Le tremplin Go West qui s’est déroulé les 30 et 31 mai 2015 était d’un niveau particulièrement relevé. Un plaisir pour le public, mais un vrai casse-tête pour le jury, qui a finalement conjugué consécrations et révélations.

17 groupes face à un jury de pros

Le jury, composé avec soin, était présidé cette année encore par Stan Cuesta. Il était assisté des habitués du Tremplin Go West Jean-Jacques Nissen, Eric Tandy et Marie-Pierre Bonniol – co-fondatrice du festival BBMix-, et de deux nouveaux venus, Elsa Bendhif et Ludovic Jean.
En un week-end, ces oreilles averties auront écouté 17 groupes, du pop au métal, par sets de 15 minutes, auxquels ils auront prodigué critiques, encouragements et conseils.

La première journée fixait la barre haut

Le tremplin a démarré très fort avec le groupe Technicolor, dont le rock onirique au moins autant que progressif est tout bonnement excellent. On a apprécié le raffinement de la composition, la double rythmique et le chant en fugue, soutenu par l’énergie de la batteuse, Emmanuelle Monhblatt. Un enthousiasme partagé par le jury (« J’ai envie de vous suivre, j’ai envie de voir un concert complet !« ) qui a su cependant raison garder pour donner des conseils : soigner la fin des morceaux, garder en tête le message délivré par la musique, et surtout travailler la présence scénique.

Les clock stretcher, en partance vers l'électro

Les clock stretcher, en partance vers l’électro

A leur suite, les Clock Stretchers se sont d’emblée distingués par leur occupation de la scène. Tous ont en partage un évident bonheur de jouer. Leur musique, qui conjugue le rock et l’électro, est d’une grande harmonie, même dans les compositions plus expérimentales, comme la dernière proposée lors du set.
Mais le couperet du jury tombe : « un peu daté, » le mix folk et électro ne convainc pas certains membres, mais Marie-Pierre Bonniol rattrape le coup, en soulignant que les morceaux restent longtemps en tête. S’est posée pour la première fois une des grandes questions du week-end : faut-il être à tout prix original ? En coulisse, les musiciens expliquent leur projet d’aller vers de plus en plus d’électro, d’où la mise en valeur du pad, notamment. Pour eux, et si dure qu’ait été la critique, Go West était l’occasion de s’entraîner sur une bonne scène avant l’enregistrement d’un EP en juin. A suivre !

Pendant ce temps, le jeune groupe Illegacy (16 ans en moyenne !) envoyait la purée sur la scène. « On veut voir si on met de l’ambiance » ont-ils annoncé, et de fait, le public a bien apprécié ! Mais tympans sensibles, s’abstenir… Avec bienveillance, le jury a salué la prise de risque et la cohésion du groupe, et a pris le temps de prodiguer ses conseils.

Soma devient Twelve

Soma devient Twelve

A leur suite, un groupe a subjugué jury et public : Soma. En associant la violence d’une musique garage rock à la voix tout en nuances, mais non dépourvue de puissance, du chanteur Alban Medjdoub, le groupe a atteint une espèce d’accord parfait, dosant le son et le volume, et les accords entre batterie et instruments.
Le jury enthousiaste est parti tous azimuts, d’où le commentaire caustique de Stan Cuesta : « Vous avez fasciné le jury, qui dit tout et son contraire ! » De ce concert d’éloges, on retiendra un ultime conseil : « N’hésitez pas à chanter vraiment, de façon pop, pour que ce soit vraiment beau. » Il faudra attendre un peu pour écouter le groupe, en pleine mutation. C’est sous le nom de Twelve que vous pourrez l’applaudir lors de la Fête de la musique, en attendant la sortie de son EP.

Autre univers avec Shining Box, un duo déluré qui voyage à travers le temps. Sur scène, les clins d’œil sonores et visuels sont nombreux, et les musiciens assurent le show, dans un filage très abouti.
Le format du Tremplin n’était sans doute pas le meilleur pour eux, ce que le jury a déploré : « C’étaient trois petits bouts d’une grande histoire. » Le groupe en est bien conscient. Lui qui multiplie déjà les résidences a profité de l’occasion pour faire savoir qu’il était à la recherche d’un manager ou d’un tourneur.

