Le généalogiste boulonnais Rodolphe de Saint-Germain vient de faire paraître un ouvrage consacré à Hubert et Charles Rohault de Fleury, architectes sous le Second Empire.

Chacun connaît la façade de l’Opéra Garnier. Il aurait pu s’appeler Rohault de Fleury.

Charles Rohault de Fleury était « architecte du Théâtre Royal de l’Opéra » quand Napoléon III décida l’édification d’un nouvel opéra. Les plans de notre architecte étaient approuvés par le Conseil municipal de la ville, par l’Empereur et par le Conseil d’État, quand un remaniement ministériel et une cabale amenèrent l’ouverture d’un concours qui retint finalement le projet de Garnier.

Hubert et Charles Rohault de Fleury, architectes à Paris

Cela explique en partie la méconnaissance de ces deux architectes que Rodolphe de Saint Germain, un de leurs descendants, voudrait faire sortir d’un oubli qu’il juge immérité. Historien et généalogiste, il a écrit et publié ce bel ouvrage, bien illustré, appuyé sur d’abondantes archives familiales.

Rohault de Fleury

Rodolphe de Saint-Germain au Salon du Livre de Boulogne

« On voit se dessiner dans la pierre, dans les façades, dans leur agencement, l’expression d’un goût, d’une formation, un faisceau d’influences rapportées d’Italie au cours des nombreux voyages qu’y firent le père et le fils depuis les années 1800 jusqu’à celles du second empire » écrit dans sa préface, l’historien Emmanuel de Waresquiel, autre descendant de cette famille.

Hubert Rohault de Fleury (1777-1846), Polytechnicien (1797), comme le sera ensuite son fils Charles, obtient le Prix de Rome, en 1802 et séjournera plusieurs années en Italie. Il sera , entre autres « architecte du gouvernement au service des casernements », puis « Inspecteur général des Monuments Français » en 1824.
Parmi ses ouvrages ayant échappé aux bouleversements successifs de Paris, on peut encore voir la caserne de la Garde Républicaine de la rue Mouffetard. « Je reste bien convaincu de cette vérité que la simplicité est source de la beauté » écrit-il. Sans qu’on puisse parler encore d’école, il se rattache au courant « utilitariste » ou « fonctionnaliste que Charles poursuivra, mouvement relativement avant-gardiste, aux perspectives rectilignes.

Rohault de Fleury

La serre des cactées construite au Jardin des plantes de Paris en 1834-1836 par Charles Rohault de Fleury.

Charles Rohault de Fleury (1801-1875) « est autant artiste qu’architecte » écrira Théophile Gautier, à propos de ses réalisations au Muséum d’histoire naturelle, principalement les serres pour lesquelles il sera un précurseur en combinant des matériaux comme le béton, le fer et le verre. Haussmann écrira  que la principale gloire de Charles Rohault est « d’avoir introduit, dans nos édifices, l’art du fer, dans laquelle il a pu être dépassé pour la grandeur, mais où il est resté parmi les maîtres pour la justesse des proportions et l’élégance des formes. »
Le dictionnaire universel des contemporains
de 1858 écrira de lui qu’il fut « l’un des premiers architectes qui ait donné l’exemple de la proportion et de la mesure, dans l’emploi de la fonte et du verre. »

Esprit du temps et exigence de modernité

Comment concilier cette rigueur de conception, pratiquée par le père et le fils, avec les fioritures et ornementations néoclassique appréciées à l’époque ou le néo-gothique d’un Viollet le Duc ? Cela fait partie des contradictions dans lesquelles vivaient ces architectes, issus de la bourgeoisie et progressivement ennoblis, libéraux, sensibles aux idées de la Révolution, ami de Thiers, travaillant avec des Saint Simoniens, mais aussi légitimistes, puis proches du Second Empire ; de culture scientifique et profondément croyants.

Rohault de Fleury

Un bel ouvrage, richement documenté

Charles consacrera à l’archéologie chrétienne et à un « mémoire sur les reliques » de la Passion », ses dernières années, après avoir abandonné l’architecture.

Ces deux architectes dont une bonne part des édifices ont été remplacés depuis, méritent-ils de retrouver une notoriété, largement oubliée, comme le souhaite Rodolphe de Saint Germain, à travers son ouvrage ?

Nous ne reviendrons certes pas à ces bâtisses du 19ème siècle, jugées aujourd’hui ampoulées, pas toujours fonctionnelles et souvent ostentatoires.
Sommes-nous si sûrs de leur préférer les élucubrations suggérées dans ce texte ? « Les attitudes de projet loin de proposer des méthodes de remplissage, s’inscrivent dans une dynamique en cours, celle d’un processus spatio-temporel actif qui autorise des choix évolutifs et tend à valoriser et qualifier le vide plutôt qu’à l’enfermer ». (Extrait d’un Panorama de 7 années de créations urbaines en Ile de France ; mai 2015)

On écrivait quand même mieux au 19ème siècle. Je crois même que des architectes, tels les Rohault de Fleury, y semblaient plus soucieux du confort et de l’agrément de leurs clients !

Rodolphe de Saint Germain, Hubert et Charles Rohault de Fleury, Architectes du XIXème siècle – Une certaine conception de l’architecture et de l’existence au service de Paris, de l’Art et de Dieu, édité à compte d’auteur, 35 euros.

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Gilbert Veyret

Gilbert Veyret

Il pensait ne rester que peu de temps à Boulogne-Billancourt. Cela fait plus de 40 ans que ça dure. 5 de ses petits enfants y vivent. Il commence donc vraiment à se sentir Boulonnais et à en connaître les contours ! Mais il aime aussi en sortir (Bordeaux, en arrière plan)