Rencontre avec Isabelle Le Nouvel auteure de Big Apple créé au Théâtre de l’Ouest Parisien du 9 au 16 janvier prochain dans une mise en scène de Niels Arestrup et interprété par Marianne Bassler et Christophe Malavoy.

Au théâtre, Isabelle Le Nouvel a interprété des personnages de Shakespeare, Racine, Victor Hugo, Tchékhov, Pirandello, Marguerite Duras… et des contemporains. Au cinéma et à la télévision, elle a notamment travaillé avec les réalisateurs, Patrice Leconte, Alain Soral, Michel Boisrond, Niels Arestrup, Jean Marbeuf…

Isabelle Le Nouvel   cr photo  Artmédia - Unifrance

Isabelle Le Nouvel cr photo Artmédia – Unifrance

Elle a écrit un court métrage en 2009  L’invitation, réalisé par Niels Arestrup et interprété avec Guillaume Gallienne ; elle a écrit et réalisé La tête de l’emploi avec, Gisèle Casadessus et Isabelle Sadoyan, en 2010.
Elle a donc déjà accompli un parcours très complet, avant de se lancer dans l’aventure de l’écriture de Big Apple, pièce qui sera créée au TOP en janvier 2014, dans une mise en scène de Niels Arestrup, interprétée par Marianne Basler et Christophe Malavoy.

 e.bb.info : Actrice, puis réalisatrice vous voilà auteure ; considérez vous cette évolution comme une progression  irréversible. ?
Isabelle Le Nouvel :  Il ne s’agit évidemment pas d’un « plan de carrière », ni de renoncement au rôle d’interprète. Mais je suis heureuse d’avoir pu explorer ces diverses facettes. Elles convergent vers un seul but, capter des spectateurs pour lesquels le théâtre est un tout, une continuité entre l’écriture, la mise en scène, l’interprétation. Je ne hiérarchise pas ces différents rôles, mais je me mets ainsi plus aisément dans la peau des comédiens qui vont jouer mon texte. J’ai déjà  beaucoup coupé dans mon projet initial.
Je travaille un peu comme un sculpteur qui coupe, rogne sa matière pour être au plus près de la forme voulue. C’est aussi un texte sur le silence, le non dit, sur ce qu’on n’a plus envie ou plus le courage de dire, parce qu’on s’est laissé un peu enfermer dans la routine quotidienne. Jusqu’à ce que survienne l’impensable, la maladie qui oblige à redonner du sens à notre vie, réveiller la torpeur du quotidien, retrouver l’urgence de vivre. Il faut parfois très peu de mots pour exprimer un sentiment universel. Nos deux personnages vont avoir quelques apartés avec le public, le prendre à témoin de ce qu’ils vivent.
Nous en sommes aux premières répétitions qui me permettent de donner quelques éclairages aux comédiens, voire modifier quelques expressions.

e-bb. info : Pourquoi Big Apple ?
Isabelle Le Nouvel : Visiter New York est un vieux projet, pour ce couple. Toujours repoussé, jamais réalisé, comme toutes ces choses qu’on remet au lendemain parce que rien ne presse. Nos deux personnages Brod et Syst s’aiment, mais n’ont plus vraiment l’occasion de l’exprimer. Quand arrive la lettre du laboratoire annonçant clairement que l’espérance de vie de Brod ne dépassera sans doute pas quelques semaines. Ils auraient pu se contenter de prolonger un peu leur quotidien, y introduire quelques séances de chimiothérapie, se lamenter sur leur sort, en attendant l’inéluctable.
Ils choisissent au contraire de réagir de manière très positive. Cette échéance annoncée ne doit pas être celle d’une déchéance. Jamais il ne se plaint, jamais elle ne le plaint. Lui qui était facilement râleur contre les petits désagréments de la vie quotidienne, retrouve un humour, longtemps enfoui. En cela la pièce n’est pas tragique, comme le thème aurait pu l’inspirer. On sourit souvent devant cette urgence à vivre, cette démesure de l’amour qui transcende les derniers jours de ce couple.
Le jeu, très pince sans rire, ce détachement ironique de Christophe Malavoy, contribue à détendre l’atmosphère, à transformer ce projet de voyage en instant de grâce et non pas un prélude à la mort.
il n’est jamais trop tard, tant que la vie leur offre ce cadeau, longtemps ignoré : être ensemble. Ils se fixent l’ objectif de visiter ensemble New-York, cette Big Apple  particulièrement tonique.
e-bb info  : Les Boulonnais et le public habituel du TOP, sont flattés d’avoir été choisis pour la création de votre pièce. Mais pourquoi ce choix ?
Isabelle Le Nouvel : J’ai parlé de ce projet à Guillaume Gallienne qui l’a montré à Olivier Meyer, directeur du TOP. Celui-ci a bien voulu me donner ma chance. Il avait déjà donné carte blanche à Guillaume Gallienne, pour qu’il crée, à Boulogne Les garçons et Guillaume, à table !  C’est plutôt de bon augure ! (rires)

Christophe Malavoy et Marianne Bassler   cr Marthe Lemelle

Christophe Malavoy et Marianne Bassler cr Marthe Lemelle

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Un climat actuel, plutôt morose, suscite une frilosité certaine chez les responsables de théâtres qui hésitent à présenter des créations dont ils ne sont pas certains de l’accueil de publics exprimant plutôt un besoin de divertissement.
Olivier Meyer a toujours su prendre des risques calculés en pariant sur la curiosité, et le goût du théâtre des différents publics du TOP.
Avec un sujet très fort, un metteur en scène et des acteurs prestigieux, jouer Big Apple est certainement un pari gagnant. Il devrait inciter d’autres directeurs de théâtres, à Paris et en régions, à suivre l’exemple d’Olivier Meyer, pour le plus grand profit de la création théâtrale.

« Big Apple »
Mise en scène Niels Arestrup,  avec Marianne Basler, Christophe Malavoy.
Jouée au « Théâtre de l’Ouest Parisien » (T.O.P), à Boulogne- Billancourt
du 9 au 16 janvier 2014

 

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Gilbert Veyret

Gilbert Veyret

Il pensait ne rester que peu de temps à Boulogne-Billancourt. Cela fait plus de 40 ans que ça dure. 5 de ses petits enfants y vivent. Il commence donc vraiment à se sentir Boulonnais et à en connaître les contours ! Mais il aime aussi en sortir (Bordeaux, en arrière plan)