Les 13 et 20 octobre prochains, les Boulonnais sont invités à désigner la tête de liste PS aux municipales lors de primaires ouvertes. Mercredi soir, la salle des Fougères était comble pour accueillir la rencontre avec les 3 candidats.

Salle comble aux Fougères pour le débat

Salle comble aux Fougères pour le débat

Parmi les présents, des militants, des sympathisants, des curieux, des représentants d’associations de parents d’élèves, d’environnement et d’aide au logement, des représentants d’autres partis politiques, et la tête de liste PS à Issy-les-Moulineaux, Thomas Puijalon.

Durant deux heures, les trois candidats aux primaires, Judith Shan, Pierre Gaborit et Vincent Guibert, ont répondu aux questions de la salle, sous le chronomètre vigilant de Laurent Michon, président du conseil fédéral du PS92.
Cet exercice a permis de dessiner tout à la fois le socle commun et les nuances que chacun des impétrants pourrait y apporter.

Présentation des candidats

Trois candidats, trois présentations de soi, selon leurs convictions profondes et leur stratégie de campagne.
On en a retenu trois formules : « Je suis avant tout un militant et je veux être utile à ma ville, celle à laquelle j’ai consacré un temps considérable » (Pierre Gaborit), « Je suis une citoyenne avant tout, et je veux résorber le cisaillement historique et physique de la ville » (Judith Shan), « Je suis un acteur économique lambda ; pas besoin d’avoir été ministre des Finances pour bien gérer Boulogne » (Vincent Guibert).

Les logements

Présenté comme une priorité par deux des candidats (Shan et Gaborit), le logement fait l’objet d’analyses et de projets très différents.

Le Trapèze, vaste périmètre de logements neufs.

Le Trapèze, vaste périmètre de logements neufs.

Pierre Gaborit entend restaurer le ratio « 2 pour 1 » (2m² de logements pour 1m² de bureaux) en aménageant 50 000m² de logements sur l’île Seguin (dont 15 000m² de logements sociaux), en révisant dans la mesure du possible l’aménagement du Trapèze Est et en requalifiant nombre de bureaux vides en logements. Une opération facilitée par le fait que beaucoup de bureaux occupent les rez-de-chaussée d’immeubles d’habitation. Au passage, il a dénoncé la politique de Jean-Pierre Fourcade puis de Pierre-Christophe Baguet qui auraient accru le déséquilibre en construisant trop de bureaux sur le Trapèze.
Vincent Guibert s’est concentré sur la question du logement social. Estimant impossible d’atteindre les 30 % légaux en un mandat, il pense en revanche possible d’atteindre le seuil des 20 % en prévoyant la construction d’une centaine de bâtiments de 7 à 8 étages. « Rapporté à l’échelle de la ville, ça fait un immeuble par rue » Pour lui, il est trop tard pour toucher aux terrains Renault.
Judith Shan a proposé une autre vision du ratio, inspirée du travail du Conseil Régional dont elle est membre : non plus considérer les surfaces, mais la répartition. Ainsi, dans les Hauts de Seine, le bon ratio serait de 2,2 logements pour un emploi. Se focalisant ensuite sur Boulogne, elle a rappelé qu’il s’y trouvait 3 000 personnes en situation de mal-logement, et dans le même temps, 1 000 logements vacants en permanence. Son projet consiste à promouvoir le partenariat avec les propriétaires de ces logements, par le biais de structures type Solibail, ou bien de conventions avec des associations.

Interpellés sur les besoins de rénovation de grands ensembles existants, les candidats n’ont pas pris d’engagement. Vincent Guibert s’est contenté de rappeler que la rénovation du Pont de Sèvres était en cours, « probablement au détriment du square de l’Avre, » tandis que Pierre Gaborit a confirmé la nécessité d’une isolation thermique et sonore dans ces ensembles, ainsi que la création d’animations au square de l’Avre.
On aurait pu attendre un peu plus sur ce sujet : la rénovation du Pont de Sèvres, programmée de longue date, est en partie financée par l’ANRU et a pris beaucoup de retard (du déblocage du dossier en 2008 à aujourd’hui, l’opération est loin d’être terminée). Le PNRU arrivant à échéance cette année, quelles pistes sont envisagées pour poursuivre la rénovation des quartiers ?

