Vendredi 12 juin, Laure Leroy et Catherine Henry, des éditions Zulma, étaient à la librairie Les mots et les choses pour parler de leur travail et présenter leur catalogue de rentrée.

Laure Leroy et Benjamin Cornet

Laure Leroy et Benjamin Cornet

« Zulma justifie amplement le fait d’ouvrir une librairie ! » a lancé Benjamin Cornet, en guise d’introduction. Et on a très vite compris. Cette maison, qui fêtera ses 25 ans l’an prochain, a pour devise « Littératures du monde entier » : ce n’est pas qu’un programme de catalogue, bien que, de fait, le catalogue de Zulma réunisse des œuvres des quatre coins du globe, à l’instar des parutions annoncées pour la rentrée – Brésil, Nigeria, Catalogne, France, sans compter l’insituable et prolixe Hubert Haddad.
Par « monde entier, » Laure Leroy envisage aussi bien l’espace géographique que l’univers en perpétuelle expansion de notre propre intériorité, pour peu qu’on la cultive. « J’aime quand le monde et l’univers se déploient, à la lecture d’un livre. Dans tous les cas, la littérature nous parle d’aujourd’hui, de nos émotions, de notre rapport avec l’autre, de notre condition d’être humain, et ça nous en parle d’une façon qui enrichit le monde. »

Sur ce postulat, les éditions Zulma publient en traduction des ouvrages inclassables, dont le point commun est de marquer durablement ces premiers lecteurs que sont les éditeurs eux-mêmes. « Je ne prétends pas éditer des chefs-d’œuvre, il faut un peu d’humilité ! Mais je fais une proposition de quelque chose qui est beau et qui fait sens » souligne la fondatrice.

Quelques couvertures de David Pearson

Quelques couvertures de David Pearson

C’est par le biais des traducteurs que Laure Leroy fait la plupart de ses découvertes ; des traducteurs avec qui elle a des affinités, et qu’elle peut côtoyer des années avant de travailler avec eux sur un projet. Ainsi de LoveStar, de l’Islandais Andri Snær Magnason. Un coup de cœur lu dans une traduction anglaise, et en parallèle, le suivi du traducteur très sollicité Eric Boury. Par hasard, Eric Boury aimait ce livre et avait commencé à le traduire en français pour son plaisir. Par hasard vraiment ? D’anecdote en anecdote, on juge Laure Leroy capable de déplacer des montagnes si elles se dressent sur son chemin. « Quand je veux un livre, je le veux, il est à moi ! » martèle-t-elle avec un humour qui relève en fait sa détermination. Toujours est-il qu’elle rend aux traducteurs ce qui leur appartient, en leur accordant une importance quasi-égale à celle de l’auteur dans la présentation des livres.
Elle assimile les éditeurs à des joueurs de poker : une même passion, une même transe les animent. De celles qui lui firent exhumer, à tout prix, Amour, colère et folie, le triptyque polyphonique de Marie Vieux-Chauvet, après un séjour en Haïti. Un roman publié en 1968 par Gallimard et bien vite retiré des ventes, tant la dénonciation du régime de Duvalier était transparente et violente, mettant en péril la famille de l’auteure. Quarante ans de clandestinité, une nouvelle édition confidentielle puis la volonté de Zulma. Les brisures grises et roses ornent la couverture, signée David Pearson. Depuis neuf ans, ce graphiste anglais consolide l’identité visuelle des éditions Zulma, en préservant la personnalité de chaque ouvrage : pour chacun, les éditeurs lui adressent quelques lignes de brief, à partir duquel il fait des propositions. Parce que si le texte prime, il a droit à un support à part entière, imprimé en pentone, colleté de vastes rabats.

En cette rentrée 2015, on peut s’attendre à être secoué par Corps désirable, d’Hubert Haddad – l’histoire d’une greffe intégrale – mais aussi par Love is power, ou quelque chose comme ça, du Nigerian A. Igoni Barrett – dans le Lagos d’aujourd’hui. Et, venu d’un autre monde, le Jardin des sept crépuscules, de Miquel de Palol. L’opuscule de rentrée en reproduit les couvertures, et c’est déjà tout un programme !

Guettez bien l’actu de la librairie Les mots et les choses à la rentrée, Hubert Haddad est annoncé…