Affluence et ferveur au TOP hier pour la seconde représentation de Sandrine Bonnaire dans le cadre du festival SEULES… EN SCÈNE, L’Odeur des Planches de Samira Sedira.

Comme on le sait désormais, c’est un texte puissant qui attend le spectateur à chaque lever de rideau du festival Seules… en scène. Écrit par Samira Sedira, qui dédicaçait son livre à l’issue de la représentation, et mis en scène par Richard Brunel, L’Odeur des Planches retrace le parcours d’une comédienne dont on ne veut plus.

Samira Sedira en dédicace

Samira Sedira dédicace son livre à l’issue de la représentation

La pièce s’ouvre sur une scène de honte, puis de colère. Honte de sa mère à 13 ans, colère contre l’administration à 44. Ces deux sentiments domineront l’ensemble de la pièce.
La fille d’immigrés algériens avait réussi à prendre l’ascenseur social pour monter sur les planches et vivre quelques années du théâtre.
Las, passé 40 ans, plus de rôle, plus d’emploi… Pour garder l’estime d’elle-même et ne pas vivre aux crochets de son compagnon, arrivée en fin de droits, l’intermittente du spectacle se résigne à poser des petites annonces chez les commerçants. Faire des ménages, au sens propre du terme ! Celle qui se souvient qu’elle vient de l’ombre d’un foyer (mère femme de ménage, père OS « spécialisé en quoi ? »), qui est passée en pleine lumière, en est réduite à la transparence. Elle efface, dans le dégoût, les déchets et salissures de ses patrons. Automatismes toujours recommencés… toute sa honte sera bue quand elle réussira à avouer son échec à sa mère.

sandrine bonnaire

Sandrine Bonnaire – crédit photo Jean-Louis Fernandez

C’est la colère d’une femme contre elle-même qui est représentée. Progressivement, le rejet de soi apparaît et la honte devient dominante. Ces deux sentiments sont exacerbés par le contraste avec les scènes de sa jeunesse, dans un va et vient permanent brillamment interprété par Sandrine Bonnaire. Elle saute d’une émotion à une autre, d’un âge à un autre avec une facilité déconcertante.

Un soupçon d’optimisme reste pourtant vivace chez le spectateur, porté par l’amour du théâtre qui transparaît dans ce très beau texte comme chez cette comédienne qui joue une comédienne.
Si le personnage n’y a pas droit, on se dit que le salut passera forcément par le théâtre, tautologie vu le caractère autobiographique de la pièce.

Et finalement, c’est cet amour qu’on emporte en quittant la salle.

Antoine

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