Le 7 juin 2016, l’adjoint à l’Urbanisme Gauthier Mougin a présenté au public le diagnostic préalable à la révision générale du PLU de Boulogne-Billancourt.

Qu’est-ce que le Plan local d’Urbanisme (PLU) ?

Un document contraint…

Le PLU est à la fois un document cadre pour l’aménagement local du territoire, et l’expression réglementaire d’une vision d’ensemble de ce territoire. Comme la rappelé Julie Leroux, de Citadia, le PLU comprend des objectifs en matière de logement, de développement économique, d’équipements, de déplacement et de cadre de vie. Il dépend du code de l’Urbanisme et de normes supra-communales comme le SDRIF, le SCoT, ou le PLH. Des lois ont également un impact dessus, telles le Grenelle de l’environnement, ou la loi ALUR.
En conséquence, « Nous ne sommes pas totalement libres chez nous de faire la ville que nous voulons absolument » a déclaré Gauthier Mougin.

… mais aussi contraignant

révision générale du PLU

La circulation sur l’île Seguin, une affaire de PLU – CR Flavie Solignac

Mais le PLU n’est pas que le produit d’une contrainte : il est aussi contraignant et traduit la vision d’ensemble d’un territoire. C’est d’ailleurs pourquoi l’opposition pestait à chaque « révision simplifiée » (modification d’une parcelle du territoire seulement). Les élus dénonçaient cette atteinte portée à la cohésion d’ensemble, sur des parcelles parfois grandes de quelques centaines de mètres carrés seulement.
La plus célèbre restera celle, maintes fois amendée, de l’île Seguin. Bloquée d’ailleurs en raison de son incompatibilité avec le PLU général.

De quoi un PLU est-il fait ?

Le PLU idéal vise un équilibre entre renouvellement et sauvegarde de l’existant. Il tient compte des besoins en mobilité et recherche la mixité sociale de l’habitat et des fonctions urbaines (bureaux, commerces et équipements). Il préserve et garantit une qualité urbaine, architecturale et paysagère. Il protège en outre les milieux naturels, tient compte du changement climatique et s’inscrit dans le développement durable. Il veille aussi à limiter les risques et les nuisances. Certaines de ces notions sont éminemment subjectives (« qualité architecturale »), et selon les PLU, la marge d’appréciation est plus ou moins importante. Certains quartiers ou villes classés réglementent jusqu’à la qualité des ardoises sur les toits. A Boulogne, on n’en est pas là.

Une révision nécessaire

C’est un des épisodes qui font le sel de la vie locale. Fin 2010, à la demande du maire, une révision générale du PLU était engagée. La commission d’appel d’offres avait attribué le marché au cabinet de François Leclercq, déjà en charge de la révision précédente, en 2004. Las ! La loi sur le Grand Paris et ses objectifs de logements passa par là en 2011. Pour se soustraire au Schéma directeur d’Ile de France (le SDRIF), le maire décida alors de… geler la révision. Une opération hibernatus qui aurait pu durer longtemps, condamnant la ville au puzzle urbain des révisions simplifiées.

Territoire

Les 12 territoires de la Métropole du Grand Paris. GPSO est le « T3 » – CR Mission de préfiguration

Mais de nouvelles lois sont venues se surimposer, sans compter le spectre d’un PLU métropolitain. Plus le choix. Au conseil municipal du 24 septembre 2015, le maire, redoutant que la compétence urbaine échappe à la Ville, fit adopter de nouveau la révision générale du PLU.

Après plusieurs mois de travail, voici donc la phase de diagnostic. Elle sera suivie de l’élaboration du projet, puis de la phase de zonage et de règlement, avant d’entamer la procédure de validation. Dans la perspective d’un PLU territorial, c’est à GPSO que le projet sera débattu en septembre 2016. C’est également GPSO qui devra l’approuver.