Toute autre ambiance avec Guillaume Cèbe. Le chanteur propose un répertoire sentimental sans mièvrerie, aux textes en français très travaillés (« un corps à prendre et un cœur à bousiller« ). Sa voix un peu sourde est très bien servie par l’ensemble des guitares au son cristallin et de la batterie. Le jury a apprécié, tout en proposant des voies d’amélioration : opter pour l’acoustique afin de valoriser encore le texte, ou bien, a suggéré Jean-Jacques Nissen, changer la tonalité du chant pour dominer l’instrumentation, et perfectionner les arrangements.

Le groupe suivant, Sofia Bolt, a fait parler de lui avant la première note. C’est que ses membres, sous plusieurs formations, sont des habitués du Tremplin et que cette année, ils affichaient leurs ambitions : « On veut tout gagner ! » Avec plusieurs EP à leur actif, des compositions très abouties et une bonne couverture média, ils étaient bien partis. Place donc à un rock très équilibré, la chanteuse Amélie Rousseau déployant une véritable aura sur scène, soutenue par un groupe très actif dans les échanges, et notamment une excellente basse.
Sans surprise, le jury a adoré : « Vous êtes le groupe le plus BBMix pour l’instant » – commentaire prometteur… Un léger bémol : le sentiment de frustration causé par une musique toute en tension, qui n’éclate jamais vraiment.

Fusion hip hop - rock pour Kré D'as

Fusion hip hop – rock pour Kré D’as

Voici Kré D’as, qui propose une musique fusion, entre rock et hip hop. Le groupe a annoncé la couleur : « L’année dernière, on s’est fait littéralement massacrer, on a voulu en tenir compte et voir ce qu’ils allaient massacrer cette année. » Une présomption qui a manifestement déplu au jury… On retrouve bien l’univers hip hop dans les chansons empreintes d’auto-fiction comme « 96 » ou « J’ai grandi » : des paroles positives, qui appellent à surmonter la difficulté du quotidien par l’écriture et la musique.
Passé quelques commentaires assassins, le jury s’est montré constructif, saluant la cohésion du groupe, sa générosité et son ambition. Mais « Vous essayez de mettre des choses ensemble qui ne sont pas faciles à mettre ensemble. » Parmi les recommandations : s’enregistrer pour progresser.

Place ensuite aux Whisperers, un groupe bien accordé à la musique puissante mais quelque peu linéaire. Le chanteur, tout à son interprétation, en a oublié le public !
Un sentiment partagé par le jury, qui l’a formulé plus élégamment : « Vous êtes un peu trop dans votre son. »

Belle énergie pour les DB Watts

Belle énergie pour les DB Watts

Pour clore la première journée, le jeune groupe des DB Watts (16 ans aux prunes), dont deux lycéens de Notre Dame, était venu avec son fanclub de copains et de parents. Un peu – oserait-on dire scolaires ? dans les compos, les musiciens se sont emparés de la scène et ont communiqué leur énergie au public. Une prestation pleine de promesses et reçue comme telle.
« Vous êtes des pros de l’entertainment, comment vous faites pour être si bons si jeunes ?«  »Vous avez de super solos, c’est un projet qu’on a envie de voir dans un festival ! » se sont enflammées les jurées.

Une seconde journée à la hauteur du Tremplin

Quand on assiste au Tremplin Go West, il ne faut jamais croire qu’on a tout entendu. La journée du dimanche a commencé avec l’excellent groupe d’Inner brain. Une musique sereine aux riffs envoûtants, une voix bien posée à la diction parfaite, et une harmonie d’ensemble que l’on qualifierait volontiers d’élégante.
Le jury a salué les compositions « aériennes, aérées » et les influences, tout en recommandant d’alléger la rythmique.

A leur suite, le groupe Constantine, habitué du Tremplin, a joué d’audace, en présentant un premier morceau d’une dizaine de minutes, en trois mouvements, inspiré des Rois Maudits. Et vous savez quoi ? Eh bien ça marche ! La musique grave et puissante contraste habilement avec la voix du chanteur Nicolas Imbert, relativement aiguë, et sert le thème quand même assez tourmenté, le tout avec un évident bonheur de jouer. En conclusion et dans un sourire, le leader a ajouté « Sachez qu’on fait aussi de la pop.« Un pari qui a un peu déstabilisé le jury, pris par « cette voix ovni » dont il se demandait si elle tiendrait avec une telle puissance durant tout un set, et déconcerté par les choix vestimentaires des uns et des autres. Bien qu’enthousiasmés, les jurés ont pointé un manque d’unité visuelle et gestuelle.

