On vous en parlait ici et , malgré les multiples oppositions, le projet d’extension de Roland Garros va bon train. Dernière nouvelle, le commissaire-enquêteur a rendu un avis favorable à la révision simplifiée du PLU du site.

Un avis favorable sans grande réserve

Extension de Roland-Garros/serres d'Auteuil     doc. FFT

Extension de Roland-Garros/serres d’Auteuil doc. FFT

En substance, l’avis de la commission d’enquête considère que « le fond du projet et le dossier de la révision simplifiée du PLU répondent à la notion d’intérêt général et garantissent la réalisation d’un projet cohérent par sa démarche et ses objectifs, dans le respect des enjeux environnementaux et patrimoniaux du site. » Avec quelques réserves qui ne devraient pas modifier considérablement le projet, la Ville de Paris et la FFT ayant pris les devants : ainsi, le Centre national d’entraînement ne devrait pas faire plus de 21m de haut, et le court Suzanne Lenglen, qui doit être couvert, ne devrait pas excéder 18m de haut. Que demande le peuple ?

D’après la Ville de Paris, rien, cet avis favorable faisant suite à ceux, tout aussi positifs, de la Commission départementale des sites et de la Commission supérieure des sites.

L’impact urbain, patrimonial et architectural

Le projet de court central, dessiné par Marc Mimram, est censé « créer une unité paysagère qui s’ouvre sur la ville en prolongeant les limites du bois jusqu’à la porte d’Auteuil, en préservant cette ouverture des grands équipements sportifs du Boulevard Murat sans façonner une limite construite trop dense le long de celui-ci. » (agence Mimram)

Les serres d'Auteuil conservent une remarquable collection de plantes rares - et fragiles

Les serres d’Auteuil conservent une remarquable collection de plantes rares – et fragiles

Le rapport du commissaire-enquêteur ouvrirait donc la voie au projet défendu par la FFT, une « modernisation » du site traduite d’abord par son expansion dans l’espace des serres d’Auteuil. Le court n°1 de 3 800 places, conçu il y a une trentaine d’années par Jean Lovera (architecte et tennisman) et Claude Girardet, serait détruit tandis que 2 300m² de serres relativement récentes abritant 5 collections végétales classées dans l’enceinte d’Auteuil céderaient la place à un bâtiment de 4.950 places. A oublier également, les 1 000m² de serres techniques, à peine vieilles de dix ans, abattues au nom du sport. 80 % du jardin des serres seraient occupés durant le tournoi de Roland Garros. Le maire de Paris a souligné l’absence d’intérêt architectural de ces serres, par rapport aux autres qui ne seront pas touchées. Mais c’est moins le bâti des serres que le destin de leur contenu rare et fragile exposé à la foule qui inquiète les associations.

Enfin, très concrètement pour les Boulonnais, l’avenue Gordon Bennett, qui sépare actuellement Roland Garros des serres et prolonge l’avenue Robert Schuman vers le bois et l’avenue de la Porte d’Auteuil, serait privatisée, compromettant la circulation.

Les associations ne désarment pas

Vieilles Maisons Françaises (VMF) et la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF) ont présenté le 31 mai dernier un contre-projet consistant à resserrer le chantier d’une part, et à déporter sur l’autoroute A13 les aménagements qui menacent aujourd’hui les serres. Elles jugent de plus que la destruction du récent court n°1 représenterait un lourd gaspillage (mais il est probablement plus facile de le détruire en même temps que le reste, plutôt que de programmer sa reconstruction ultérieurement).

Dans la logique d’intégration paysagère des courts, l’implantation d’un nouveau court au milieu des serres ressemblerait à ça : un terrain creusé à 3m dans le sol, permettant d’installer 3 000 places en sous-sol, surmontées d’une galerie de 2 000 places en surface.

nouveau-court---serres-en-fondOn rappelle qu’une partie de l’autoroute (2 400m²) est déjà couverte. Les associations estiment à 25 millions d’euros le coût de la couverture de 4 000m² supplémentaires pour y installer 5 courts d’entraînement. Rappelons que le projet de la FFT est actuellement chiffré à 300 millions d’euros. La Ville de Paris estime que la couverture de l’A13 est trop chère. Mais d’après Philippe Toussaint, président de VMF cité par Batiactu, « la Ville de Boulogne Billancourt nous a indiqué récemment qu’elle serait prête à prendre en charge une partie significative du paiement de la couverture de l’A13. »

Par ailleurs, le contre-projet propose l’édification d’un nouveau court de 3 000 places au fonds des Princes et l’aménagement d’une place entre les courts Suzanne Lenglen et Philippe Chatrier.

En proposant un contre-projet, les associations entendent ouvrir la discussion avec la FFT et la Ville de Paris, qui nient toujours de leur côté que l’extension de Roland Garros nuise aux serres. En attendant, la conclusion du commissaire-enquêteur risque fort d’être attaquée en justice.