Les relations entre la Ville et les autres degrés de collectivités

La communauté d’agglomération GPSO a fait ce soir-là l’unanimité contre elle.

« Entre-soi de maires de droite » pour Vincent Guibert, « écran de fumée » pour Pierre Gaborit, notre EPCI aurait surtout le tort d’être mal organisée, et mal articulée avec les conseils municipaux. Pour Judith Shan, GPSO serait ainsi dotée d’un « statut ambigu. » Elle a pointé un problème de gouvernance en rappelant que des délibérations passaient d’abord en conseil communautaire avant d’être présentées au conseil municipal. Tous trois ont dénoncé le mauvais traitement des problèmes de proximité Judith Shan s’interrogeant : « Est-ce qu’elle n’en est pas capable ou pas encore capable ? » tandis que Vincent Guibert tranchait en prônant leur relocalisation. C’est Pierre Gaborit qui s’est montré le plus radical, décrétant : « Il faut tout reprendre à GPSO ! » (comprendre : toutes les compétences déléguées par la Ville).

Les 7 communes actuelles de GPSO - source GPSO

Les 7 communes actuelles de GPSO – source GPSO

La loi sur Paris-Métropole, votée début juillet, est venue compliquer le débat. Les candidats se sont montrés prudents.
Pierre Gaborit a rappelé que le texte était toujours en navette, donc susceptible de changements. En gros pour lui, se redessine l’ancien département de la Seine, subsumant sans les supprimer les départements actuels. Pour lui, la loi est bonne pour mutualiser le problème du logement, mais si d’une part on ne supprime pas les départements, et si de l’autre on n’encourage pas la formation d’EPCI d’environ 300 000 habitants, on s’expose à « une concurrence absurde de pouvoirs » non clarifiés. En l’état actuel, la structure lui fait peur, « ce serait GPSO en pire » ; prenant l’exemple du PLU commun, il a estimé que la plus grosse commune dicterait sa loi.
Judith Shan est restée partagée, dénonçant d’une part l’empressement avec lequel la majorité municipale avait adopté un texte de défiance dès le 4 juillet, sans pour autant défendre expressément la loi. Et pour cause, elle redoute elle aussi une complexité de fonctionnement due à la tension entre la loi de décentralisation et la clause de compétences générales dévolue aux communes, et ce nouveau bloc de 124 communes à fiscalité propre. Elle a rappelé que les principaux chantiers de Paris-Métropole porteraient sur les transports, les investissements et les emplois, tout en soulignant qu’à sa manière, GPSO était déjà la démonstration d’un fonctionnement extra-départemental (Vélizy, membre en janvier prochain, est une commune du 78, ndlr).
Le plus favorable au projet en l’état est Vincent Guibert, qui y voit lui aussi une bonne façon de traiter la question du logement. Il envisage même – « on peut toujours espérer » – d’y trouver une solution pour régler la dette de la SAEM. Paris-Métropole aurait de surcroît l’intérêt de limiter l’action de GPSO. Se défiant lui aussi du mille-feuille en perspective, il a évoqué le sort des salariés de toutes ces collectivités, optant donc pour une disparition à terme, mais planifiée, des départements. Sur l’état d’avancement du texte, il a ajouté : « C’est à nous de faire vivre le dialogue et de faire remonter le message. »

Aucun des candidats n’était à l’aise sur cette question : parce que la réforme des collectivités est en cours et donc incomplète donc difficile à apprécier, et parce que Paris-Métropole, avec toutes ses incertitudes, est un projet de l’actuel gouvernement. Les critiques à l’égard de GPSO semblent relayer l’opinion générale, mais peut-on « tout lui reprendre » ? Sa dimension fiscale notamment, plutôt défendue par les maires actuels, a été totalement occultée. Mener l’audit de ses dysfonctionnements comme de ses avantages serait peut-être un bon premier pas.

Ile Seguin et grands projets d’aménagement

On ne pouvait éviter l’île Seguin en une pareille soirée.

