Fin août, promenade rue Yves Kermen. Tiens ? L’entrée du chantier est ouverte.

Le mur de l'Arsenal se dresse tel un décor

« Circulations de véhicules de chantier 24h/24. » Et nous, piétons, si on s’aventurait pour faire une photo ? On va demander l’autorisation de photographier le front nouveau bâti du nouveau quartier depuis le chantier. Vision historique, car bientôt les constructions empêcheront le recul.

Nous pénétrons en catimini. Des baraques de chantier. On en a fait le tour… Personne. Du coup, on s’enhardit. Comme on est sage, on ne mettra pas un pied de l’autre côté de la chaîne où figure le panneau : « Interdit aux personnes non autorisées sur le chantier » . Ca fait rire, un peu… Nous devons nous trouver dans la zone : « Autorisée aux personnes non interdites« … en pleine liberté.

Voici la façade arrière du bâtiment qui a servi au précédent centre cultuel musulman. Morceau d’usine, il avait été mis à disposition par Renault. Franchement, la construction d’un bâtiment neuf s’imposait.

L'ancienne mosquée

D’un coup d’œil circulaire, on embrasse toute la surface du « trapèze est ». A l’est, justement, la rue Yves Kermen, au fond la porte de la place nationale, au sud, peu de bâtiments émergent derrière la palissade, à l’ouest, le mur de l’arsenal, étayé, dresse son décor de théâtre en premier plan des collines de Meudon. Ah ! Les collines de Meudon, leur pelage vert foncé s’inscrit sur le ciel gris de l’orage qui s’apprête. Comme un bel animal rampant, elles se nichent contre la lumière du soir. De la Seine, on ne voit goutte. Un peu plus au nord, le QG historique de Renault. Une belle architecture industrielle années 20 a demi dissimulée par une palissade. Voyons au nord les grues, la silhouette pataude des tours du pont de Sèvres. Signe de modernité ou incongruité, voici un flanc de la tour Jean Nouvel. Puis l’œil glisse sur les façades nouvelles, en s’accrochant un peu au mur végétal du bâtiment habité par le centre névralgique de Carrefour.

Sur le chantier, les fleurs font de la résistance

Dans cette flaque de désert mouillé, depuis une demi-heure, on n’a rencontré que les petites fleurs qui incarnent l’opiniâtreté de la nature. Buddleias, arbres à papillons, marguerites, boutons d’or… On se prend à rêver que l’homme abdiquerait de cette friche et qu’elles y règneraient en liberté.

Ce chantier, quel bel endroit pour s’y échapper et s’y cacher ! Comme les petits Boulonnais sont sages ! Aucun d’eux n’a encore eu l’idée de faire la friche buissonnière… Mais qui serait donc responsable en cas d’accident sur ce désert au sol inégal, près d’engins de chantier, et de déchets divers ? A priori, le maître d’ouvrage.

Le Trapèze des usines, déjà un vieux souvenir

En revanche, nous avons rencontré des ados qui n’ont pas froid aux yeux et ont inauguré leur carrière d’explorateur dans le ventre de l’Ile Seguin. Un soir de juillet, Alex et Jehan ont suivi les VIP invités par le maire au cirque sur l’Ile… n’ayant pas de carton, ils ont quitté les chemins balisés pour descendre au niveau de la Seine et se sont introduits dans une blessure de l’Ile. Miracle ! Derrière le feuillage, un immense tube digestif s’est ouvert à eux (probablement le circuit d’essai des voitures qui se trouvait au sous sol de l’usine). Les voilà qui explorent, dans un silence humide, cette grotte industrielle sans fin. Attention aux trous, aux pics métalliques plantés au fond, aux tringles rouillées, aux blocs… On se croirait dans le repère d’un méchant de James Bond. La nuit tombe. Comment sortir du ventre de cette baleine ? Sont-ils perdus ? Marcher avec précaution, à tâtons. Dans le silence sournois, les pièges préparent leurs morsures. Ils entendent battre leur cœur comme un tam tam de zoulous en guerre. Panique ! S’accrocher à la grêle lueur du téléphone portable pour déjouer crevasses, pointes acérées et embuches… et chercher une fissure par où retrouver la vraie nuit, celle du dehors.

Un terrain de jeux interdits

Ils sont sortis finalement par un passage secret émergeant dans l’enceinte du cirque. Ils auraient pu en profiter, mais en plus ils sont honnêtes. Et puis le spectacle est sur sa fin.

L’aventure de ces deux jeunes a de quoi nous inquiéter. Sur l’Ile en effet, c’est Boulogne Billancourt qui serait pénalement responsable en cas d’accident. Qui donc dans cette ville se soucie de sécurité ? Comment est-il possible de recevoir du public et des enfants sans avoir totalement sécurisé les abords de cette zone et muré les accès et les brèches ?
Allo, les édiles, si vous m’entendez !

 

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