Les moyens actuels de communication font-ils évoluer notre perception du monde qui nous entoure et notre propre image ?

Notre narcissisme, traditionnel, a-t-il été exacerbé par la révolution numérique ? Chacune a sa manière, Sandra  Krasker et Sophie Sigorel, tentent d’apporter leur réponse, de manière très suggestive, sans jamais forcer le trait jusqu’au 8 novembre à la Galerie Mondapart .

Sophie Sigorel Les indéchiffrables - Prise de vue Raphaële Kriegel

Sophie Sigorel Les indéchiffrables – Prise de vue Raphaële Kriegel

– Dans trois séries de peintures « Profils », « R.A.S », « Les indéchiffrables » ; Sophie Sigorel, s’interroge sur le thème de l’identité, codifiée par son profilage numérique ou sous le regard de caméras de surveillance. « Emportée par la foule », cette chanson d’Édith Piaf, me revenait en fond sonore en voyant ces personnages flous, se côtoyant, s’évitant, sans vraiment se voir ni pouvoir échanger entre eux. Les couleurs dominantes, l’incommunicabilité entre les êtres évoquent l’univers d’E. Hopper. Sophie Sigurel récuse toute filiation explicite avec ce peintre majeur, mais admet qu’il puisse y avoir une même quête d’un individu, indéchiffrable et solitaire.

Venus après la révolution numérique, les personnages de Sophie Sigorel cherchent-ils à échapper au champ de l’œil numérique ou s’y complaisent-ils ? J’ai été particulièrement  sensible à la subtilité de sa palette de couleurs et la  profondeur de champ de ses toiles qui donnent aussi l’envie de se perdre dans cette foule anonyme et solitaire.

Sandra Krasker - Password

Sandra Krasker – Password

Sandra Krasker utilise le dessin, précis, rigoureux, allant jusqu’à tracer des réseaux sanguins, sous la fragilité de la peau, pour tenter de déchiffre ces rapports entre l’individu et son image. La précision du trait semble un antidote au chaos numérique qui envahit l’individu en quête de rencontres, sans doute illusoires, à travers les réseaux sociaux. « L’individu se perd dans la contemplation de lui-même et le culte d’un égo qui demeure solitaire » Peut-on dire comme l’artiste le suggère ironiquement ; je « like » donc je suis ? Les œuvres présentées ne manquent pas d’humour. Ainsi, une main suspendue, finement sculptée, a lâché un clavier d’ordinateur qui repose brisé sur le sol. Revanche de l’individu, un peu dépassé par la technique. Il suffirait de briser l’outil pour redevenir maître de son image…  et de son destin ? J’ai eu l’occasion, la même semaine, d’aller au Louvre, où je n’étais plus allé depuis pas mal de temps. J’ai été sidéré par le nombre de visiteurs, pas uniquement asiatiques, qui ne faisaient que se photographier devant les œuvres exposées, sans les voir directement. Narcisse, exacerbé par les possibilités de la technique, cherche un fond, Joconde ou Radeau de la Méduse, digne de lui, pour mieux valoriser sa propre image !

C’est, sans doute, ce qu’ont voulu montrer, avec humour et distance, Sophie Sigorel et  Sandra Krasker.

Galerie Mondapart

80 rue  du Château  Boulogne- Billancourt

Exposition du 10 octobre au 8 novembre

Horaires de la galerie

Jeudis de 12h à 20h Vendredis de 11h à 19h Samedis de 15h à 19h et sur rendez-vous tous les jours

Plan d’Accès – Métro° ligne 10 Boulogne Jean-Jaurès – Bus 52 (Madeleine, Opéra) – Vélib’ place Denfert-Rochereau

The following two tabs change content below.
Gilbert Veyret

Gilbert Veyret

Il pensait ne rester que peu de temps à Boulogne-Billancourt. Cela fait plus de 40 ans que ça dure. 5 de ses petits enfants y vivent. Il commence donc vraiment à se sentir Boulonnais et à en connaître les contours ! Mais il aime aussi en sortir (Bordeaux, en arrière plan)