Le "projet 2" avec une seule tour, vainqueur de la consultation

Le « projet 2 » avec une seule tour, vainqueur de la consultation

Vincent Guibert a d’abord ironisé sur la succession des comités Théodule et néanmoins ad hoc en charge des projets, avant de dresser un état des lieux : va pour la cité musicale de la pointe aval, regardons-y à deux fois pour le R4 sur la pointe amont, et surtout évitons d’aménager une « Défense bis » au centre de l’île, qui pourrait plutôt accueillir des équipements publics.
Pierre Gaborit est allé jusqu’à chiffrer son propre projet : pas question de toucher aux pointes, déjà engagées, et ce bien que le prix de vente au R4-Natural Le Coultre lui paraisse très bas (1 000€ du m²). Lui veut se concentrer sur les 70 000m² du centre de l’île, répartis entre 50 000m² de logements, 14 000m² d’espaces verts et 6 000m² de commerces. Tout compris, l’aménagement de l’île coûterait alors 210 millions d’euros à la SAEM, qu’il pense compenser par les droits à construire. « Il n’y aurait pas de bénéfice, mais les opérations d’aménagement ne sont pas là pour générer des bénéfices. »
Pour Judith Shan, il conviendrait de repartir du PLU de 2004, non litigieux, et de remettre en question le financement par les Boulonnais de projet d’ambition internationale. Paris-Métropole pourrait apparaître comme une piste de financement et de maîtrise d’ouvrage. Elle a également mis en garde contre un miroir aux alouettes : »7 hectares, c’est alléchant, mais ça ne suffira pas à installer tout ce qui manque dans la ville. »

Le ville ne se limitant pas à cette île, d’autres projets ont été présentés, notamment Marcel Sembat.

Marcel Sembat mercredi soir. On n'aurait pas aimé être à la place du policier.

Marcel Sembat mercredi soir. On n’aurait pas aimé être à la place du policier.

Vincent Guibert souhaite mener sur la place et ses axes comme sur la route de la Reine une « stratégie de dissuasion » à l’encontre des automobilistes qui traversent la ville. « Je veux donner la priorité aux Boulonnais » a-t-il déclaré. Concrètement, il s’agirait de passer de 4 à 3 voies sur la route de la Reine en utilisant la place dégagée pour les circulations douces et des aires de dépose-minute. Par ailleurs, il s’agirait de rendre la Grand-Place entièrement piétonne, voire d’étendre la zone à un tronçon du boulevard Jean Jaurès. « Nous sommes la seule grande ville sans zone piétonne » a-t-il souligné. Sur la place Marcel Sembat enfin, il faudrait installer un transport en site propre allant jusqu’au T2 à Meudon, et revoir l’itinéraire du SUBB pour en faire un trèfle, plutôt que la boucle actuelle.
Pierre Gaborit et Judith Shan se proposent quant à eux de prolonger le tunnel Leclerc/Vaillant qui traverse la place Marcel Sembat approximativement jusqu’aux rues Legrand et Desfeux afin de rendre la surface aux piétons et usagers des circulations douces. On ne pourrait donc plus déboucher sur la place en venant de ces avenues, majoritairement empruntées par des automobilistes qui traversent Boulogne pour rejoindre Paris. Dans l’autre sens, les boulevards Jean Jaurès et République s’ouvriraient de nouveau à une double circulation.

Ces voies étant en partie régies par le département, ces idées sont-elles réalisables ? Dans quel délai ? Particulièrement sur des projets d’investissement lourds, on attend le chiffrage, amorcé par Pierre Gaborit pour l’île Seguin, avec intérêt.

Sécurité

Les trois candidats se sont prononcés en faveur d’un retour de la police de proximité. Pierre Gaborit a insisté sur l’ouverture de permanences de police ouvertes 24h/24 et Judith Shan sur l’évaluation des moyens humains et techniques (sachant qu’une caméra coûte 5 000€ par an, que peut-on faire avec ? Et que peut-on faire avec un humain pour le même prix ?). Vincent Guibert est favorable à la vidéo-surveillance et souhaite la présence de la police dans le nord de la ville les soirs de match. Au-delà, il a été rappelé que l’insécurité ne se trouvait pas forcément là où on croyait l’avoir identifiée, et qu’il ne fallait pas laisser de côté la sécurité routière (en lien avec l’aménagement des grands axes).

