C’est à une cérémonie vieille de plusieurs millénaires que nous a conviés l’équipe du TOP pour ces « présentations de fin de saisons » qui mettent un terme à 10 ans d’activité artistique.

Ce fut une soirée chaleureuse, assez crépusculaire, mais pas trop, les présents étaient dans un état second, souriants comme à une très belle fête, très heureuse, et qui pourtant marquait une fin.

Théâtre de l'Ouest Parisien TOP

Le directeur du TOP, Olivier Meyer, a remercié le public, les artistes qu’il aime tant (« C’est tellement important ce que vous faites ; je suis fier de travailler avec vous« ), son équipe fidèle pour qui il s’est confondu en reconnaissance, les partenaires du TOP, du studio-théâtre d’Asnières à la Comédie Française, en passant par les écoles boulonnaises.
« J’avais vraiment le désir de continuer, mais ce n’est plus le moment de revenir dessus. Nous sommes fiers de ces dix ans » a déclaré Olivier Meyer, avant de réaffirmer ces valeurs qui ont fondé le TOP : « Le théâtre est l’un des derniers remparts à ce que notre époque nous impose de plus en plus insidieusement : l’accélération du temps. C’est un espace de liberté, de confrontation, de rencontre – Mon Dieu ! comme ces mots qui veulent vraiment dire quelque chose ont du mal à exister ! » Avant de rejoindre le parterre des spectateurs, il a évoqué son grand-père, Auguste Champetier de Ribes, procureur général de France au procès de Nuremberg, après avoir compté parmi ces parlementaires qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. Une conception de l’homme et de l’éthique.

Puis les artistes se sont succédé, Meriem Menant et son double Emma qui nous fit écouter le silence de la salle, Vincent et Éléonore Joncquez sur ce que le théâtre veut dire, l’impétueuse Juliette Roudet qui remercia un à un tous les membres de l’équipe, Julien Barret qui déclama un texte ravageur d’Olivier Py (« Un monde où l’obsession du mensonge est souveraine est un monde de fous« ), Julien Sibre et Churchill, Julia Zimina qui chanta en russe après avoir rendu hommage à l’équipe du TOP qui « fait partie de ceux qui chaque soir demandent à Dieu qu’il y ait une étoile, » Bruno Abraham-Kremer qui ressuscita de sa voix rocailleuse Vilar, Planchon et Jankelevitch, Guillaume Marquet et sa chanson d’adieu au TOP, Natacha Régnier qui rapprocha le Chêne et l’Albatros, Daniel San Pedro et la beauté du Verde que te quiero verde de García Lorca, Clément Hervieu-Léger dont les mains tremblaient en lisant Vitez relevant l’héritage de Vilar, Brigitte Lefèvre qui restaura l’esprit des tournées, tard dans la nuit, au bout du monde, et Isabelle Fruchard enfin, mutine et nonchalante, qui nous offrit de palper cette communion à l’œuvre. Au piano, Jean-Pierre Gesbert accompagnait les uns et les autres.

Qu’il faut de confiance mutuelle et d’intelligence pour aboutir à ce résultat ! Accueillir sur une même scène, le même soir, ces univers, ces langues, ces êtres, qui tous disaient la même chose en une espèce de polyphonie unanime ! Quelle générosité de la part de tous et quelle célébration de l’esprit du lieu, tant vanté au cours de ces semaines inaccoutumées, et qui ce soir-là descendit sur tous.

Bien sûr, circonstances obligent, la plupart des citations évoquaient les rapports nécessairement conflictuels entre les théâtreux et les politiques. Elles remontaient à Vilar, Wilson, Planchon…. Chéreau faisant figure de petit jeune de la bande.
Il est vrai que la hauteur de vue des personnages ; Vitez interpelant Malraux par exemple, et la qualité de leur style, nous mettaient à cent coudées des débats actuels et de leurs pauvres “éléments de langage.”
C’est tout l’enjeu du débat politique actuel autour de la survie du TOP et de bien d’autres lieux de culture : la nouvelle génération ne risque-t-elle pas de considérer qu’il s’agit là d’un combat d’arrière garde, faute d’avoir pu en goûter les plaisirs, quand c’était encore possible ?

Tout ce qui s’est dit hier, avec le talent et la dignité de ces artistes, dans l’atmosphère si particulière du TOP, est sous-jacent à toute expérience théâtrale, mais il ne faudrait pas attendre la fermeture d’un lieu pour le réaffirmer. Ces paroles devraient refonder, saison après saison, tous les lieux de spectacle vivant. Peut-être alors que ceux qui détiennent le pouvoir de fermer les théâtres éprouveraient une fois dans leur chair l’intensité du sens exprimé sur la scène.

EDIT 18-06-2015 La standing ovation réservée aux artistes, au directeur et à l’équipe montée sur scène lors de la dernière, mercredi 17 juin

Standing Ovation au Théâtre de l’Ouest Parisien par e-bb

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