Ce soir, la librairie Les mots et les choses avait convié ses lecteurs à une rencontre avec l’éditeur Olivier Gallmeister, des éditions éponymes. Une heure et demie de passion autour d’une littérature américaine bien loin des sentiers battus !

Olivier Gallmeister et Benjamin Cornet

Olivier Gallmeister et Benjamin Cornet

Fondées en 2005, les éditions Gallmeister publient exclusivement de la littérature nord-américaine et les mille-et-une facettes qu’elle peut receler : « Les deux premiers livres que j’ai publiés devaient représenter le projet de la maison, dans toute son étendue. Il y a donc eu 25 ans de solitude de John Haines et Le gang de la clé à mollette d’Edward Abbey » raconte Olivier Gallmeister. Soit un récit dans l’immensité de l’Alaska, écrit par un professeur de poésie qui y fut 25 ans trappeur, et une fiction à la limite du polar, sur un quatuor décidé à épurer le désert de l’Ouest américain de ses firmes industrielles…

Interrogé sur son parcours, l’éditeur décrit à la fois son cheminement intellectuel et professionnel.

Gallmeister 2Lui qui a toujours voulu travailler dans le monde de l’édition a dû se rabattre sur le contrôle de gestion, et a fait de la lecture son échappatoire. Tôt venu à la littérature américaine en anglais, il s’en éprend absolument : « J’ai développé un goût pour cette langue, et pour la vie décrite dans cette littérature. Une vie que je n’avais pas. » Plus tard dans la soirée, il développe sa fascination pour ce sous-continent : « Les grandes mégalopoles sont toutes les mêmes, c’est effrayant  ! c’est Blade runner ! Les Etats-Unis qui m’intéressent forment un monde à part, ce sont des zones, géographiques et climatiques, d’une étendue qu’on ne mesure pas.  A titre d’exemple, le Montana, c’est plus grand que l’Allemagne, mais ça compte 900 000 habitants, contre 80 millions en Allemagne ! » Outre ces grands espaces, pour Olivier Gallmeister il existe une véritable écriture américaine, avec des genres associés. Et d’évoquer les paysages bien sûr, mais aussi la violence, qui a accompagné l’histoire du pays, la religion, et « la naïveté, au sens premier du terme, de ces auteurs dans leur rapport à la littérature et à l’écrit. » Un rapport loin de la valeur monumentale que notre culture française attache à la littérature. « Un jeune auteur américain va oser écrire un premier roman de 450 pages, qui brasse la guerre de Sécession, le racisme et une histoire d’amour » évoque-t-il, admiratif. Un souffle qui rappelle les grands auteurs du XIXème siècle, et que l’on ne trouve plus, d’après lui, dans la production française : « On a des gens qui écrivent très bien en France, mais qui sont totalement dépourvus d’imagination. Or, pour moi, c’est la première leçon de l’écriture. »

Gallmeister 4De là, peut-être, la différence de statut entre un auteur français et un auteur américain : « En France, l’auteur appartient à notre univers mental, c’est le rêve français ! Aux États-Unis, on prendra en considération l’auteur qui gagne beaucoup d’argent, parce que ça veut dire qu’il est bon dans son job. » C’est pourquoi les auteurs qu’il fait venir sont si agréablement surpris d’échanger avec leurs lecteurs français. Les circuits sont également différents : pas un auteur sans agent, ce qui, d’après Olivier Gallmeister, est une chance. Il a un interlocuteur pour les contrats, et peut se consacrer à la littérature avec ses auteurs. Des auteurs qu’il a à peu près tous rencontrés, et qu’il apprécie tous : « Ma sélection est toujours une rencontre, et c’est toujours un hasard. » commente-t-il, avant d’expliquer qu’il choisit les livres qui lui plaisent – 1 sur 10 en moyenne – sans considérations commerciales. « Mais quand j’ai acheté un livre, je suis prêt à tout pour le vendre ! »

Ces deux faces de l’éditeur étaient bien perceptibles ce soir, Olivier Gallmeister alternant les informations extrêmement précises sur l’économie du livre, l’articulation poche/grand format ou la géographie de la traduction, les envolées à la gloire d’un roman, de l’un de ses traducteurs, ou bien la pointe infaillible contre un phénomène de mode – « Aujourd’hui, même Odile Jacob fait du western ! »

Encore une très belle rencontre, donc, qui ouvre au lecteur curieux des perspectives à peu près infinies de découvertes…