La correspondance d’une jeune déportée juive boulonnaise a été récemment découverte au lycée La Fontaine de Paris. Du professeur destinataire de ces lettres pendant les années d’occupation, aux recherches approfondies menées de nos jours par une enseignante et une journaliste, c’est une longue chaîne de femmes qui a mené ce devoir de mémoire pour reconstituer et mettre en lumière le destin rompu de Louise Pikovsky. 

Louise Pikovsky

Louise sur les bancs du lycée La Fontainre

Issue d’une famille juive originaire d’Ukraine, Louise habite avec ses parents, ses deux sœurs et son frère, au 53 rue Georges Sorel à Boulogne –Billancourt.

Le témoignage précieux des lettres de Louise Pikovsky

Excellente élève – brillante même – au lycée La Fontaine, comme le montrent ses livrets scolaires des années 42 à 44, Louise échange des lettres durant l’été 42 (avant son entrée en troisième) avec sa professeure de latin grec, Anne Marie Malingrey, avec qui elle est très liée. Celle-ci, en vacances à la campagne, lui envoie des colis de ravitaillement ; elle lui proposera de l’héberger le soir de l’arrestation ; Louise refusera par solidarité avec sa famille.
Cette correspondance est révélatrice de l’intelligence et de la maturité de cette élève de 14 ans : l’importance des lectures, le rôle des religions, la foi en Dieu, l’amitié et les relations humaines y sont les principaux thèmes abordés. La souffrance s’y devine en filigrane, entre autres, par les allusions au père interné à Drancy, puis relâché en 42.
Elle s’achève brutalement le 22-01-44 par ces mots : « Nous sommes tous arrêtés ».

La famille Pikovsky La mère Barbe Brunette, les filles Annette, Louise et Lucie, le père Abraham et le fils Jean

Louise et sa famille seront envoyées à Drancy et, de là, à la gare de Bobigny, pour l’interminable voyage en wagon jusqu’à Auschwitz. Louise sera gazée à tout juste 16 ans, quelques mois avant la Libération.

Retrouvés au fond d’une armoire

En 1988, Anne Marie Malingrey (qui mourra en 2004 à 98 ans) remet les lettres de Louise au lycée La Fontaine. Celui-ci célèbre son cinquantième anniversaire et, à cette occasion, l’ancienne professeure de Louise fait don de ces lettres ainsi que d’une photo en présence de cinq anciennes élèves. Elle écrit aussi un article témoignant de cette correspondance dans la brochure de commémoration du lycée.

Louise Pikovsky

Louise est la seconde à partir de la droite sur cette photo de classe du Lycée La Fontaine

 

En 2010, une professeure de mathématiques, Christine Lerch, découvre par hasard les lettres au fond d’une armoire. En 2016, juste avant son départ à la retraite, elle les confie à une autre enseignante du lycée : Khalida Hatchy. Celle-ci demande à la journaliste Stéphanie Trouillard de l’aider à reconstituer l’histoire de Louise et de sa famille.

Professeur et journaliste mènent une véritable enquête de Jérusalem à Boulogne-Billancourt

Dès lors et pendant toute une année, les recherches s’effectuent à partir de nombreux documents : actes d’état civil, livrets et brochure du lycée, mémorial de Yad Vashem, mémorial de la Shoah, Archives nationales.
Professeure et journaliste parviennent à retrouver de nombreux témoins : voisins de Boulogne-Billancourt, condisciples de Louise, déportées d’Auschwitz et même cousines de Louise à qui elles apportent les lettres jusqu’à Jérusalem.
Désormais les lettres de Louise Pikovsky sont conservées au Mémorial de la Shoah.
Grâce à cette démarche collective, une correspondance magnifique a été retrouvée, ainsi que les traces d’autres élèves déportées.

« Si je reviens un jour » : un webdoc en mémoire de Louise

Ce témoignage particulièrement émouvant de la guerre et de la déportation est maintenant accessible dans un webdoc passionnant réalisé par Stéphanie Trouillard.

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Christine Fréjaville

Christine Fréjaville

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