Économie et emploi

Avec des mots différents, les trois candidats ont présenté peu ou prou les mêmes idées : une pépinière d’entreprises (Guibert et Gaborit) ou une aide à la création d’espaces mutualisés (Shan) ou, de manière plus spécifique, un Fab lab (Guibert et Gaborit), un observatoire des entreprises (Gaborit) ou une conférence des entreprises (Shan) pour connaître leurs besoins, un forum annuel de l’emploi (Gaborit) et des programmes d’insertion (Guibert) et d’emplois d’avenir (Shan), la mise en contact pour favoriser les circuits courts (Shan).
Aucun ne s’est prononcé sur le bilan de la Maison de l’entreprise et de l’emploi, qui fonctionne désormais à l’échelle de GPSO, ni sur les partenaires de la Ville pour ces dossiers (Chambre de commerce, Chambre des métiers, Conseil Général).

Alliances et gouvernance

Interrogés sur leurs stratégies d’alliances d’ici l’élection, les candidats ont fait apparaître quelques nuances.
décision équilibrée - UnePour Vincent Guibert, l’alliance est possible avec « tous ceux qui ont voté Hollande. Il est hors de question de s’allier avec quiconque a soutenu Sarkozy » Et d’évoquer comme alliés possibles EELV, le Front de Gauche et le Modem.
Pour Judith Shan, l’alliance doit aller au-delà de la campagne : « Il faut rattraper le ratage de 2008 et associer systématiquement le reste de la gauche aux décisions, qu’ils aient des élus ou non. » Pas d’alliance envisageable avec l’UMP en revanche « sauf en cas de danger pour la patrie… »
Pierre Gaborit voit plus large : si l’alliance avec EELV lui semble nécessaire « car leurs points de vue doivent être intégrés à notre programme quotidien, » il a constaté que les autres partis de gauche ne semblaient pas très intéressés par une alliance pour l’instant. « Mais il ne faut pas oublier les gens qui ne sont affiliés à aucun parti politique et qui voudront faire avancer notre projet. Çà s’appelle l’ouverture et j’y suis favorable. »

La personnalité de la tête de liste aura-t-elle une influence sur sa composition ? A suivre.

Concernant la gouvernance, de nouveau, des variations se sont fait sentir.
Judith Shan préconise de faire appel à l’expertise de la société civile, incarnée à Boulogne par des centaines d’associations. Elle entend réformer le CESEL et repenser l’articulation entre la ville et GPSO, tant dans le calendrier des prises de décision que dans la représentativité de ses conseillers.
Vincent Guibert s’engage à pratiquer systématiquement la concertation. Il a par ailleurs défendu le CESEL dont il est membre, en soulignant une sensible amélioration de son fonctionnement, traduite notamment par la possibilité d’auto-saisine.
Pierre Gaborit quant à lui veut bien conserver les instances mises en place (CESEL, conseils de quartier) « à condition qu’elles ne soient pas un décalque du conseil municipal. » Il veut donc en réformer le mode de composition et multiplier les possibilités de saisines du CESEL. Enfin, il souhaiterait faire des enquêtes publiques de véritables forces de propositions, expertisées par le commissaire-enquêteur.

Et si vous n’étiez pas maire… ?

Les trois candidats lors de la rencontre

Les trois candidats lors de la rencontre

La question, survenue au début du débat, était « quel chef de l’opposition serez-vous ? »
Passés la surprise et l’inévitable déni, les réponses ont été assez différentes.
Bien qu’il pense que « la gauche a une chance historique de l’emporter, » Pierre Gaborit mènerait, comme il l’a fait par le passé, « une opposition constructive, qui fait des propositions concrètes et chiffrées, souvent reprises par la majorité. Dans ces cas-là, la copie est un hommage… »
Judith Shan est circonspecte sur la situation, estimant que la division à droite peut être aussi bien un avantage qu’une difficulté. Si elle devait conduire l’opposition, ce serait pour tenir « un bilan au jour le jour de la majorité en place. »
Après avoir reconnu qu’il « ne se projet[ait] pas du tout comme leader de l’opposition, » Vincent Guibert a promis une opposition sans concession, qui fera circuler l’information et mettra la majorité face à ses promesses.

A l’issue de l’exercice, l’assistance était satisfaite. A suivre dans les urnes le 13 octobre.