Tournée d’adieu avec di Stefano 1973
cr Fonds de dotation Maria Callas

« Disparue il y a 40 ans, la Callas continue de fasciner le monde entier, par sa voix d’une pureté inégalée, et par sa capacité à faire passer de grandes émotions » dit Patrick Devedjian inaugurant l’exposition de grande envergure dédiée à Maria Callas à la Seine Musicale jusqu’au 14 décembre .

Témoignage de notre rédactrice qui à l’instar de Tom Volf, commissaire général de l’évènement, a « cherché l’humain et assume le côté vérité subjective, le récit, l’évocation, l’émotion. »

Il en fallu de l’amour pour concevoir et réaliser cette exposition d’un autre genre ! Sans même que l’on s’en aperçoive, tout au long, elle nous prend par la main, nous glisse à l’oreille les drames, les luttes, les affronts, les souffrances, les blessures de sa douloureuse existence ! Maria, la Divine ! Oui certes, divine, mais au prix de combien de sacrifices ! Petite fille grosse et myope, sa mère ne voyait en elle qu’une voix capable de la faire accéder à la gloire dont elle rêvait, alors que l’enfant ne songeait qu’à être aimée !
Elle nous guide, nous envoûte et l’on chemine doucement, très doucement à travers les salles, et on savoure sa voix, on déguste ses photos, on se régale de ses interviews, on soupire devant ses lettres !

Tant de témoignages nous bouleversent, Marlène Dietrich qui lui télégraphie un chapelet de :  » Merde, Merde, Merde, Love » avant un concert ! L’interview d’Elvira de Hidalgo, son professeur de musique qui nous parle de l’élève modèle et parfaite qui suit tous les cours sans exception et n’a qu’un but : progresser et avancer dans son art ! Sa lettre d’amour à Onassis… les larmes viennent ! Ses épaisses lunettes d’écaille, ses escarpins beiges, sa robe dans Médée, ses photos, j’ai cru voir la diaphane Audrey Hepburn….Maria et sa silhouette de sylphide qu’elle s’est appliquée à obtenir à force de sacrifices et d’extraits thyroïdiens jusqu’à l’extinction de sa voix et jusqu’à une mort prématurée.
Mais est-elle morte ? Au fil des salles, on en est de moins en moins sûr ! Elle est toutes les femmes à la fois, celles qui ont manqué d’amour, celles dont le poids a été un fardeau, celles qui ont été brisées par leur mère, celles qui ont lutté pour prendre une revanche en atteignant l’excellence, celles qui donneraient tout pour un homme, pour l’amour d’un homme ! Tout a été dit sur sa voix et sur ces trois octaves sur lesquelles elle se promenait avec l’aisance d’une fée ! Ce fut sa seule arme et son seul rempart, et nous rêvons dans son salon, autour du piano, sur son canapé, qu’elle est là, près de nous, toujours, toujours ! Sa voix nous traverse, sa vie nous bouleverse et retentissent les applaudissements à la sortie de l’église orthodoxe rue Bizet, 40 ans déjà… et nous fermons les yeux Maria, déjà l’heure de sortir ? Tu demeures en nous, femme exceptionnelle, voix d’ange, cœur brisé brûlant, fille mal aimée, yeux de braise qui pleuraient en silence …
Merci à Tom Wolf,  de sublimer son amour pour elle et nous l’avoir rendue plus vivante encore !

                                                                                                                                                              Rose Marchand

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