La fin d’une époque

Ces contraintes légales et enjeux politiques se conjuguent aux préoccupations plus locales, et à la modification du comportement des administrés boulonnais. Ceux-ci ont démontré ces dernières années un vif intérêt pour l’aménagement du territoire dans leur périmètre immédiat. On peut citer l’île Seguin bien sûr, mais aussi les environs de Le Gallo, de la CAT ou du Trident. D’où la nécessité de les associer en amont.
Le cabinet de François Leclercq, reconnu pour son travail en architecture et urbanisme, s’est vu remplacer par Citadia. Ce groupe a pour directrice générale Anne Matysen, l’épouse de l’ex-directeur financier de Boulogne. Outre son travail sur le PLU proprement dit, Citadia  met ses agences spécialisées au service de la Ville en matière de performance environnementale des projets urbains (Even) et, bien sûr, de concertation et communication (Aire Publique). Chacun de ces agences avait un représentant ce soir-là.

Révision générale du PLU : phase de diagnostic

Boulogne-Billancourt aujourd’hui

révision générale du PLU

La ville rajeunit depuis une dizaine d’années

Le diagnostic préalable dresse le portrait de la ville aujourd’hui. Une cité à la démographie en hausse depuis les années 1990, dont la population du Trapèze rajeunit la moyenne d’âge depuis 2007. Les ménages y comptent 2,02 personnes, ce qui est faible dans le département, avec un niveau de vie supérieur à la moyenne, même si des disparités persistent entre le nord et le sud de la ville.

Une ville qui cumule les équilibres : emplois/actifs, avec un taux d’emploi de 1,27 (bien que le taux de chômage soit à 9,5 %, un chiffre qui monte à 15,5 % chez les jeunes), mais aussi emploi/logement. A petits ménages, petits logements, ou le contraire ! 50 % sont des T1 et des T2, pour 96 % en habitat collectif. La construction de logements y est dynamique, le Plan local de l’Habitat adopté par GPSO fixant un objectif (pas toujours atteint) de 700 logements neufs par an. Entre 2012 et 2015, 31 % des logements construits étaient des HLM, ce qui porte leur proportion à 14,5 % dans la ville.

La Grand-Place est devenue le Centre-Ville naturel de Boulogne

La Grand-Place est devenue le Centre-Ville naturel de Boulogne

Les experts de Citadia ont identifié plusieurs centres disposés autour de l’axe structurant du boulevard Jean Jaurès. Du nord au sud, le Parchamp, le Centre-Ville et le Point du Jour. L’attractivité de la ville est renforcée par les ponts, les lignes de métro et de bus, ainsi que par son activité culturelle. La contrepartie, c’est le fort trafic de transit : 45 % des véhicules qui circulent dans Boulogne ne font qu’y passer.
Au plan économique, Boulogne concentre 20 000 entreprises, ce qui représente 50 % du parc de GPSO. En conséquence, beaucoup de bureaux mais aussi… beaucoup de trafic. Si 31 % des Boulonnais travaillent à Boulogne, ils sont 9 % à effectuer les trajets domicile-travail intramuros en voiture.

« Un cadre de vie remarquable au cœur d’une ville dense« 

Ainsi le perçoit l’agence Even. Au chapitre des chiffres qui ne veulent rien dire, celui-ci : 9,5m² d’espace vert par habitant.

Hérisson en promenade au jardin Albert Kahn

Hérisson en promenade au jardin Albert Kahn

Plus intéressant, le potentiel des bords de Seine et du Bois, et la variété des quartiers, malheureusement survolés. L’intervenante a beaucoup insisté sur le souci d’améliorer encore ce cadre. Entre autres pistes, la mise en valeur des liens visuels avec les communes voisines (ça tombe bien, Citadia a travaillé sur le PLU d’Issy-les-Moulineaux…), l’affirmation des centralités, et le renforcement de la trame verte et bleue, qui doit faciliter les circulations douces.
L’écologie urbaine doit également comprendre l’étude et la limitation des impacts de la pollution, des nuisances sonores et, dans notre cas, des inondations.
Un peu faible sur la faune et la flore remarquable, l’intervenante a affirmé le rôle de protection du vivant du PLU, sans plus de détail.

