Vendredi 12 avril, une première réunion d’information sur le futur pôle musical de l’île Seguin était organisée à Sèvres. Une seconde réunion se tiendra jeudi 18 avril à l’Hôtel de Ville de Boulogne-Billancourt.

Le projet de pôle musical sur l’île Seguin est mené tambour battant par le Conseil Général des Hauts de Seine. Qui, des équipes Ricciotti-Perrault-Vinci-Caisse des Dépôts, Ban-Tschumi-Bouygues-Sodexo Prestige et Metra-Wilmotte-GCC-Spie Batignolles, l’emportera ? D’ici le mois de juin, le résultat du concours – qui prend fin ce mois-ci – sera rendu public.

Vendredi soir, au cours d’une réunion d’information, les élus ont précisé le projet. Accueillis par le maire de Sèvres, François Kosciusko-Morizet, qui insista sur l’historicité du lieu, au cœur de la Vallée de la Culture, Hervé Marseille, maire de Meudon, et Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne-Billancourt, se sont tour à tour réjouis de l’avancée de ce projet. « C’est un projet excessivement positif pour nos communes, le Val de Seine et le 92 tout entier » a déclaré Monsieur Marseille, tandis que Monsieur Baguet rappelait qu’aucun équipement équivalent n’avait vu le jour en Ile de France depuis 50 ans. « C’est un projet de dimension mondiale, a-t-il insisté, plus ambitieux que la salle de Hambourg ou celle de Sydney. »

De gauche à droite, Messieurs Ingardia, Baguet, Kosciusko-Morizet, Devedjian, Marseille et Tiffon

De gauche à droite, Messieurs Ingardia, Baguet, Kosciusko-Morizet, Devedjian, Marseille et Tiffon – CR F. Vallerie-Chastel

Un lieu d’accueil pour toutes les musiques en 2016

Patrick Devedjian, président du Conseil Général, a expliqué la motivation du projet, avant d’en détailler le cahier des charges.
Pour lui, ce pôle sera « la traduction d’une philosophie, » qui énonce l’exigeante nécessité d’un « mariage entre économie et culture » : « Les Hauts de Seine ont l’image d’un département prospère. Une image enviée, et parfois jalousée. L’économie qui la soutient peut apparaître desséchante, et même agressive, au contraire de la vocation universelle de la culture à élever les hommes. » Pour le président du Conseil Général, l’économie doit permettre de développer la culture. Ce pôle sera ouvert au plus grand nombre, et célèbrera la variété de la musique. « Toutes les musiques ont vocation à venir à la cité musicale. Je ne fais pas de distinguo entre musique savante et musique populaire, ce sont des catégories labiles à travers le temps. Au temps de Mozart par exemple, on allait à l’opéra comme on va aujourd’hui à l’Olympia, il ne faut pas l’oublier. »
Un projet qui peut voir le jour grâce à la cession pour un euro symbolique de la pointe avale de l’île par la ville de Boulogne-Billancourt.
L’ensemble s’appuie sur un calendrier impératif et jusqu’ici strictement tenu, qui devrait conduire à un début des travaux au printemps 2014, pour une ouverture en 2016.

Un cahier des charges exigeant

Par ailleurs, dans le cadre du Partenariat public-privé dont le principe a été approuvé en décembre 2011, un cahier des charges extrêmement exigeant a été dressé.

Au plan des équipements, le pôle comprendra, sur 37 000 m², deux salles de concert, l’une d’une capacité de 900 places pour la musique non-amplifiée (jazz, classique et musique du monde principalement), l’autre d’une capacité de 3 000 places assises et de 5 000 places en tout, pour la musique amplifiée. Monsieur Devedjian a insisté sur l’exigence d’une très grande qualité acoustique pour la première salle.
Le site comprendra également des espaces d’enregistrement et de répétition, un espace d’accueil pour la Maîtrise des Hauts de Seine et des ensembles résidents (entre autres, l’insula orchestra), des restaurants et des commerces à vocation culturelle. Le lieu pourra également se prêter aux manifestations d’entreprise. Le président du Conseil général a souligné la complémentarité des composantes du pôle.

L'emplacement du futur pôle, sur la pointe avale de l'île. CR -GG92

L’emplacement du futur pôle, sur la pointe avale de l’île. CR -GG92

Monsieur Ingardia, chargé du volet logistique, a complété sur cet aspect : le site comprendra également des locaux techniques et logistiques permettant d’encadrer plusieurs spectacles simultanément ou dans des délais très rapprochés. Ceux-ci, ainsi que les infrastructures, occuperont environ 10 000m², dont une partie en sous-sol. Dans le respect des prescriptions de Jean Nouvel, qui coordonne l’aménagement de l’île, le toit sera végétalisé et accessible aux visiteurs. Du haut de ses 45 m au maximum, ceux-ci pourront admirer le panorama sur les coteaux et Paris.
Le chantier comme le fonctionnement s’inscrivent dans une démarche de développement durable : haute qualité environnementale (consommation de l’eau et de l’énergie, limitation des bruits de chantier) et haute qualité d’usage (accessibilité pour les personnes en situation de handicap, prise en compte des handicaps sensoriels). Conformément à sa compétence sociale, le Conseil Général a imposé qu’une partie des emplois sur le chantier puis à long terme soit réservée à l’insertion professionnelles. Ces emplois représenteront 50 000 heures par an durant le chantier, et 3 000 heures par an au cours de l’exploitation.

