A une semaine du premier tour des élections régionales le 6 décembre, nous avons interviewé Judith Shan, conseillère régionale sortante et candidate sur la liste du parti socialiste.

Bilan du premier mandat

e-bb : Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ?
Judith Shan :
Je distinguerais le bilan personnel du bilan politique.

Judith Shan

Judith Shan

Ce mandat m’a beaucoup apporté. Lorsque j’ai été élue en 2010, mon groupe au conseil municipal connaissait de vives dissensions, avec des ambitions inavouées qui contrariaient notre travail. Au conseil régional, j’ai rejoint un groupe de 62 élus, impliqués et présents. On n’avait souvent rien en commun, sinon des valeurs, et ça a fonctionné. Des personnalités comme Anne Hidalgo ou Michèle Sabban se sont montrées très bienveillantes à l’égard des nouveaux élus, dont je faisais partie. Certes, d’autres élus de la majorité, comme Cécile Duflot, n’ont jamais pris la peine de dire bonjour, mais dans l’ensemble on a vraiment travaillé dans de bonnes conditions.
Ce n’est pas évident d’être élu régional, on se déplace aux quatre coins du territoire, on n’a pas de bureau, et on doit faire des arbitrages quand plusieurs réunions sont programmées en même temps, ce qui est souvent le cas…

Au plan politique, nous avons tenu notre programme. Notre slogan était « le bouclier social » et nous l’avons respecté, en investissant 1 milliard d’euros dans le logement, alors que ce n’est pas une compétence obligatoire de la Région, en renouvelant le matériel de transport – comme les Boulonnais ont pu s’en rendre compte sur la ligne 9 -, en ouvrant de nouvelles lignes comme le T6, ou en instaurant un quotient familial dans les cantines des lycées. Aujourd’hui, à Boulogne, un repas est moins cher au lycée qu’en maternelle. Nous avons aussi été partie-prenante de la Banque publique d’investissement, et soutenu les PME avec des dispositifs tels que PMup. Le pass Navigo à tarif unique, entré en vigueur à la rentrée, est le point d’orgue de ces mesures en faveur de l’égalité territoriale.
Je veux dire que j’ai beaucoup apprécié la façon d’être du président Jean-Paul Huchon, qui respectait tous les élus, ce dont l’hommage de l’opposition au dernier conseil atteste.

e-bb : Quelle a été concrètement votre action ?

Judith Shan

Bilan de fin de mandat au cours de la campagne des régionales

Judith Shan : J’ai invité les Boulonnais à un bilan de mi-mandat et de fin de mandat, qui récapitulait toutes les actions.
J’étais engagée dans les commissions et les conseils d’administration en lien avec le logement et l’aménagement du territoire.
Au quotidien, j’ai aussi eu un rôle de facilitateur, pour aider des entreprises, des associations ou de petites collectivités à se rapprocher des bons services ou à adopter les bonnes démarches. Toute personne qui me sollicitait obtenait un rendez-vous dans la semaine.
Inspirée par la situation à Boulogne, je suis à l’origine d’un amendement voté en 2012 pour aider à la rénovation des foyers de travailleurs migrants. Cette ligne budgétaire commence à être sollicitée et je m’en félicite.

L'ancienne porte des usines Renault marque l'entrée du futur lycée

L’ancienne porte des usines Renault marque l’entrée du futur lycée

A Boulogne même, je me suis occupée du futur lycée du Trapèze. Sincèrement, si je n’avais pas lourdement insisté, il aurait fini par se faire dans une autre ville, tant la municipalité et Valérie Pécresse, alors secrétaire d’État à l’enseignement supérieur, ont compliqué le dossier : Madame Pécresse insistait pour l’intégration d’une filière post-bac, alors que pour tout le monde, à commencer par les parents, c’est le secondaire qui devait être prioritaire. Le maire, de son côté, s’est distingué par ses exigences : il voulait un bail emphytéotique pour le terrain, alors que partout ailleurs les communes le cèdent à la Région. Ensuite, il a exigé l’ajout au projet d’un gymnase et d’une salle de conférence ouverts au public, ce qui ajoutait des contraintes d’accessibilité supplémentaires. Puis il y a eu des variations quant au patrimoine à conserver. Enfin, alors que la parcelle était déjà exiguë, il l’a amputée pour bâtir une résidence étudiante.
En 2010, le dossier était au point mort, et il m’a fallu deux ans pour convaincre les services de maintenir le projet. Est-ce que j’ai bien fait ? D’un côté, à budget constant (39 millions d’euros d’argent public !), on aurait pu construire un lycée beaucoup plus grand dans une autre ville du secteur, capable d’accueillir 1200 élèves et non 700. D’un autre côté, le quartier en avait vraiment besoin, c’est ce qui m’a décidée.

