Au moment d’évoquer les principaux enjeux de l’élection régionale, nous avons eu la surprise de constater que tous les candidats présents avançaient les mêmes priorités pour l’Ile de France. Le tableau aurait peut-être été différent en présence de candidats de la liste de Valérie Pécresse, mais voici ce qui ressort de notre rencontre avec des représentants des listes PS, MoDem, Front de Gauche et Europe Ecologie.

Après être revenus sur les origines de leur engagement, dans l’atmosphère paisible du Bistrot 19, les candidats boulonnais aux régionales ont abordé les points clés de leur programme.

Alain Mathioudakis, le soleil dans l'oeil

Alain Mathioudakis, le soleil dans l'oeil

Contre toute attente, la question des transports n’a été évoquée qu’en toute fin, avec une opposition certaine entre Sylvain Canet (défavorable au péage urbain) et Alain Mathioudakis et Thierry Guigui (favorables à cette mesure). Sans nier l’importance du sujet qui fait l’essentiel des débats entre têtes de liste, nos invités ont souligné que la rencontre du 27 février avait été l’occasion de montrer qu’il « existe d’autres enjeux que les transports dans la Région » (A. Mathioudakis).

Et tous se sont en effet retrouvés sur un constat d’« urgence sociale » (J. Shan), aux plans de l’emploi et de la création d’entreprise, du logement et de la formation, auxquels Alain Mathioudakis a ajouté la question de l’accès au droit, qui a emporté l’assentiment général. De cette notion d’urgence découle pour eux la nécessité de traiter ces problèmes en priorité à l’échelle du Conseil Régional.

C’est là que l’unanimité prend fin, les représentants des différentes listes opposant alors leur vision des choses.

Sylvain Canet, entre deux discussions

Sylvain Canet, entre deux discussions

Revenant sur la question de l’emploi, si tous s’accordent sur le rôle essentiel joué par les PME, ils divergent sur le niveau d’action. D’après Sylvain Canet, il faut agir au niveau des entreprises mêmes, ce que le MoDem se propose de concrétiser au moyen du  « contrat d’embauche sans crainte ». Pour Alain Mathioudakis en revanche, il revient aux collectivités locales de favoriser l’implantation de PME, car leurs besoins se résumeraient en trois points : un capital, des locaux et des clients. Il s’inquiète à cet égard que le projet de seconde zone artisanale à Boulogne Billancourt « semble enterré », et doute de la pertinence d’un aménagement massif de bureaux à l’heure où se développe le télétravail. Olivier Kalousdian, de son côté, reconnaît les limites des pouvoirs publics, dès lors que les banques ne jouent pas le jeu : « le principal obstacle à la création d’entreprise, dit-il, c’est le capital ». D’où l’idée des Verts de faire pression sur les banques en conditionnant la clientèle du Conseil Régional à leur comportement en la matière.

Olivier Kalousdian, souriant

Olivier Kalousdian, souriant

Leur opposition se porte également sur la question du logement. Le mal-logement, et la distance considérable qui sépare nombre de Franciliens de leur lieu de travail, les préoccupent tous. Thierry Guigui donne l’exemple par excellence des infirmiers et des aides-soignants que l’on ne parvient pas à loger à proximité d’Ambroise Paré, ce qui en réduit le nombre, et Olivier Kalousdian revient sur le cas de la France Mutualiste, un environnement « stressant et oppressant » pour les habitants, à l’instar de tant d’autres. Sylvain Canet, quant à lui, ne peut s’empêcher de rapprocher les chiffres des demandeurs de logement de ceux des logements vides dans la Région, tout en reconnaissant que l’équation n’est pas si simple. Alain Mathioudakis explique pour sa part que la question du logement est en grande partie à l’origine de la constitution d’une liste Verts autonome de la liste socialiste. Il ne pardonne pas à Jean-Paul Huchon d’avoir laissé les deux départements les plus riches de la région (le 78 et le 92) ne pas rejoindre l’établissement public régional. En filigrane, se dessinent deux modes d’action distincts sur la question du logement : de toute évidence, les Verts et le Front de Gauche sont favorables à une politique de contrainte exercée sur les collectivités locales, alors que le PS et le MoDem préfèrent une politique de régulation et d’incitation. Judith Shan explique ainsi que sa liste projette de passer un « pacte régional avec les maires bâtisseurs », sous la forme d’un soutien financier aux équipements, tandis que Sylvain Canet expose le projet d’un Office régional de l’habitat, où dialogueraient propriétaires et demandeurs de logements. Comme Olivier Kalousdian, il affirme l’impérieuse nécessité de lutter à l’échelle régionale contre la spéculation immobilière.

Judith Shan, attentive

Judith Shan, attentive

Plus globalement, Judith Shan a rappelé que le budget de la Région n’était pas illimité, et qu’il fallait donc agir avec les moyens juridiques et financiers disponibles. A cet égard, elle a donné deux exemples : on répète à l’envi que l’éducation est le premier poste budgétaire de la Région, mais on oublie de dire que c’est également le premier amputé… Dans le même temps, on observe que le Conseil Régional tend à s’acquitter d’une compétence optionnelle, la culture, si bien que les collectivités locales ont pour leur part tendance à « se défausser » de cette prérogative sur la Région. On comprend à ces mots qu’elle aimerait voir le Conseil Régional se recentrer sur ses principales missions.

Thierry Guigui, sérieux

Thierry Guigui, sérieux

Le mot de la fin est revenu à Thierry Guigui. Il a pris acte du constat partagé, qui différencie d’après lui les candidats présents lors de la rencontre des candidats absents. A cet égard, il évoque le décalage qui existe selon lui entre le programme de Valérie Pécresse et la réalité des problèmes à traiter, donnant l’exemple des lits disponibles à l’hôpital : comment veut-on, demande-t-il, que des personnes âgées, les premières concernées, consultent sur Internet la disponibilité des lits dans les hôpitaux de la Région ?

Et avant même le premier tour, s’adressant à tous les présents, il a appelé à préparer le rassemblement du second tour.