Au plan esthétique, Monsieur Devedjian a insisté sur le caractère phare du bâtiment, qui doit « traduire une ambition architecturale et urbaine, marquer le paysage sans l’agresser. » L’ensemble doit en effet traduire l’universalité dont il se prévaut, tout en s’inscrivant harmonieusement dans « un des plus beaux méandres de la Seine. »

Quant à la programmation, le Conseil Général assurera 50 levées de rideau par an (40 dans l’auditorium et 10 dans la grande salle), à charge pour les exploitants de compléter sur l’année. L’accent est mis sur le caractère remarquable de la saison, et sur la quantité de spectacles. De nombreux programmateurs et artistes se seraient déjà manifestés avec intérêt.

Les accès au pôle

Monsieur Ingardia a ensuite développé l’accès, ou plutôt les accès aux salles. Dans les premiers temps, il faudra compter sur le T2 côté Sèvres et Meudon, et la ligne 9 côté Boulogne. Afin de faciliter l’accès et le reflux, deux nouvelles passerelles pour piétons seront lancées, l’une depuis le pont de Sèvres, l’autre depuis la berge de Meudon.
A cela s’ajoutent les 1 800 places de parking déjà conçues sous les ponts, et bien nécessaires, puisque la circulation sur l’île sera réglementée (parents déposant les enfants de la Maîtrise, cars de tourisme, personnes en situation de handicap). Les vélos en revanche seront les bienvenus.
Enfin, sauf nouveau contretemps, le Grand Paris Express devrait faire étape au Pont de Sèvres vers 2020.

Questions diverses

Monsieur Tiffon a déjà mené pour la CNDP la consultation sur Roland Garros

Monsieur Tiffon a déjà mené pour la CNDP la consultation sur Roland Garros – CR F. Vallerie-Chastel

A l’issue de cet exposé, la parole était à la salle. De sa propre initiative, le Conseil Général a fait appel aux services de Jean-Paul Tiffon, habituellement missionné par la CNDP, comme garant des débats. Monsieur Tiffon a insisté préalablement sur un point : le concours d’architecte n’étant pas clos, les questions ne peuvent porter que sur le cahier des charges, et non sur les trois projets en lice.
De l’échange avec la salle ce soir-là, il est ressorti plusieurs informations d’importance :

  • Pour les riverains, l’engagement que les nuisances sonores seront réduites au minimum durant le chantier (pas de travail de nuit et un encadrement du nombre de décibels), que les deux salles seront parfaitement insonorisées, et que l’évacuation se fera à pied et ne concernera pas plus de 5 à 6 000 personnes à la fois.
  • Pour les Boulonnais attachés aux équipements existants : le conservatoire mènera des opérations en partenariat avec le pôle, de même que l’insula orchestra intervient déjà dans les structures de la ville. Pas de risque de concurrence avec le Carré Belle-Feuille non plus, étant donné que les capacités sont très différentes
  • Pour les futurs visiteurs, on peut faire une croix quasi-définitive sur le projet de navette fluviale Vogueo. Par ailleurs, l’une des deux passerelles est déjà budgétée par la SAEM (15 millions d’euros) et n’attend qu’un appel d’offres pour être lancée. Côté Sèvres-Meudon, elle partira de l’arrêt du T2. Côté Boulogne, elle sera positionnée en fonction de l’emplacement de la gare du Grand Paris Express. La Société du Grand Paris ne devrait pas faire de difficulté, puisque, si ces villes ont besoin de son aval pour jeter leurs passerelles, de son côté, la SGP a besoin de l’accord des villes et du Conseil Général pour lancer son tunnelier à l’assaut de nos sous-sols.
  • Pour les Boulonnais qui s’intéressent aux rebondissements du PLU simplifié, Pierre-Christophe Baguet a donné l’assurance vendredi soir que les travaux du pôle débuteraient au printemps 2014. En effet, de trois choses l’une : soit la révision du PLU est approuvée par le tribunal administratif (jugement en fin d’année) et le pôle se fera ; soit on peut prendre en compte la mise en conformité du PLU avec le résultat de la consultation de décembre et le pôle se fera ; soit le TA rejette la révision du PLU, on revient au PLU actuel qui prévoyait un espace culturel de même ampleur au même endroit et le pôle se fera.

 

Une nouvelle réunion d’information aura lieu ce jeudi 18 avril 2013 à 20h à l’Hôtel de Ville de Boulogne-Billancourt. N’hésitez pas à vous y rendre pour poser toute question complémentaire. Vous trouverez également des informations sur le site dédié au projet par le Conseil Général.