Amorce de concertation

Une soixantaine de Boulonnais assistaient à cette réunion, parmi lesquels quelques élus (Raphaël Labrunye, Vincent Guibert) et anciens élus (Vincent Graffin).
Gauthier Mougin a répondu avec un franc parler certain à la plupart des questions, les agences complétant. On laissera de côté ici les préoccupations très personnelles pour un premier balayage.

Boulogne et ses voisins

Interrogé sur la fusion avec Issy, l’adjoint a d’abord répondu qu’il s’agissait « d’une possibilité, pas d’une certitude. » Quoi qu’il en soit, chaque commune conserverait son PLU. Si une unification devait se faire un jour, ce serait au niveau territorial (GPSO) ou métropolitain.

Les communes de GPSO. En rouge, Boulogne et Issy

Les communes de GPSO. En rouge, Boulogne et Issy

Or, autant chacun semble s’accorder sur la pertinence d’un PLU territorial (dont on voit l’amorce, puisque c’est GPSO qui approuvera notre PLU), autant le PLU métropolitain fait l’unanimité contre lui. Pour l’heure, la Métropole a la compétence pour l’aménagement de projets d’intérêt métropolitain. Une notion assez vague qui permet de concourir à des équipements parfois très locaux. Monsieur Mougin pense pour sa part que le PLU métropolitain, prévu à terme, ne verra jamais le jour, et fera les frais des nécessaires amendements à apporter à la MGP.

Les relations avec Paris, qui a 4,6km de limites avec Boulogne – « 4,6km d’emmerdements » d’après l’adjoint – sont venimeuses. La Ville ne parvient pas à travailler sur des espaces communs et en rejette la responsabilité sur la capitale. Des berges de la Seine au port Legrand, en passant par l’interdiction des vieilles voitures dans Paris, les sujets de litige ne manquent pas. Sur ce dernier point, Monsieur Mougin a dénoncé la « solution ultralibérale » adoptée par le Conseil de Paris. Pris en étaux entre cette disposition et les travaux imminents du Grand Paris Express, la Ville cherche au niveau du département et de la région des interlocuteurs pour réguler le trafic.

Les bureaux

Peau neuve pour les bureaux du Pont de Sèvres

Peau neuve pour les bureaux du Pont de Sèvres

Gauthier Mougin l’a rappelé, 96 % des bureaux neufs du Trapèze sont occupés. Il y a donc une demande. En revanche, les bureaux de petite surface, diffus à travers la ville, gagneraient à une reconversion en logements. Mais c’est lourd et long. Il faudrait envisager à l’avenir des surfaces plus aisément transmutables.

Les circulations douces

C’est l’avenir, reste à l’articuler au présent, où la voiture reste reine.
Il est ainsi difficile d’aménager des pistes cyclables en site propre, en raison de l’étroitesse des rues (la largeur d’une piste est réglementée). Il faudrait supprimer des voies de stationnement. L’aménagement de l’avenue Jean-Baptiste Clément a valeur de pilote, avec une circulation partagée entre piétons, cycles et automobiles. Il existe également des projets pour les berges.

le boulevard désert avant l'arrivée des piétons

le boulevard désert avant l’arrivée des piétons

De même pour les zones piétonnes : si les opérations ponctuelles de piétonisation du boulevard Jean Jaurès remportent un franc succès, c’est peut-être aussi parce qu’elles sont ponctuelles, avance l’adjoint.
Le téléphérique vers Vélizy, qui devrait arriver au Pont de Sèvres, sera pris en compte dans la suite de la révision générale du PLU à condition que le projet se confirme.

Bientôt des supports dédiés à la révision générale du PLU ?

Gauthier Mougin a réaffirmé sa volonté d’une consultation la plus large possible, pour « dire ce qui va ou qui ne va pas au plus fin, au plus près des territoires. » Les associations d’environnement et le CESEL sont saisis, des réunions par quartier sont prévues autour de cette révision générale du PLU.
Au-delà, une adresse mail a été créée : plu.concertation@mairie-boulogne-billancourt.fr Le premier adjoint envisage également l’instauration d’un espace de débat électronique entre citoyens, mais on n’en sait pas plus.
Les documents de travail, enfin, devraient être prochainement disponibles sur le site de la ville.

A suivre !