L’Ile de France, région capitale

e-bb : La région Ile de France va englober la Métropole du Grand Paris, d’après vous comment articuler ces échelons ?
Judith Shan :
Je ne sais pas comment ça va fonctionner. Nous avons fait le choix, au cours de cette campagne, de nous concentrer sur les compétences propres de la Région.
Mais je voudrais tout de même souligner un point : les conseillers régionaux sont élus au suffrage universel direct, et ce sont rarement des maires, sauf dans les petites communes. La logique de la représentation pour la Métropole est tout autre, puisque les représentants des « territoires » seront des élus issus des conseils communautaires, avec des règles de proportions discutables.

e-bb : On a été étonné de voir le président de l’Assemblée nationale, 4ème personnage de l’État, prendre la tête d’une liste électorale. Comment le justifier ?
Judith Shan :
Je ne crois pas qu’il soit le premier. Entre 1998 et 2015, Jean-Paul Huchon a fait de l’Ile de France la première euro-région, ça n’avait pas de sens qu’il fasse un quatrième mandat.
Et face à Valérie Pécresse, qui joue sur sa stature nationale, il nous fallait une personnalité d’expérience, qui ne soit pas trop parisienne. On n’est pas candidat malgré soi, Claude Bartolone sait que c’est un travail de fou de présider l’Ile de France, il s’est engagé avec volonté et conscience.

Le programme de la liste de Claude Bartolone

e-bb : Quelles sont les trois priorités de votre liste ?

Perspective extérieure de la gare Pont de Sèvres. -CR Société du Grand Paris-Agence Duthilleul

Perspective extérieure de la gare Pont de Sèvres. -CR
Société du Grand Paris-Agence Duthilleul

Judith Shan : Sur les 160 propositions de notre liste, je mettrais en avant :

  • Le transport, encore : il faut continuer à améliorer le maillage et à rénover le matériel, faire en sorte que les transports fonctionnent 24h/24, et s’occuper de la mise en place du Grand Paris Express et de ses gares, qui seront de véritables pôles.
  • Les familles : nous comptons mettre en place une autorité pour mieux assurer la répartition des logements, et améliorer le parcours résidentiel tout au long de la vie. Nous prévoyons aussi une aide au logement privé, pour l’adapter aux seniors. Enfin, nous allons encourager l’ouverture de crèches en horaires décalés, adaptées au rythme de travail des Franciliens.
  • La jeunesse : actuellement, il faut 9 ans pour réaliser un lycée. L’objectif est de passer à 6 ans. Nous comptons aussi aider à la mobilité internationale en renforçant Erasmus, et apporter aux jeunes de moins de 25 ans une caution locative, pour les aider à prendre leur envol.

 

e-bb : Les maires d’Ile de France, et notamment des Hauts de Seine, ont massivement rejoint le collectif des Maires en colère, qui dénonce la baisse des dotations et la hausse de la péréquation (270 millions pour le FSRIF en 2015 notamment). Comment réagissez-vous à cette mobilisation ?
Judith Shan :
Que vous dire, qui n’aime pas sa ville ? Je trouve que ces élus manquent singulièrement de courage et de cohérence, alors que ce sont ceux-là mêmes qui vont siéger à la Métropole ! Le FSRIF procède du cruel constat que, sans intervention contraignante, certains problèmes ne se règlent pas. J’ai eu l’occasion de travailler au schéma directeur de la Région en… 1994 : le rééquilibrage Est/Ouest était déjà la grande préoccupation, et rien ne s’est fait, à cause des blocages locaux. Il y a des disparités territoriales énormes en Ile de France, et il n’est pas vrai qu’une ville comme Boulogne par exemple puisse fonctionner correctement en cantonnant toutes les difficultés à ses portes.

e-bb : L’Ile de France est aussi une région agricole ; que prévoyez-vous pour ce territoire grignoté par l’urbanisation ?

élections régionales

Une terre de contrastes divisée en espaces urbains, naturels et agricoles – CR conseil régional

Judith Shan : Je fais partie de l’agence des espaces verts, qui s’occupe notamment de remembrer les forêts de la région, et d’aider les agriculteurs à avoir des terres d’un seul tenant. Cette Ile de France rurale est très proche de Boulogne en fait, juste derrière la Défense !
Le nouveau schéma directeur, adopté en 2014, vise à préserver l’espace rural, et il s’impose aux PLU. Mais, bien sûr, il convient de distinguer les vrais espaces naturels ou agricoles, des friches urbaines coincées entre trois autoroutes qu’on ne peut qu’aménager.
La Région se veut aussi un acteur de l’économie de ces territoires, nous soutenons les maraîchers, il existe un label « Saveurs d’Ile de France » et dans les marchés publics, nous introduisons des clauses pour favoriser les circuits courts.

e-bb : Une Ile de France humaine : Que vous évoque votre slogan de campagne ?
Judith Shan :
Je crois que ça prend tout son sens aujourd’hui. Il faut préserver des relations apaisées entre les Franciliens et les différents acteurs de la vie régionale. Ce slogan, c’est la promesse que toutes ces choses hyper-techniques, faites de ratios et de pourcentages, qui échoient à la Région, seront exécutées au prisme de nos valeurs communes.

Pourquoi aller voter

e-bb : Pourquoi aller voter les 6 et 13 décembre ?

Judith Shan

En campagne à Boulogne

Judith Shan : Quel que soit le choix fait, il est l’expression de la démocratie. Je voudrais rappeler qu’il y a en jeu l’exercice d’un pouvoir, qui, quoi qu’il arrive, reviendra à quelqu’un. Celui de dépenser 5 milliards d’euros par an. Il nous appartient, en prenant part au vote, de lui donner sa légitimité.
Les listes en présence ont des visions très différentes de ce qu’on peut en faire, oubliant parfois que l’international ou la sécurité ne sont pas des compétences régionales…

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