère :
Aujourd’hui il y a deux grandes priorités en France, qui sont aussi celles de la campagne.
La première est bien sûr l’emploi, en encourageant le dynamisme et la croissance de la Région. L’Ile de France est le poumon économique du pays et pour autant, elle est en régression par rapport aux grandes capitales européennes, parce qu’elle n’a aucune stratégie de développement économique cohérente.

Thierry Solère

Au Diner du Square de l’Avre – 10 octobre 2015

La seconde, c’est le régalien, en l’occurrence d’assurer la sécurité publique. Aujourd’hui, ça prend une tournure particulière, et Valérie Pécresse veut que la région joue tout son rôle pour mettre en œuvre un véritable « bouclier de sécurité ».
Je précise que dans le même temps, on assume de ne pas s’occuper de sujets dont la Région n’a pas à s’occuper : aujourd’hui la région Ile de France dépense près de deux milliards d’euros en subventions diverses, sans critères, dans tous les sens, ce n’est plus possible ! Il faut être économe et transparent, et aider associations et structures avec discernement. Pour l’instant, la Région n’aide pas assez les associations qui luttent contre la toxicomanie, alors qu’elle achète des hôtels particuliers dans le 7ème autour de l’hôtel de région. Valérie Pécresse, elle, prévoit de délocaliser des services en banlieue.

e-bb : L’Ile de France est aussi une région agricole ; que prévoyez-vous pour ce territoire grignoté par l’urbanisation ?

élections régionales

Une terre de contrastes divisée en espaces urbains, naturels et agricoles – CR conseil régional

Thierry Solère : Les Boulonnais et les habitants des Hauts de Seine ne s’en rendent pas très bien compte, mais il est vrai que l’Ile de France compte environ 16 % de territoire agricole, dans les Yvelines ou en Seine et Marne notamment. C’est pour l’instant totalement oublié dans la gestion de la Région.
Nous, nous proposons un pacte agricole, qui repose notamment sur le principe que ces 1/6ème du territoire doivent bénéficier d’au moins 1/6ème des investissements de la Région. Valérie Pécresse est une femme pragmatique, qui a beaucoup travaillé sur les sujets régionaux. Elle a listé cinq ou six grands sujets pour la ruralité, comme par exemple de favoriser les circuits courts pour l’approvisionnement des cantines scolaires.

e-bb : Taxer les poids-lourds en transit, n’est-ce pas une forme d’écotaxe régionale ?
Thierry Solère :
Au niveau national, c’était une bonne idée, le problème, c’est que c’était devenu la taxe de trop. Entre le moment où l’écotaxe a été décidée assez collégialement par la droite et la gauche, et le moment où elle devait entrer en vigueur, la gauche avait tellement matraqué que cette nouvelle taxe, matérialisée par les portiques, était devenue un symbole détestable.
Mais on ne peut pas être un pays avec des règles très contraignantes, et laisser les poids-lourds étrangers passer partout sans rien faire. Ce n’est pas le sujet que je suis le plus, c’est Chantal Jouanno qui s’occupe de ça avec Valérie Pécresse.

e-bb : Un autre Boulonnais figure sur la liste du 92, Pierre Deniziot. Pourquoi l’avoir choisi ?

Pierre Deniziot

Pierre Deniziot

Thierry Solère : Quand nous avons formé notre liste avec Valérie Pécresse, nous voulions lui donner plusieurs caractéristiques : le renouvellement, puisque la moitié des colistiers n’étaient pas candidats en 2010, dont beaucoup issus du privé, branchés sur les réalités. Nous voulions aussi représenter tous les territoires régionaux, et consacrer l’union de la droite et du centre.
Boulogne-Billancourt a besoin de la Région, et je voulais qu’un membre de l’équipe municipale soit présent sur la liste. Je l’ai proposé à Pierre Deniziot, qui est adjoint de Pierre-Christophe Baguet, qui connaît bien la Région, qui avait déjà été candidat en 2010, et que Valérie Pécresse apprécie. Il travaille beaucoup sur les problématiques de handicap, sans idéologie, avec des réponses très concrètes que la Région peu apporter.

e-bb : Nous vous devons beaucoup plus : Que vous évoque votre slogan de campagne ?
Thierry Solère :
Si on cumule la Région et le STIF, on atteint un budget de près de 11 milliards d’euros par an. Sur un mandat, ça fait 66 milliards, abondés par des taxes publiques. Est-ce qu’on a un service public à la hauteur ? Quand je vois les rames annulées, les femmes qui ne se sentent pas en sécurité dans les transports, un lycée à Courbevoie bâti en algeco, je ne me pose plus la question. L’actuel exécutif régional n’aime pas les Hauts de Seine parce que c’est un territoire à droite, et il le fait payer à la population. Quelle vision politique terrible !
Claude Bartolone prétend réparer les inégalités, si depuis 17 ans ce n’a pas été fait, c’est qu’ils sont mauvais, ou qu’ils les enkystent eux-mêmes. Nous, nous voudrions que la Seine Saint-Denis se hisse au niveau de l’Ile de France, et pas le contraire.

Pourquoi aller voter ?

e-bb : Pourquoi aller voter les 6 et 13 décembre ?

Thierry Solère : Pour que cela change en Ile de France et que la Région fasse enfin son travail !

 

The following two tabs change content below.