Le 27 février, l’e-bb a organisé une rencontre avec les candidats boulonnais aux élections régionales. Presque tous ont répondu à l’appel, et nous ont consacré trois heures de discussion passionnante. Ce fut l’ occasion de découvrir ces hommes et ces femmes qui ne font pas de la politique un métier, qui ont une génération et des références en partage, et qui n’hésitent pas à évoquer leurs points de concorde comme leurs divergences. Première étape de la rencontre : chaque rédacteur de l’e-bb présent propose le portrait de l’un des invités…

Sylvain Canet

Tout de noir vêtu, comme à son habitude, Sylvain Canet évoque les origines de son engagement. Elles remontent loin, dans le milieu familial de son enfance. Ses parents, « plus proches de Mendès-France que de De Gaulle », se sont impliqués à leur échelle dans les combats des années 1960 : contre la guerre d’Algérie, contre le coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973, ils accueillirent aussi des réfugiés politiques… Avec un sourire, Sylvain Canet explique qu’à l’époque, il était plus intéressé par les petites voitures que par les discussions enflammées autour de la table. Mais irrésistiblement, cette culture familiale a fait son chemin, et dès le collège, mine de rien, il plante son premier piquet de grève.

Longtemps, l’action et l’engagement tels qu’il les conçoit ont été dissociés du champ politique. Faute de trouver « chaussure à son pied » parmi les représentants du pouvoir, il inscrit ses propres activités dans la sphère associative. Comme Alain Mathioudakis également présent autour de la table, il évoque les guerres des Balkans comme l’une des grandes causes pour lesquelles il se soit battu : en France, il s’est impliqué dans l’accueil des réfugiés et, missionné au Kosovo juste après la guerre, il y a piloté la reconstruction d’écoles et d’un lycée français.

« Je suis quelqu’un qui a envie d’agir », résume-t-il. Cette soif d’action se traduit par de nombreuses initiatives visant à encourager le dialogue et la créativité dans l’engagement, ce qu’il appelle la construction collaborative. Il a en effet remarqué la difficulté que ressentent certains à exprimer leurs idées et, d’une manière générale, la difficulté qu’il y a à articuler des idées et des modes d’actions suggérés par des personnalités issues de mondes différents, comme autant de « bulles ». Lui cherche toujours à accorder les bulles. Il est heureux d’avoir vu aboutir cette démarche de construction collaborative sur différents projets qu’il a menés : le conseil scientifique de l’UNESCO, la Cité des Savoirs du XXIème siècle pour l’île Seguin, ou encore le programme de la campagne municipale de 2008.

Les campagnes électorales, on y vient. Ce qu’il appelle son « déclic politicien » s’est déclenché en 2007, lors de la présidentielle. Il a alors vu dans François Bayrou « un homme qui prenait un risque énorme », parce que, à contre-courant des tendances, il faisait le choix de promouvoir un parti indépendant, préliminaire au rassemblement. « Je n’aurais pas pu adhérer à l’UDF, explique-t-il, parce que l’UDF faisait partie d’un clan ». Mais il trouve dans le MoDem son idéal politique.

Ce passage au politique n’est pas allé sans heurt et désillusion : tout comme Judith Shan, il évoque à sa façon les préjugés et les changements de comportement qui ont accompagné son engagement politique. Revenant sur son projet de Cité des Savoirs à Boulogne Billancourt, il explique ainsi comment, du jour au lendemain, des personnes avec qui il avait l’habitude de travailler ont pris leurs distances, rendues méfiantes par « son étiquette politique ».

On touche ici à l’un des grands thèmes de notre rencontre, la représentation et le statut de l’homme politique dans la cité. Nous aurons l’occasion d’en reparler.