Le Boulonnais Stéphane Bret vient de faire paraître L’espérance en sursis, un court roman qui boucle sa trilogie du Front populaire à la Guerre d’Algérie. Rencontre.

Automne 1945 : au sortir du Lutetia, Arlette Gravier tente de renouer avec la vie. La guerre a bouleversé bien des destins, et sa surprise est grande de découvrir qu’Arnaud Larribe, bourgeois flambeur et arriviste, était en fait dans son camp. De retour à Boulogne-Billancourt où elle vit, Arlette prend peu à peu ses marques dans un nouveau monde.

Stéphane Bret entremêle les trajectoires de ses personnages fétiches, qui doivent se reconstruire dans un univers lui-même en reconstruction. De tripartisme en sécession, de libération en décolonisation, de cour martiale en crime de guerre, d’élitisme en culture populaire, l’après-guerre conduit les uns et les autres à se repositionner. Ces deux décennies sont autant porteuses d’espoir que de désillusion.

D’une guerre à l’autre, l’espérance en sursis

e-bb : Quelle place occupe cette œuvre dans votre production (déjà 6 romans) ?

Stéphane Bret

Avec L’espérance en sursis, Stéphane Bret publie son 6ème roman

Stéphane Bret : Ce roman est le terme d’une trilogie historique commencée avec L’Embellie, un roman qui se déroule sous le Front populaire dans la France des années  Trente. Elle se poursuit avec Clair-obscur, qui se déroule dans le Paris de l’Occupation. Les mêmes personnages sont présents dans les trois romans.

e-bb : D’une guerre à l’autre, d’un clivage à l’autre, d’une clandestinité à l’autre… Votre récit travaille les échos, est-ce cela pour vous, l’espérance en sursis ?
Stéphane Bret :
Oui, l’espérance en sursis, c’est cette succession d’événements de nature contradictoire qui font entrevoir la tristesse, comme par exemple le constat de la destruction du pays, ses blessures énormes, puis la Libération, la reconstruction, grandes sources d’espoir et de bonheur entrevus par les Français.

Rétrospection sur les années 50

e-bb : On ressent chez le narrateur une véritable fascination pour cette première décennie des Trente Glorieuses, avec notamment le développement des médias.

Stéphane Bret

Des discours de Messali Hadj à ceux de De Gaulle, L’espérance en sursis puise dans les archives. Ainsi du fameux « Je vous ai compris. »

Stéphane Bret : Oui, j’ai personnellement vécu cette époque qui apparaît avec le recul du temps comme un âge d’or durant lequel tout allait mieux. Naturellement, il n’en est rien, si l’on regarde en détail cette période, marquée par des événements graves : la guerre d’Indochine, puis la guerre d’Algérie, le terrorisme de l’OAS et du FLN.

En fait, le développement de la télévision et de la radio à cette époque m’intéresse au plus haut point car il correspond à un moment où les talents s’exprimaient dans de grandes émissions, des émissions qui diffusaient la culture dans le public. Je pense à La Caméra explore le temps de Stellio Lorenzi, à Cinq colonnes à la une, au Théâtre de la Jeunesse de Claude Santelli, à Discorama de Denise Glaser, et  à bien d’autres…

e-bb : Le personnage du journaliste semble particulièrement lucide… a-t-il un modèle historique ?
Stéphane Bret :
Je dois dire que je me suis largement identifié à ce personnage du journaliste, qui tente de mettre en garde l’opinion publique de l’époque contre les mauvais choix faits par les gouvernants d’alors. Ce journaliste tente de mettre en évidence le point suivant : il y a toujours plusieurs solutions à un même problème, c’est un lanceur d’alerte, en quelque sorte.

Un roman historique

e-bb : Votre roman est émaillé d’extraits de discours historiques, avec quelles sources et documents avez-vous travaillé ?
Stéphane Bret :
J’ai travaillé en consultant divers sites Internet, notamment Wikipedia et l’INA.

e-bb : Sans être au centre de l’intrigue, l’usine Renault Billancourt est un des lieux de votre roman : pourquoi avoir choisi cette usine en particulier ?
Stéphane Bret : 
J’ai choisi ce lieu car il est emblématique, tout comme le quai de Javel, de la présence ouvrière à Paris.

e-bb : Le personnage le plus en marge est l’indépendantiste algérien Karim Djadel, évoqué dans le souvenir des autres puis sauvé d’une ratonnade. Il ne s’exprime jamais par lui-même, et on ne suit pas ses actions en Algérie, pourquoi ce choix ?

Stéphane Bret : Karim Djadel ne s’exprime pas directement dans ce roman, ou très rarement. Il s’exprime plus dans L’Embellie. Je décris son action militante dans un mouvement d’immigrés algériens, l’étoile Nord-Africaine. Sa présence dans le roman illustre en fait la place de l’Algérie à ce moment, une place marquée par l’intensification du  conflit algérien et ses prolongements en France métropolitaine.

L’espérance en sursis, de Stéphane Bret, publié chez Edilivres, 110 pages, 13 euros.