La légèreté nous est venue de Reborn, un trio metalleux formé par Amélie Forquenot, Henry et Adrien Genty En l’absence de la chanteuse, les deux frères ont assuré la prestation, avec un répertoire symphonique, inspiré par l’univers de la fantasy et des jeux vidéo. En coulisses, intarissables sur leur passion, ils ont expliqué aimer des univers différents du metal, qu’ils conjuguent dans leurs compositions. Le passage au Tremplin était l’occasion de jouer devant un nouveau public.
Le jury, par la voix de Marie-Pierre Bonniol, s’est dit « très content de l’avoir entendu, et très content que ça se soit arrêté ! » Un regret : que la basse-batterie soit confiée à un backtrack. Une alternative : élargir le groupe, ou multiplier les samples.

Le groupe qui s’est ensuite avancé sur scène était beaucoup plus timide. Fugitive Walk, jeune groupe une fois encore, avait choisi deux reprises aux antipodes, Don’t let me be misunderstood et Cause I love you, ainsi qu’une première composition très convaincante. On a apprécié le passage de relais entre les musiciens, et, l’émotion se dissipant, la voix de plus en plus chaude de la chanteuse.
Le jury les a encouragés à proposer des interprétations plus libres des standards, tout en soulignant le potentiel de la voix.

Inner Brain

Inner Brain

Après eux, c’est Iceberg, qui mêle jazz et rock, qui a pris place sur scène. On peut saluer la très bonne direction de la chanteuse, Mathilde Borsoni, et l’extrême maîtrise de sa voix. La composition mélange les genres avec talent, relayée par l’attitude des musiciens sur scène, qui prennent le temps de vrais échanges entre eux. Un plaisir à regarder. Bref, de la belle ouvrage, servie par de vrais pros, qui ont de nombreux concerts à leur actif.
Une dimension retenue par le jury, qui l’a curieusement retournée en inconvénient : « Vous jouez une musique difficile, ambitieuse, et difficile à recevoir pour nous. » Un peu en décalage avec le format du tremplin, en un mot. Comme souvent, Marie-Pierre Bonniol a redressé la barre, avec ce beau compliment « La fan de Chick Corea en moi exulte ! »

Une surprise sur la fin du tremplin, le groupe Water Babies, dont trois membres jouent également dans Sofia Bolt. Les auditeurs ont eu le plaisir de comparer la variété des styles maîtrisés par ces musiciens, avec parfois de forts contrastes, ne serait-ce que dans la manière de chanter.
Le jury, conquis, les a félicités : « Vous avez un son ! » tout en mettant en garde, précisément, sur « cette attitude de non chanteuse, qui peut être séduisante ou rebutante. »

Pour finir, le groupe Vol de nuit nous a transportés dans le temps, avec des chansons en français qu’on aurait bien mises dans la bouche de la princesse Stéphanie à l’époque. La voix claire de la chanteuse était bien servie par la guitare et la basse. Le jury a salué la part d’humour contenue dans les paroles, et a conseillé d’abandonner la batterie en backtrack, le trio se suffisant à lui-même.

Le palmarès !

Durant la délibération du jury, les lauréats de l’an dernier, Why Mud, ont enchanté la salle avec les titres tirés de leur très prochain album, Adam & Joe, que l’on attend avec impatience ! Si leur musique vous plaît, aimez leur page Facebook et suivez-les de près.

Avant de proclamer le palmarès, deux bonnes nouvelles : cette année, tous les groupes du Tremplin Go West participeront à la fête de la musique, une fête qui durera deux jours à Boulogne, les 20 et 21 juin !
En présence de Ségolène Missoffe, adjointe à la Culture, et de Claude Rocher, conseiller délégué (qui avait écouté plusieurs groupes la veille), les lauréats ont ensuite été appelés par Pascal Bouaziz :

  • Le prix Go West revient à Soma, nouvellement Twelve, qui pourra enregistrer un morceau dans des conditions pro
  • Le prix du jury va à Sofia Bolt, qui participera au festival BBMix
  • Le prix du public, mesuré à l’applaudimètre, revient aux DB Watts, qui gagnent des bons d’achat à la FNAC
  • Technicolor, enfin, jouera sur le parvis de l’Hôtel de Ville pour la fête de la musique, à l’instar des autres lauréats.

Et pour le plaisir, le podium de l’e-bb (après délibération, on vous rassure) :

  • Inner Brain
  • Twelve
  • Constantine
  • Technicolor
Le jury et les lauréats du Tremplin Go West 2015

Le jury et les lauréats du Tremplin Go West 2015

Rendez-vous dès le 20 juin pour les applaudir de nouveau, stay tuned !

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